Loulou

Georg Wilhelm Pabst

Allemagne, 1929


La belle Loulou (Louise Brooks) est la maîtresse du docteur Ludwig Schön (Fritz Kortner) mais celui-ci est officiellement fiancé à la fille du ministre de l’Intérieur. Pour les beaux yeux de Loulou, il décide de rompre et de l’épouser. Le soir de leurs noces, Fritz, en proie à l’opprobre sociale et au remords, demande à Loulou de le tuer. Arrêtée, elle s’évade pendant son procès, devient la maîtresse du fils (Franz Lederer) de sa victime…

C’est un cliché de le dire mais la « modernité » de Loulou (film muet tourné en 1928 et sorti en 1929) reste frappante. En 1980, l’écrivain Hervé Guibert dit comprendre, en voyant Loulou, à quel point « le cinéma s’est affaibli avec l’arrivée du parlant, en se calquant sur une forme romanesque littérale et en perdant son caractère photographique. » Aujourd’hui encore, le film paraît avant-gardiste. Reprenons. Loulou est tiré de deux pièces du dramaturge Frank Wedekind, L’Esprit de la terre et La Boîte de Pandore (d’où le titre original, Die Büchse der Pandora). Immédiatement, le film est interdit dans presque tous les pays d’Europe. Sauf en France, où la censure ne le rejette pas, mais impose de telles coupes que c’est un tout autre film qui est montré. Et qu’on a vu pendant des décennies. En 1980, la copie fut restaurée une première fois par la Cinémathèque française, puis par le Filmmuseum de Munich, sous la direction du légendaire Enno Patalas (qui venait montrer quelques-unes de ses trouvailles à l’Institut Lumière au milieu des années 80). Dans cette nouvelle « version », Loulou n’est pas une femme fatale mais une femme-sexe, libre et vouée par nature à la destruction de l’ordre social et moral de la bourgeoisie, ici celle de l’Allemagne prénazie. Au passage, Georg Wilhem Pabst, qui fut l’un des plus grands cinéastes allemands et dont la renommée était alors mondiale, invente le mythe ravageur de Louise Brooks, comme force de subversion : visage éblouissant sous des cheveux noirs coupés à la garçonne, corps exaltant l’érotisme sans frontière. À l’époque, il n’est pas facile de trouver une Loulou adaptée à la physionomie que lui a donnée Wedekind. Le type féminin dominant, à l’époque, est moins passionné, plus froid. Un type de femme à l’opposé de Loulou, qui est, elle, la Femme originelle dominée par l’instinct, sensuelle jusqu’à l’autodestruction, instinctive dans sa manière de sentir et dans son comportement, démoniaque, inquiétant. « Ceux qui l’ont vue ne peuvent l’oublier, écrira Henri Langlois. Elle est l’interprète moderne par excellence, car elle est comme les statues antiques, hors du temps. Elle est l’intelligence du jeu cinématographique, elle est la plus parfaite incarnation de la photogénie. Son art est si pur qu’il devient invisible. » Elle-même a beaucoup d’admiration et de reconnaissance pour Pabst qui lui a offert les deux rôles-clés de sa carrière : « À Hollywood, j’étais une jolie tête de linotte dont le charme diminuait auprès de la direction proportionnellement à l’accroissement du courrier de mes admirateurs. À Berlin, dès que j’ai posé le pied à la gare, j’ai rencontré M. Pabst et je suis devenue une actrice. » Pabst l’a découverte en 1928 dans Une fille dans chaque port, d’Howard Hawks, qui fut aussi un grand cinéaste du muet. Dans Loulou, la sensualité, le mystère, la poésie, prennent le visage de l’actrice américaine, beauté qui faisait éclater dans sa rayonnante unité charnelle la violence de l’amour-fou. À trente-trois ans, Louise Brooks, qui disait être « une blonde aux cheveux noirs » n’accepta jamais vraiment le cirque hollywoodien auquel sa beauté la destinait : un jour, elle quitta Hollywood et se réfugia dans l’écriture. 

 


Louise Brooks par Ado Kyrou

« Il existe des gens tristes qui rencontrent des femmes dans la rue

sans être plus émus que s’ils avaient croisé un ministre. D’autres

parlent, beaucoup trop, des femmes et de l’amour, en essayant de faire

concorder leur absence de sensibilité avec des vues essentiellement

littéraires et philosophiques. Que ne vont-ils voir Loulou ? » Et le critique

surréaliste, auteur de Amour-érotisme au cinéma et champion de Brooks,

d’enchaîner : « Louise est la parfaite apparition, la femme-rêve, l’être sans

lequel le cinéma serait une pauvre chose. »

 

La première mondiale

Lors de la première en Allemagne, le Tout-Berlin est présent :

écrivains, artistes, personnalités du cinéma, s’étaient donné rendez-vous

au Gloria Palace, un bel établissement de la UFA. Ce fut un grand succès

et tout le long de la représentation, les applaudissements augmentèrent

d’intensité. Finalement, comme il était de mode en Allemagne à cette

époque, le metteur en scène et ses interprètes furent applaudis et appelés

sur scène. Tant qu’ils durent revenir cinq fois.

 

La prémonition

Louise Brooks raconte :

« Nous étions tristement assis à une table dans le jardin

d’un petit café quand M. Pabst décida de me dire sa façon de penser.

Quelques semaines auparavant, il avait rencontré quelques-uns de

mes amis américains. Et il était en colère : d’abord parce qu’il pensait

qu’ils m’empêcheraient de rester en Allemagne, d’apprendre la langue

de ce pays et de devenir une actrice importante, ensuite parce qu’il

considérait qu’ils s’amuseraient avec moi pendant un temps puis

m’abandonneraient comme un vieux jouet. “Votre vie est tout à fait

semblable à celle de Loulou, et vous finirez de la même manière.”

C’était si vrai. J’en frissonne encore. »

 

L’Orchestre national de Lyon 

Héritier de la Société des Grands Concerts de Lyon, fondée en 1905 par Georges Martin Witkowski, l’Orchestre national de Lyon est devenu en 1969, à l’initiative de la Ville de Lyon et dans le cadre de la fondation des orchestres régionaux par Marcel Landowski, un orchestre permanent de 102 musiciens, sous le nom d’Orchestre philharmonique Rhône-Alpes, administré et soutenu financièrement par la Ville de Lyon. Ses différents chefs furent Louis Frémaux, Serge Baudo, Emmanuel Krivine, David Robertson, Jun Märkl et depuis la saison 2011/2012 le chef américain Leonard Slatkin. Établissement de la Ville de Lyon, l’Orchestre national de Lyon est aujourd’hui subventionné par le ministère de la Culture et par la Région Rhône-Alpes. 


La création musicale 

La première collaboration entre Airelle Besson (compositeur, arrangeur, trompettiste, violoniste, formation classique & jazz, Premier Prix de Jazz au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris) et de Yonnel Diaz (saxophoniste, professeur de musique dans les écoles primaires, admirateur de Nino Rota) remonte à 2004. La création pour orchestre symphonique sur Loulou présentée dans le cadre de Lumière 2012 sera une première mondiale. 


Le chef d’orchestre : Timothy Brock 

Compositeur, l’Américain Timothy Brock est passé maître dans l’illustration musicale des grandes oeuvres du muet. On lui doit notamment les musiques du Journal d’une fille perdue de Pabst, L’Aurore de Murnau, La P’tite Lili de Cavalcanti, Le Cabinet du docteur Caligari de Robert Wiene ou Nanouk l’Esquimau de Flaherty. Il collabore à la préservation de l’héritage musical de Charlie Chaplin et a écrit de nouvelles partitions pour quatre chefs-d’oeuvre de Buster Keaton dont Steamboat Bill Junior et Le Mécano de la General. Il a présenté ses oeuvres dans des lieux prestigieux – de la Cineteca de Bologne au Konzerthaus de Vienne en passant par le New York Lincoln Center ou le Barbican Centre de Londres – et avec les plus grands ensembles – Berliner Symphonie-Orchester, Los Angeles Chamber Orchestra et l’Orchestre national de Lyon. À l’occasion du festival Lumière, il a dirigé les musiciens de l’Orchestre national de Lyon pour accompagner la projection de Tabou de Friedrich W. Murnau en 2009 et Le Cameraman d’Edward Sedgwick en 2010. La dernière collaboration de Timothy Brock avec l’Auditorium de Lyon et l’Institut Lumière a eu lieu en janvier dernier, où il a à nouveau dirigé l’Orchestre national de Lyon sur sa propre composition musicale pour le ciné-concert du film Prix de beauté d’Augusto Genina. 


L’Auditorium de Lyon 

Etonnante coquille Saint-Jacques de béton, l’Auditorium de Lyon impose depuis 1975 sa silhouette au coeur du quartier de la Part-Dieu. Conçu par Henri Pottier, grand prix de Rome, et Charles Delfante, architecte en chef de la Part-Dieu, il fut la première salle de France construite sans piliers et en béton précontraint. Les travaux débutèrent le 4 avril 1972 et durèrent trois ans. Deux ans plus tard, il hérita du magnifique orgue Cavaillé-Coll du palais de Chaillot. De 1993 à 2002, l’Auditorium a fait l’objet d’une vaste campagne de rénovation, dont la dernière touche fut en 2001 la rénovation du plancher de scène et l’installation de praticables automatisés. Doté également d’un superbe éclairage nocturne, l’Auditorium offre avec ses 2150 fauteuils un écrin sonore parfait pour la musique. Et pour le cinéma ! 





Ciné-concert : Projection à l’Auditorium de Lyon, avec l’Orchestre nationale de Lyon dirigé par Timothy Brock

Loulou (Die Büchse der Pandora)
Allemagne, 1929, 2 h 32, noir et blanc, muet, format 1.33

Réalisation
: Georg Wilhelm Pabst
Assistant de réalisation : Marc Sorkin, Paul Falkenberg
Scénario : Ladislaus Vajda, Joseph Fleisler d’après les pièces L’Esprit de la terre et La Boîte de Pandore de Frank Wedekind
Photo : Günther Krampf
Montage : Joseph Fleisler

Décors : Andrej Andrejew, Gottlieb Hesch, Ernö Metzner
Costumes : Gottlieb Hesch

Production
: Nero Film

Interprètes
: Louise Brooks (Loulou), Fritz Kortner (Dr Ludwig Schön), Franz Lederer (Alwa Schön), Carl Götz (Schilgoch), Krafft- Raschig (Rodrigo Quast), Alice Roberts (comtesse Augusta Geschwitz, amie saphique de Loulou), Daisy D’Ora (Charlotte Marie-Adélaïde von Zarnikow), Gustav Diessl (Jack l’Éventreur)

Sortie en Allemagne : 30 janvier 1929
Sortie en France : mai 1929


Distributeur : Tamasa
Production de la musique : La Girafe

Copie restaurée par Martin Koerber de la Deutsche Kinemathek (Berlin) et La George Eastman House (Rochester)

Séances



Vente internet stoppée Mercredi 17 octobre à 19h30, Auditorium de Lyon



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