The Navigators

Ken Loach

Royaume-Uni, Allemagne, Espagne, 2001


Paul (Joe Duttine), Mick (Thomas Craig), Len (Andy Swallow) et Gerry (Venn Tracey) travaillent au dépôt de chemins de fer de Sheffield, dans le Yorkshire. Ils s’occupent de l’entretien des voies et de la signalisation. Malgré les difficultés, l’ambiance est bonne et tout le monde travaille main dans la main. C’est Len, le plus âgé du groupe, une vie passée à travailler sur les rails, qui dirige les opérations. Gerry, le délégué syndical, s’active à améliorer le quotidien des employés, mais la direction ne se montre pas toujours coopérante. C’est en arrivant un matin au dépôt qu’ils apprennent la privatisation de British Rail, partagé entre sociétés privées concurrentes…

Si Rob Dawber ne s’était pas déchiré le tendon pendant ses vacances, en 1996, The Navigators n’aurait peut-être jamais vu le jour… « J’avais envoyé une lettre à Ken Loach en lui racontant ce que j’avais vécu en travaillant dans les chemins de fer, et il m’avait répondu qu’il voulait lire le scénario. » Mais de scénario, il n’y en avait pas. Dawber profita donc de ses six dernières semaines de convalescence pour mettre en forme ce qui n’était alors qu’une vague suite d’idées. Il avait passé dix-huit ans à British Rail, au service de la signalisation et des télécommunications de Sheffield. Délégué syndical, il y a vécu tout le processus de privatisation jusqu’en 1997. Les changements l’inquiétaient, et ses mises en garde sur la sécurité et les conditions de travail ne recevaient aucune réponse de la direction. « J’ai eu envie d’écrire tout ça surtout par frustration. J’ai fait partie des six derniers qui sont restés au dépôt de Sheffield et qui refusaient de partir. » Pourtant, le scénario, qui évoque son expérience, est bel et bien une comédie. « Le cinéma ignore généralement le monde du travail. C’est pourtant là que se joue la moitié de la vie des gens ! s’écrie Ken Loach. Suivre les personnages sur leur lieu de travail, c’est un moyen trop souvent sous-exploité de montrer comment ils fonctionnent ensemble et comment ils réagissent aux conflits. Si vous prenez l’image d’un ouvrier le poing en l’air pour glorifier sa lutte, c’est tellement éloigné du quotidien des gens que personne ne peut s’identifier. Les clichés, les généralités, ne communiquent rien du tout. Par contre, montrer la volonté qu’ont les gens de trouver les mots justes pour décrire leur combat, pour progresser et se faire comprendre, ça, c’est émouvant. » C’est surtout l’évolution du statut des cheminots qui l’intéresse ici. « Les ouvriers, explique-t-il, sont obligés d’entrer en compétition les uns avec les autres. Ça détruit toute solidarité. C’est ce qui se passe dans presque toutes les industries en Europe. » Pour Rob Dawber, le fil rouge du projet, c’est la volonté de maintenir la sécurité. « Les gens pensent que British Rail, c’était des conducteurs, des contrôleurs, des gens postés aux passages à niveaux. Mais il y avait 30 000 cheminots qui travaillaient sur les voies. » Pour le tournage, Ken Loach engage Pete Trend, vingt ans de service à British Rail, comme conseiller technique. Son rôle est de fournir le plus possible de détails au décorateur et aux comédiens, concernant notamment le langage des cheminots. « Pour raconter les hauts et les bas de ce groupe, raconte Ken Loach, je voulais des comédiens qui soient bien ensemble, il fallait que cela fonctionne entre eux. Des acteurs avec beaucoup de chaleur aussi : leur humour est assez dur, là-bas à Sheffield, mais c’est aussi leur manière de se montrer de l’affection. » Et c’est réussi : avec The Navigators, Ken Loach réalise un film poignant sur le prolétariat anglais, qui témoigne d’un monde chaleureux disparu. 

 

Réalité

Pendant le tournage, le déraillement d’un train à Hatfield a fait quatre morts.

Railtrack a reconnu sa responsabilité : les rails avaient été déclarés défectueux

dix mois auparavant et rien n’avait été fait depuis. Suite à l’accident,

Railtrack a imposé une vitesse maximum sur 600 segments de son réseau,

causant des retards et des annulations à travers tout le pays.

 

Témoignage

« On était une industrie qui fournissait un service,

témoigne Peter Trend. En cinq ans, on a été transformés et plongés

dans la culture du profit. Aujourd’hui, la règle est de faire porter la responsabilité

sur les ouvriers en bas de l’échelle. Alors, plus personne n’a rien à dire

lorsqu’il s’agit de détecter les carences et d’améliorer les choses.

Au moins, ce film est là pour qu’on en parle. »

 

Dénonciation

« Les syndicats sont dans la poche du gouvernement, ils ont cessé d’être

la force qu’ils étaient. Le vieux projet social-démocrate, où coexistaient

entreprises privées et nationalisées, est mort. Qui organise la résistance ? »,

demandait Ken Loach, lors d’un entretien accordé à Libération à l’occasion de

la Mostra de Venise. Pas calmé depuis, d’ailleurs.





The Navigators
Royaume-Uni, Allemagne, Espagne, 2001, 1 h 36, couleur, format 1.85

Réalisation
: Ken Loach
Scénario
: Rob Dawber
Photo : Barry Ackroyd, Mike Eley
Musique : George Fenton
Montage : Jonathan Morris
Décors : Martin Johnson
Costumes : Theresa Hughes

 

Production : Rebecca O’Brien

Interprètes
: Dean Andrews (John), Thomas Craig (Mick), Joe Duttine (Paul), Steve Huison (Jim), Venn Tracey (Gerry), Andy Swallow (Len), Sean Glenn (Harpic)

Distributeur : Diaphana

 

Sortie au Royaume-Uni : 16 novembre 2001
Sortie en France : 2 janvier 2002

Séances



Mercredi 17 octobre à 20h30, Cinéma Gérard-Philipe



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