25 ans / 25 affiches :
Hommage à Pierre Collier, affichiste

 

Exposition du 12 au 21 octobre

Village du festival

25 Rue du Premier-Film Lyon 8e


Exposition à découvrir en ligne en cliquant ici



« L’art de l’affiche de cinéma est de réduire en une image ce que le metteur en scène a réalisé en 350 000. »
Stanley Kubrick

Cette exposition rend hommage à l’affichiste Pierre Collier qui depuis 25 ans a réalisé plus de 550 affiches au service du cinéma d’auteur français et international. Retour en images sur 25 de ses créations les plus marquantes, de Mystery Train de Jim Jarmusch, à 8 femmes 1/2 de Peter Greenaway, en passant par La Rivière de Tsai Ming-Liang. 

 

Ces notices sur chacun des 25 films rédigées par Pierre Collier nous placent au coeur de son processus créatif : ses inspirations, ses relations avec les réalisateurs, les distributeurs et les acteurs. Elles nous révèlent aussi la vie d’une affiche, son visuel, ses reprises, et ses succès à travers les pays. 

 

À l’issue de cette plongée dans l’univers de Pierre Collier, nous vous invitons à poursuivre la découverte de son oeuvre dans le village, à travers certaines des affiches qu’il a réalisées autour des films de Ken Loach.

 


Entretien avec PIERRE COLLIER

 

 

Comment devient-on affichiste de cinéma ? 

Je ne peux répondre que pour mon propre exemple. Conjointement à mon activité de directeur artistique dans une modeste agence de communication publicitaire, je fréquentais beaucoup les cinémas Parisiens et entrepris vers 1983 / 84 une formation aux métiers du cinéma tels que le montage et la prise de vue mais c’est prioritairement l’écriture et la réalisation qui nourrissaient mes aspirations. Lassé par la publicité, je me suis efforcé d’intégrer le monde du cinéma avec mon savoir faire dans le domaine du graphisme et bien naturellement l’affiche de films offrait les meilleures opportunités d’intégration et d’expression. Avec une bonne dose d’opportunisme et d’inconscience j’ai répondu à une proposition, qui ne m’était pas directement faite, d’assurer la conception et la réalisation de petits encarts publicitaires dans un guide hebdomadaire annonçant les sorties de films pour l’agence de Maurice Tinchant qui avait la charge des budgets de sorties de films des distributeurs indépendants. Une grande partie de ces distributeurs fréquentait l’agence, au 21 de l’avenue du Maine (là même où, dans les années 20, Marie Vassilieff créa une cantine fameuse pour des artistes sans le sou tels Picasso, Modigliani, Max Jacob, Fernand Léger et tant d’autres). L’affichiste pressenti pour créer l’affiche du film Noir et blanc de Claire Devers qui venait de recevoir la Caméra d’Or à Cannes étant en vacances, je fis une offre de service. Nous étions à l’automne de 1986. L’aventure était lancée qui allait durer vingt cinq ans ! 

 

En suivant votre formation en Arts Graphiques, imaginiez-vous travailler dans le cinéma ? 

Après avoir longtemps rêvé d’être pilote de course, j’ai pensé être peintre, illustrateur… La bande dessinée m’attirait beaucoup aussi. Le cinéma m’apparaissait, à l’époque, inaccessible. C’est quelques années plus tard que je fus initié au cinéma d’auteur par mon amie de l’époque. C’était le grand moment du cinéma allemand : Herzog, Wenders, Schlöndorff, Fassbinder, Hauff, etc. J’ai adoré cela ! J’ai pensé devenir à mon tour réalisateur. C’est par l’envie d’écrire et de réaliser que j’en suis venu à tenter de pénétrer le « milieu » des indépendants. 

 

Qui sont vos interlocuteurs les plus importants à vos yeux : le producteur, le distributeur, le réalisateur, le public ? 

A mes yeux, le public est l’interlocuteur privilégié, celui auquel je m’adresse en déclinant un langage graphique pour lui donner l’envie de découvrir une oeuvre cinématographique. Dans les faits, c’est le distributeur qui décide et la réussite d’une affiche résulte de l’harmonie de cette collaboration. Parfois, particulièrement pour les films français, le réalisateur est partie prenante de la décision. Pour le meilleur ou pour le pire… 

 

Faut-il être cinéphile pour être affichiste de cinéma ?

Je me plais à le penser. D’une manière générale, il faut fortifier sans cesse sa culture d’images.

 

Si vous deviez définir le style Collier ? 

Je me suis toujours efforcé de ne pas en avoir. Car c’est l’effet de signature – vampirisant le film lui-même – qui a perdu certains de mes petits camarades ! Pour autant, on m’a souvent affirmé reconnaître mes affiches, de loin, dans la rue, alors ! En fait, ce qui me distingue est, je crois, mon goût immodéré et mon usage réfléchi de la typographie. 

 

Quelles sont les spécificités de l’affiche de cinéma, si on doit la comparer avec l’affiche d’un concert rock, par exemple, ou celle d’une pièce de théâtre ? 

Il faut jongler et composer avec des codes très contraignants liés principalement à la déclinaison, jugée indispensable, du genre et du casting. En privilégiant le cinéma d’auteurs étrangers aux modestes ambitions commerciales, j’ai pu échapper, un temps, à une partie de ces contraintes. C’est une partie de ces réalisations que j’ai choisi de montrer au festival Lumière. 

 

Avez-vous travaillé pour autre chose que le cinéma ?
Très peu. J’ai collaboré avec la MC93 de Bobigny pour la saison 1994/1995.

 

Auriez-vous voulu travailler pour autre chose que le cinéma ?
Bien sûr ! J’aime profondément être confronté à la démarche de synthèse et de conception d’une forme « impactante » que suppose l’affiche, cet art de la rue.

 

Quand vous commencez à travailler sur un projet, que privilégiez-vous ?

Le titre, le message, l’image, la typo ? Le titre est très important et je pars de là. Lorsque l’affiche sera découverte, dans la rue ou ailleurs, on recevra simultanément une forme plastique et un mot relayant la puissance du verbe. Ma composition va venir en soutien, en complément ou en dissonance par rapport au titre pour créer une dynamique. Voir, par exemple, L’Ennui, le film de Cédric Kahn. 

 

Voyez-vous obligatoirement les films en entier avant de commencer à travailler ?

Vous est-il déjà arrivé de faire une affiche d’un film que vous n’auriez pas vu, ou pas vu terminé ? J’ai connu tous les cas de figure mais dans l’immense majorité des cas, j’ai vu le film avant. 

 

Dans les années 30 ou 50, les visuels des affiches étaient le plus souvent dessinés – comme les couvertures de roman, d’ailleurs. On note à voir votre travail que vous n’hésitez pas à travailler avec la typo ou avec des motifs, voire des logos ?

Y a-t-il des contraintes que le goût et le marketing contemporains imposent ? Ce que le goût et le marketing contemporain imposent, c’est l’uniformité ! Par exemple, depuis quelques temps, cette esthétique expressionniste, contrastée, grandiloquente et martiale secourue par les outrances qu’autorisent les logiciels de traitement d’image et qui tend à faire passer un petit polar français plus ou moins habile en avatar de Terminator

 

Quels sont les affichistes français dont vous revendiquez la filiation ou l’héritage ? 

Cassandre pour son génie de la composition, Savignac pour son sens du raccourci malicieux, Villemot pour son génie de la couleur. Dans les contemporains, Baltimore qui a renouvelé l’approche conceptuelle et esthétique de l’affiche de cinéma au début des années 80. 

 

Et à l’étranger ? 

Evidemment Saul Bass. Je ne connais pas les autres noms mais je précise, au risque de paraître iconoclaste ou provocateur, que je n’ai jamais compris le respect et la fascination qu’exercent encore de nos jours l’art de l’affiche tel que pratiqué dans les pays de l’Est des années 60 et 70. En Pologne plus particulièrement. Car enfin qu’y a-t-il d’indépassable dans cette pesante gestion d’un imaginaire nourri au surréalisme le plus dévoyé, de surcroît débarrassé de toute contrainte commerciale ? 

 

Quelles sont les affiches – signées par d’autres - qui vous terrassent, dans le cinéma classique ou le cinéma contemporain ? 

Prenom Carmen est la première affiche que j’ai acheté et qui m’a donné envie de faire ce métier. En voici quelques unes. 

 

 

Quels sont les cinéastes avec lesquels vous avez travaillé dont il vous a semblé qu’ils portaient un intérêt au support qu’est l’affiche?

A l’inverse, quels sont ceux que cela indiffère ? De manière générale les réalisateurs français sont assez intrusifs ! Alain Cavalier, Xavier Beauvois ou Eric Rohmer pour le meilleur. Avec Laetitia Masson, Michel Ocelot ou Pascal Bonitzer ce fut plus « rugueux » ! Les étrangers ont le grand mérite d’être loin et donc de n’être pas impliqués dans le processus de création de l’affiche française de leur film. A l’exception notable de Jim Jarmusch qui a cherché un photogramme à ma demande et Amos Gitai qui a suivi pied à pied et avec pas mal de circonspection les étapes de l’élaboration de l’affiche de Terre promise. Mais Amos est aussi un plasticien donc cela s’entend plus aisément. 

 

Est-ce que le numérique a changé quelque chose dans votre façon de travailler ? 

Dans le processus de fabrication, le numérique à ouvert le champ des possibilités d’intervention sur une image dans des proportions inimaginables ! Désormais nous pouvons entretenir, mieux que jamais auparavant, l’illusion que nous proposons une seule image alors que celle-ci est composée de multiples fragments hétéroclites - réunis par le truchement des logiciels de retouches - qui permettent d’harmoniser les détourages, le contraste, de « lisser le grain », de déformer des bouts de corps, des visages, des bâtiments, que sais-je, selon des paramètres précisément requis, de modifier les couleurs, la lumière, de donner épaisseur et matière à la typographie, etc. Une chose cependant qui perdure : la sophistication des outils, si elle est une aide, ne saurait tenir lieu de créativité... 

 

Quand on voit comment la communication virale a imposé son efficacité, est-ce que ça a changé le métier ? 

Curieusement pas du tout ! Je parle des critères de la conception de l’affiche. Internet continue d’utiliser l’affiche comme élément privilégié de la communication du film au moment de sa sortie ; quitte à recomposer , pour ses pages d’accueil, la création initiale en fonction de ses contraintes de format : bannières, front pages etc... Par ailleurs le rôle déterminant de la bande - annonce supplantant le rôle de l’affiche dans le désir de découverte du spectateur, précède de beaucoup l’avènement de la toile selon les études réalisées, en leurs temps, par le CNC. 

 

Quel regard portez-vous sur l’évolution de votre métier ? 

Comparer la créativité actuelle avec celle des époques anciennes est toujours une démarche aléatoire compte tenu de la trop grande disparité des conditions et des moyens de production. Je dirais que le passage au seuil des années 60 de l’image dessinée et peinte au montage photographique à signifier la fin d’une certaine emphase dans le traitement visuel des affiches. Faut-il s’en plaindre ? Je ne crois pas. Pour ma part je n’ai jamais pu concevoir une affiche autrement qu’en échos à l’ADN du film et donc je me suis toujours interrogé sur le sens. Le sens contenu dans l’image que je propose et sa pertinence par rapport à ce qui était jugé optimum pour la communication de l’objet-film. A moi de rendre cela autant puissant qu’élégant ; à l’image de ce que Jean Cocteau disait de la phonétique du nom de Marlène Dietrich : « Cela commence comme une caresse, cela fini en un coup de trique ! » Ce que je crois c’est que actuellement, tout comme pour la publicité générique, nous vivons une époque de formatage et de frilosité assez navrante. Cependant, il n’est pas interdit d’espérer, au nom du phénomène de cycles toujours renouvelé, en un retour du souci de créativité et en une plus haute estime accordée au spectateur, ce consommateur supposément ignare, ce que je me refuse à croire. 

 

(propos recueillis par Bruno Thévenon, responsable des collections Affiches, Institut Lumière) 

 




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