Ladybird

Ken Loach

Royaume-Uni, 1994


Maggie (Crissy Rock) a eu quatre enfants de quatre hommes dfférents. À la suite d’une liaison avec un homme violent, l’assistante sociale lui en retire la garde. Elle rencontre Jorge (Vladimir Vega), réfugié latino-américain, et parvient enfin au bonheur. Ensemble, ils vont tout tenter dans un long combat contre l’administration pour reprendre les enfants de Maggie…

« Trente ans après le bouleversement de l’opinion publique britannique grâce à Cathy Come Home, et pour des raisons semblables, explique Philippe Pilard (Typiquement british, le cinéma britannique, Éditions du Centre Pompidou, 2000), Ken Loach suscite avec sa scénariste Rona Munro une nouvelle polémique, cette fois à l’occasion de la sortie de Ladybird. » Ce film termine une trilogie post-thatchérienne, commencée avec Riff-Raff (1991) et poursuivie avec Raining Stones (1993). Pourtant le projet de ce troisième film est né avant la réalisation de ce dernier. « Quelqu’un qui connaissait les deux personnages principaux m’a écrit une lettre, raconte Ken Loach, et m’a décrit la dernière scène. Cette situation m’a parue si extraordinaire et si barbare que j’ai pris contact avec ma correspondante, que je ne connaissais pas, pour rencontrer ce couple. » Ken Loach s’est déplacé avec sa scénariste pour voir s’il y avait matière pour un film. « Ce qui a retenu notre attention n’était pas tant le côté documentaire social que les rapports très forts de ce couple prêt à rompre. » Pour incarner le personnage de Maggie Conlan, Loach a fait le tour de l’Angleterre pour « découvrir quelqu’un qui vous émeut, vous fait pénétrer dans sa personnalité, et qui vous amène à croire à ce qu’il fait. Il fallait aussi quelqu’un qui manie le langage avec vitalité. » Crissy Rock, qui n’a rencontré la vraie Maggie qu’une fois le tournage terminé, n’était pas une actrice professionnelle, mais travaillait dans un cabaret comique. Ken Loach utilise le scénario comme une base : les acteurs ne le lisent que petit à petit, au fur et à mesure du tournage, sans l’apprendre, plutôt en l’absorbant, pour créer de la vie. « Lorsqu’une scène présente un certain nombre d’informations, mieux vaut demeurer proche du scénario, juge Ken Loach ; lorsqu’il y a un rapport émotionnel, il vaut mieux laisser faire. » Le réalisateur estime que si ce processus a bien fonctionné, l’acteur ne doit pas savoir, à la fin du tournage, ce qui tient du scénario ou de l’improvisation. Les flash-back ont été tournés avant la rencontre entre Maggie et Jorge, afin que l’actrice puisse construire une idée concrète de son passé. Crissy Rock est également sortie quelques fois avec les enfants, afin qu’ils soient plus à l’aise avec elle. Lorsqu’en 2001, il donne une "Leçon de cinéma" à la Cinémathèque de Nice, Loach explique : « Pour choisir la personne adéquate, je rencontre les gens qui font réellement ce métier, pour voir comment ils réagissent, et ensuite je compare avec les acteurs pressentis. » Ceux qui interprètent les assistants sociaux ont passé du temps avec des professionnels : « Je ne voulais surtout pas qu’ils soient joués comme des méchants, explique Ken Loach (entretien avec Michel Ciment, Positif n° 404, octobre 1994). Ce sont des gens qui travaillent dur et ne gagnent pas beaucoup. De plus, l’assistance sociale est très attaquée par la droite, alors qu’ils ont besoin d’argent et de compréhension. Nous ne voulions pas donner des armes au gouvernement. » Ladybird est un film de dénonciation, dérangeant et bouleversant. « Malgré l’obstination de Loach à montrer dans ses moindres détails le piège que la société referme inlassablement sur l’héroïne, considère Olivier Kohn, le film n’ennuie jamais, bien au contraire : outre le talent des acteurs, c’est le savoir-faire et la rigueur d’un cinéaste en pleine maturité qu’il manifeste. Tout cela justifiait sans conteste l’Ours d’argent et le prix d’interprétation (Crissy Rock) remportés à Berlin. » (Positif n° 404) 


Titre

Le titre est tiré d’une comptine anglaise très connue :

« Ladybird, ladybird / Fly away home / Your house is on fire / And your children are gone. »,

soit « Coccinelle, coccinelle / Va-t-en vite de chez toi / Ta maison est en feu / Et tes enfants s’en sont allés. »

La coccinelle est évidemment Maggie.

 

Acteur

Vladimir Vega est chilien. Après avoir passé six mois en prison à la suite de sa participation à la lutte

contre Pinochet et fait une grève de la faim, il se réfugie en 1978 en Angleterre, où il acquiert le statut de

réfugié politique. En 2002, il participa également à 11’09’’01 - September 11, film constitué de plusieurs

courts métrages ; dans celui de Ken Loach, Vladimir Vega incarne le narrateur : un Chilien vivant en

Angleterre écrit une lettre dans laquelle il se souvient d’un autre 11 septembre, le 11 septembre 1973,

jour de la mort de Salvador Allende.

 

Réaction

Lorsque le film est sorti, Ken Loach était inquiet de la manière dont Maggie Conlan le recevrait, car elle

n’apparaît pas toujours comme un personnage très sympathique. Elle est parfois même insupportable.

Mais elle a été très émue, et l’essentiel pour elle, selon le cinéaste, était que son histoire ait été racontée.

 

Improvisation

« Dans la dernière scène, raconte Ken Loach, Crissy ne savait pas que les assistants sociaux

allaient frapper à la porte et emporter le bébé. Crissy pensait que le film se terminerait bien.

Lorsqu’elle a un nouvel enfant à l’hôpital, elle était sûre que c’était la fin heureuse de son histoire.

L’une des choses les plus difficiles à interpréter est le choc de la surprise.

Nous lui avons donc facilité la tâche. »





Ladybird (Ladybird, Ladybird)
Royaume-Uni, 1994, 1 h 42, couleur, format 1.66

Réalisation
: Ken Loach
Scénario : Rona Munro
Photo : Barry Ackroyd
Musique : George Fenton
Montage : Jonathan Morris
Décors : Martin Johnson

 

Production : Sally Hibbin

Interprètes
: Crissy Rock (Maggie Conlan), Vladimir Vega (Jorge), Sandie Lavelle (Mairead), Mauricio Venegas (Adrian), Ray Winstone (Simon), Claire Perkins (Jill), Jason Stracey (Sean), Luke Brown (Mickey), Lily Farrell (Serena)

Distributeur : Diaphana

 

Sortie au Royaume-Uni : 30 septembre 1994
Sortie en France : 28 septembre 1994

Séances



Vendredi 19 octobre à 14h30, Pathé Bellecour (S2)
Samedi 20 octobre à 16h00, Ciné Toboggan
Dimanche 21 octobre à 16h45, Institut Lumière



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