Film de clôture !
La Porte du paradis (1980) de Michael Cimino

Heaven's Gate

DIMANCHE 21 OCTOBRE / 14H45

HALLE TONY GARNIER

 

En 1870, James Averill (Kris Kristofferson) et Billy Irvine (John Hurt) fêtent la fin de leurs études à Harvard. Ils se retrouvent vingt ans plus tard : James est devenu shérif du comté de Johnson dans le Wyoming et Billy un de ces gros éleveurs qui voient d’un mauvais œil arriver les immigrants d’Europe centrale attirés par le rêve américain. Décidée à les combattre, l’association des éleveurs donne à des mercenaires une liste sur laquelle figurent ceux qu’ils devront liquider. Bravant tout sentiment de classe, Averill s’oppose à cette intervention…




D’abord, la légende noire de La Porte du paradis : par son exigence, son ambition, sa folie et son échec au box-office, Michael Cimino a fait tomber à lui tout seul un studio hollywoodien – United Artists –, ce qui lui valut l’opprobre et un exil intérieur dont il n’est jamais totalement sorti. Pourtant, ce film au tournage dantesque (Cimino n’omet jamais de mentionner sa productrice Joanna Carelli) et au casting prestigieux (Kris Kristofferson, Christopher Walken, Jeff Bridges et Isabelle Huppert) reste l’une des œuvres les plus marquantes du cinéma américain des années 70. Truffaut avait inventé une expression : « grand film malade », on verra avec cette projection en copie restaurée qu’avec le temps, on peut enlever le mot « malade ».



Les enfants terribles des seventies inventaient l’avenir en questionnant le passé de la société comme du cinéma. Michael Cimino raconte qu’il a conçu son film comme le prélude du vingtième siècle américain. L’arrivée des premiers colons irlandais en Amérique, leur exclusion de la nouvelle terre sainte, l’effondrement du rêve collectif tué par la violence de classe : c’est un western marxiste de très haute volée qu’il signa. « Si l’aspect politique de l’enjeu est si présent, écrivit Yann Lardeau dans les Cahiers du cinéma au moment de la sortie du film en 1981, idéologie réactionnaire des propriétaires fonciers et idéaux anarchistes de la plèbe, levée de la milice parmi les chômeurs d’un chantier, c’est aussi parce que la conquête de l’Ouest n’avait jamais été approchée comme un effet de la révolution industrielle et des grands exodes qui saignaient les campagnes du Vieux Monde. Même chez Ford, qui, s’il l’a filmé dans les mines d’Angleterre ou sur sa terre irlandaise, a toujours filmé l’Ouest américain comme de verts pâturages… ».

 

 

Aux États-Unis, le film fut d’emblée considéré comme antipatriotique, d’où son échec auprès du même public qui fit fortune au très américain Voyage au bout de l’enfer. On affirma même que Cimino mit fin à la liberté de création chèrement acquise par ces cinéastes des années 70 qui produisaient les chefs-d’œuvre à la pelle. La décennie glorieuse commença avec un film fauché qui amassa beaucoup d’argent (Easy Rider, de Dennis Hopper, avec Peter Fonda) et s’acheva avec cette fresque folle et grandiose qui coûta beaucoup et ne rapporta rien. Or, si son statut d’œuvre maudite perdure (ce qui fait toujours rugir Cimino qui s’est toujours défendu des accusations d’irresponsabilité portées à son égard), La Porte du Paradis s’impose aujourd’hui comme le dernier film, celui qui précède le désastre de l’entertainment des années quatre-vingt dans lequel Hollywood va brutalement basculer (et qui semble le faire seulement s’interroger aujourd’hui), celui qui provoquera à ses dépens le retour des executives, de l’argent-roi, des œuvres pour teen-agers, du pop-corn et des produits dérivés.

 

 

Il convient aussi d’ajouter que si le film chahutait sérieusement les mythes fondateurs de la nation américaine, il rencontra aussi des problèmes de tournage, de production et de montage, avec une durée réduite (de 3 h 39 à… 2 h 20), une version sortie à la hâte qui dénaturait singulièrement la cohérence de l’œuvre, autant que son projet « griffithien ». Ce qui explique aussi une partie du rejet dont Heaven’s Gate fut l’objet. En partie seulement : la sortie plus tardive d’une version non-expurgée approuvée par le réalisateur ne rattrapa pas le désamour initial. D’un côté, Cimino paya cash ses réussites antérieures et son image d’artiste arrogant souhaitant s’affranchir des contraintes du commerce ; mais sur le fond, la vérité est plus simple : le public ne voulait pas de ce film. « La vision des Américains a été façonnée par le cinéma, déclara-t-il à Michel Ciment dans Positif ; ils ont vu et revu les mêmes décors, les mêmes paysages, dans des centaines de films. Leur histoire de l’Ouest, c’est celle du western : des maisons de bois, des rues désertes, un héros solitaire qui fait son entrée à cheval. […] Quand un réalisateur connu m’a dit en sortant d’une projection : “J’attendais un remake de L’Homme des vallées perdues filmé par David Lean”, cela m’a ouvert les yeux. J’ai compris quelle attente j’avais déçue. »

 

 

Est-ce le portrait d’une Amérique qui perd ses illusions ou celui d’un pays qui croira toujours au collectif et au melting-pot ? Chaque vision du film propose une réponse différente. Pour le reste, ceux qui l’ont déjà vu se souviennent de tout : la ronde des patins à roulettes, les paysages, la neige et la boue, l’irruption de l’Histoire, la valse des étudiants d’Harvard, la marche des peuples et la violence des armes, la légende de Nathan Champion, le violon d’Europe centrale, et Isabelle Huppert en directrice du bordel local, petite Française dont les hommes sont fous.

 

Les exemples abondent de films incompris par leur époque et réhabilités par le temps. Avec cette Porte du Paradis qui l’emmena en enfer, Michael Cimino signe de surcroît un film plastiquement somptueux (dans une photo du grand maître de la lumière Vilmos Zsigmond) où se succèdent de nombreuses scènes d’anthologie. Et c’est extraordinaire de le voir renaître ainsi de ses cendres.

 

 

 

ISABELLE HUPPERT

Les raisons de revoir La Porte du paradis sont multiples. Isabelle Huppert en est une. Joyeuse, énergique, sexy, émouvante, l’actrice française, dont le personnage cristallise les passions amoureuses qui parcourent le film, est tout simplement étourdissante. L’une des (re)découvertes majeures du film.

 

À DÉCOUVRIR EN COPIE RESTAURÉE

C’est le principe du festival Lumière que de présenter des films dans des copies qui leur permettent de retrouver le public. C’est grâce à MGM (qui avait racheté United Artists) et Criterion (à l’honneur cette année) que Michael Cimino a pu entreprendre la restauration de son film. Un travail qu’il a jugé difficile, tant il lui était délicat de visiter le passé d’une expérience qui lui fut si douloureuse.

 

VENISE

Avant Lyon, le film a été montré au festival de New York (qui fut le dernier de son directeur Richard Peña) et à la Mostra de Venise par Alberto Barbera, qui en est redevenu le Délégué général, en restant en fonction au Musée national du Cinéma de Turin.

 

CARLOTTA

Ayant-droit du film, le distributeur français Carlotta s’est mis au sprint dès la livraison du matériel (préparation de la copie numérique, sous-titrage, etc.) pour rendre possible la projection au festival Lumière. Le film sortira ensuite en janvier. C’est aussi à Carlotta qu’on doit de nombreux films dans ce programme et tout au long de l’année à l’Institut Lumière. L’hiver prochain, c’est Frank Borzage qu’ils mettront conjointement à l’honneur avec sortie de DVD et réédition du livre d’Hervé Dumont.

 

ET SINON ?

Maintenant, Michael, à quand un nouveau film ?

 



La Porte du paradis
(Heaven’s Gate)

États-Unis, 1980-2012, 3h36 (nouvelle version 2012), couleur (Technicolor), format 2.20

 

Réalisation et scénario : Michael Cimino

Photo: Vilmos Zsigmond

Musique : David Mansfield

Montage : Lisa Fruchtman, Gerald Greenberg, William Reynolds, Tom Rolf

Décors : Tambi Larsen

Costumes : Allen Highfill

Production : Joann Carelli, Artistes Associés

 

Interprètes : Kris Kristofferson (James Averill), Isabelle Huppert (Ella Watson), Christopher Walken (Nate Champion), John Hurt (Billy Irvine), Sam Waterson (Frank Canton), Brad Dourif (George Eggleston), Joseph Cotten (le Révérend Gordon Sutton), Jeff Bridges (John Bridges), Ronnie Hawkins (Wolcott)

 

Sortie aux Etats-Unis : 19 novembre 1980

Sortie en France : 22 mai 1981




  • Partenaires médias :
  • France Télévision 2012
  • France Inter 2012
  • Variety 2012
  • Le Monde 2012
  • Studio Live 2012
  • Petit Bulletin 2012
  • Evene 2012
  • Télérama 2012