Charles Brabin vu par Philippe Garnier



Retour sur l’oeuvre et la carrière (1912-1934) d’un réalisateur américain « dont la vie et le travail ont été quasiment un calque de l’histoire du cinéma jusqu’au milieu des années 1930 », selon les mots de Philippe Garnier, qui a présenté quatre films programmés à Lumière 2012 et publie à cette occasion un texte inédit, Passera pas Ben-Hur, vie et oeuvre de Charles Brabin. 


Réalisateur de films muets passé au parlant, star du studio MGM des années 1930, ce « Rosbif de Liverpool » qui ne connaissait rien à la pègre a pourtant signé, avec The Beast of the City (1932) - programmé mardi, en ouverture du cycle qui lui est consacré - l’un des meilleurs films de gangsters tourné à Hollywood, affirmait l’écrivain W.R. Burnett, à l’époque engagé sur les tournages de la plupart de ces films. Mais la postérité fut rude avec cet homme aux faux airs d’Abraham Lincoln (haute stature et sourcils broussailleux), le reléguant « en bas de page des histoires du cinéma » et se souvenant surtout d’épiques naufrages tels le tournage de Ben-Hur, superproduction dont il fut éjecté en 1925, rappelle Garnier. Mais, s’il a « réalisé son compte de navets », basés sur des scénarios médiocres choisis par la MGM, admet l’historien du cinéma, Brabin mérite d’être redécouvert pour un « film délicieux » tel que Sporting Blood (1931) où Clark Gable apparaît pour la première fois, pour le « spectacle haletant » de La vallée des géants (1927) ou encore « la peinture d’un prosaïsme glaçant de la corruption » de The beast of the City (1932). Grand connaisseur de Hollywood, auteur de plusieurs livres érudits aux titres improbables – Honni soit qui Malibu… –, Philippe Garnier ne cache pas sa tendresse pour le personnage, « coutumier des histoires fantasques et difficiles à rendre », souvent épinglé pour ses « méthodes de travail lymphatiques », dont le « contrat béton » avec la MGM lui permit de signer pour le studio quelques films remarquables, alternant avec l’adaptation de pièces de théâtre dénuées d’intérêt. Brabin et l’amour de sa vie, la vedette de la Fox Theda Bara, furent aussi des membres éminents de la jet set hollywoodienne des années 1930, donnant des réceptions fastueuses dans leur villa de Beverly Hills où ce fils de boucher émigré de Liverpool et cette fille de tailleur du Middle West se voyaient comme des « imposteurs ».

Texte : Rebecca Frasquet


Passera pas Ben-Hur, vie et oeuvre de Charles Brabin
En vente à l'Institut Lumière (9,50 euros)
et en vente sur internet

Téléchargez gratuitement la version anglaise


 

 

 









Philippe Garnier est aussi l’auteur du livret d’un superbe coffret consacré au classique de Charles Laughton,
La nuit du chasseur, édité chez Wild Side, qui inclut le documentaire Charles Laughton dirige La nuit du chasseur, de Robert Gitt (2002) projeté pendant le festival. Pendant près de trente ans, il signa dans le quotidien Libération, une chronique culturelle inclassable intitulée L’oreille d’un sourd, écrite depuis Los Angeles, où il vit.

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