Le Vent se lève

Ken Loach

Royaume-Uni, Irlande, Italie, Allemagne, Espagne, 2006


Irlande, 1920. Des paysans s’unissent pour former une armée de volontaires contre les redoutables Black and Tans, troupes anglaises envoyées pour annihiler toute quête d’indépendance du peuple irlandais. Par sens du devoir et amour de son pays, Damian (Cillian Murphy) abandonne sa jeune carrière de médecin et rejoint son frère Teddy (Padraic Delaney) dans le dangereux combat pour la liberté. À quel prix ?

Le cinéaste s’était déjà penché sur le destin de l’Irlande avec une mini-série pour la télévision Days of Hope (1974), puis Hidden Agenda (1989). Avec Le Vent se lève, Ken Loach a souhaité mettre l’accent sur une période sombre de l’histoire irlandaise : celle de la résistance du peuple pour son indépendance, alors qu’il était réduit à la servilité, la famine et la misère par les colons anglais. « Je pense que les événements en Irlande entre 1920 et 1922 restent d’un intérêt parfaitement actuel. Tout comme la guerre d’Espagne, ils représentent un moment crucial : comment une longue lutte pour l’indépendance peut être contrecarrée, au moment même où elle va aboutir, par un pouvoir colonial qui, tout en se débarrassant de son empire, sait parfaitement maintenir ses intérêts stratégiques. » Aux attaques visant un éventuel message antipatriotique, Loach répondit : « Je ne dirais pas de ce film qu’il est antibritannique. J’ai envie que les spectateurs voient les personnages au-delà de leur nationalité. Ce n’est pas un film sur les Anglais qui tabassent les Irlandais… Les gens ont beaucoup plus de points communs avec des étrangers de la même condition sociale qu’avec, disons, ceux qui sont au sommet de leur échelle sociale. Vous pouvez arguer que nous avons tous le devoir de nous opposer aux erreurs et aux violences perpétrées par nos dirigeants, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui. Loin d’être une démarche antipatriotique, bien au contraire, c’est une obligation à laquelle nous ne pouvons nous soustraire. » Fidèle à son engagement, le cinéaste opte cette fois pour le biais historique et met en lumière les combattants de l’ombre, comme dans Land of Freedom. Le sens du réalisme côtoie celui du tragique, mettant en avant le combat d’un peuple dont la guerre fratricide entre Damian et Teddy se fait écho. La photographie est sublime, les paysages vallonnés aux hautes herbes vertes de la région de Cork se font tantôt menaçants tantôt protecteurs, tout comme l’intérieur des fermes dont la pénombre recèle autant d’espoir que de résignation. Ken Loach ne signe pas un film de guerre, mais un film sur l’élan de survie d’individus qui n’ont plus d’autre choix que de dépasser toute velléité personnelle afin d’accéder au respect d’un peuple. Bouleversant, nécessaire, superbe : que de qualificatifs pour désigner ce chef-d’oeuvre de Ken Loach, couronné d’une Palme d’Or amplement méritée au Festival de Cannes 2006. 

 

Improvisation

Lors du premier jour de tournage, Cillian Murphy, l’interprète de Damian,

cherche ses marques au sol. Lorsqu’il s’étonne de ne pas les trouver, on lui répond :

« Les marques, on ne s’en sert pas ici. »

 

Festival de Cannes

Entre le festival et le réalisateur britannique, c’est une longue histoire !

Déjà sélectionné par la Semaine de la Critique en 1970 pour Kes, Ken Loach s’établit

durablement sur la Croisette, en compétition officielle ou en section parallèle, avec Family Life,

Black Jack, The Game Keeper, Regards et sourires. Il reçoit ensuite en 1990 et 1993

le Prix du Jury pour Hidden Agenda et Raining Stones. Land and Freedom, My Name Is Joe,

Bread and Roses, Sweet Sixteen, Le Vent se lève, Looking for Eric, Route Irish et La Part des anges

seront tous présentés en compétition officielle.

 

Le pouvoir du langage

Lors d’un entretien avec Michel Ciment (Positif, n°547, septembre 2006),

le cinéaste revient sur un passage-clé du film, à savoir le meurtre d’un personnage

car il ne parle pas anglais. « La langue, c’est le pouvoir. Lorsque les Anglais sont

arrivés en Inde, ils n’ont pas appris le panjabi, l’urdu ou le hindi.

Ils ont exigé au contraire que les Indiens parlent leur langue, l’anglais. »





Le Vent se lève (The Wind That Shakes the Barley)
Royaume-Uni, Irlande, Italie, Allemagne, Espagne, 2006, 2 h 04, couleur, format 1.85

Réalisation
: Ken Loach
Scénario
: Paul Laverty
Photo : Barry Ackroyd
Musique : George Fenton
Montage : Jonathan Morris
Décors : Fergus Clegg, Maria O’Connor
Costumes : Eimer Ní Mhaoldomhnaigh

 

Production : Ulrich Felsberg, Andrew Lowe, Nigel Thomas, Paul Trijbits, Sixteen Films, Element Films (Irlande), EMC (Allemagne), BIM Distribuzione (Italie), Tornasol (Espagne)

Interprètes
: Cillian Murphy (Damien), Padraic Delaney (Teddy), Liam Cunningham (Dan), Orla Fitzgerald (Sinead)

Distributeur : Diaphana

 

Sortie en France : 23 août 2006
Sortie en Irlande et au Royaume-Uni : 23 juin 2006

Séances



Vendredi 19 octobre à 20h30, Espace culturel
Dimanche 21 octobre à 16h30, Pathé Bellecour



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