My Name is Joe

Ken Loach

Espagne, Italie, France, Royaume-Uni, Allemagne, 1998


Après des années d’alcoolisme, Joe (Peter Mullan) est parvenu à cesser de boire. Au chômage et débordant d’énergie, il consacre une grande partie de son temps à la plus mauvaise équipe de football de Glasgow. Sarah (Louise Goodall) est assistante sociale et vit principalement pour son travail. Joe et Sarah se rencontrent chez Liam et Sabine, auxquels ils essaient d’apporter aide et conseils…

My Name Is Joe est le premier film de Ken Loach situé en Grande-Bretagne depuis Ladybird (1994). « La difficulté est d’abord de trouver une histoire qui raconte vraiment quelque chose à propos du monde dans lequel nous vivons, explique le réalisateur. Le cinéma est un merveilleux instrument pour révéler l’intimité des sociétés, il agit comme une loupe sur nos comportements. » Et une bonne histoire, pour le cinéaste, c’est d’abord une question de rencontres : « My Name Is Joe est né de ma rencontre avec deux personnes, Peter Mullan et Louise Goodall, que j’ai senties très fortes physiquement, mais fragiles à l’intérieur. Et l’histoire est partie de là, sur une base émotionnelle réelle. » Et celui qui se disait devenu en 1994 « l’assistant social du cinéma anglais », d’ajouter à propos des raisons politiques qui ont motivé son retour au réalisme social : « Avec le scénariste Paul Laverty, on avait très envie, après Carla’s Song, de revenir à un film qui montre la vie quotidienne des gens d’aujourd’hui, en Grande-Bretagne. Parce que de Margaret Thatcher à Tony Blair, rien n’a changé… Toutes les décisions gouvernementales sont prises en fonction du monde des affaires et les disparités sociales continuent. Les travaillistes ne se préoccupent pas plus des gens comme Joe que ne le faisaient les conservateurs. » Frappé par la pauvreté de Glasgow, le dynamisme et l’humour très particulier de ses habitants et enfin parce que Paul Laverty connaît bien la ville pour y être né, Ken Loach décide d’y ancrer l’histoire de My Name Is Joe. Le tournage s’étale sur une trentaine de jours et, à l’exception de trois sites pour la scène du port de pêche (Tabert, Loch Fyne et Argyl), a lieu dans les quartiers nord les plus meurtris de la ville (Ruchill). Son décor : des immeubles gris, des habitations précaires, des entrepôts, des petits jardins d’ouvriers, le Ruchill Park, immense trouée de verdure où a été tournée la scène de la bague, et le Ruchill Community Education Center rebaptisé « Watchill » dans le film. « Ken Loach a vraiment saisi l’essence de cette ville, témoigne Peter Mullan. Il est arrivé sans préjugé et tous les décors du film ont été choisis dans un rayon de trois ou quatre kilomètres et laissés tels quels : on ne les a pas repeints en plus sale. Question de respect… » À l’instar du travail préalable des documentaristes, Ken Loach, Peter Mullan et Gary Lewis ont dû se rendre à deux ou trois réunions des Alcooliques anonymes. « Nous étions complètement bluffés, se souvient Peter Mullan, à la fois par leur souci de maintenir une apparence extérieure impeccable, et surtout par leurs discours, bourrés de compassion et d’humour. Ils évoquaient des histoires douloureuses, parfois tragiques, avec un détachement incroyable, ce qui a eu un impact énorme sur notre façon de jouer. » Louise Goodall garde un très bon souvenir de ce tournage : « C’est formidable de ne pas devoir absolument coller au scénario, vous pouvez mettre autant de vous-même que possible dans votre jeu. Et Paul Laverty accepte volontiers que les acteurs ajoutent leurs propres mots, ce que Ken encourage. » La méthode doit être bonne puisque l’acteur a remporté au Festival de Cannes 1998 le Prix d’interprétation masculine. 

 

Témoignages

De simple supporter, Ken Loach est devenu l’un des dirigeants du Bath Football Club, la ville où il habite,

après que la direction du club a fait savoir qu’elle mettait la clé sous la porte et le terrain en vente :

« Depuis Noël dernier, témoignait-il dans un entretien accordé en mai 1998 dans l’Obs à Pascal Mérigeau,

j’ai accordé presque plus de temps au football qu’au cinéma. » « Ses films ne seraient pas ce qu’ils sont,

ajoute le critique, en prise sur la réalité, sur le quotidien des humbles, extraordinaires machines à éclairer les

consciences, à faire comprendre le monde en donnant une voix à ceux qui n’en n’ont pas, si Ken Loach n’était

pas ce personnage singulier qui sait se montrer toujours attentif aux êtres, désireux de partager

avec eux tout ce qui fait leur vie. »

 

Caméra

La caméra de Ken Loach est souvent proche de ses personnages, accentuant l’impression de pris sur le vif.

Mais Loach évite tout regard voyeuriste. Lorsque la scène joue sur l’intimité ou l’émotion, il sait se reculer,

utiliser un objectif de longue focale qui rend les arrière-plans flous, à cause d’une faible profondeur de champ.

Cette pudeur, cette distance entre la caméra et l’acteur, est une question de morale.


Glasgow

C’est la plus grande ville d’Écosse, dans le Nord de la Grande-Bretagne.

Située sur la côte ouest, elle s’étend de part et d’autre de l’estuaire de la Clyde.

Grand centre industriel et commercial, elle compte environ 600 000 habitants.

Mais son industrie traditionnelle (sidérurgie, constructions mécaniques, chimie, textile)

a connu de grosses difficultés et le taux de chômage y est très élevé.





My Name Is Joe
Espagne, Italie, France, Royaume-Uni, Allemagne, 1998, 1 h 45, couleur, format 1.85

Réalisation
: Ken Loach
Scénario
: Paul Laverty
Photo : Barry Ackroyd
Musique : George Fenton
Montage : Jonathan Morris
Décors : Martin Johnson
Costumes : Rhona Russel

 

Production : Rebecca O’Brien

Interprètes
: Peter Mullan (Joe), Louise Goodall (Sarah), Gary Lewis (Shanks), Lorraine McIntosh (Maggie), David McKay (Liam)

Distributeur : Diaphana

 

Sortie au Royaume-Uni : 6 novembre 1998
Sortie en France : 14 octobre 1998

Séances



Jeudi 18 octobre à 20h45, Cinéma Le Scénario
Samedi 20 octobre à 14h30, Pathé Bellecour (S2)



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