Raining Stones

Ken Loach

Royaume-Uni, 1993


Pour Bob Williams (Bruce Jones), au chômage depuis de longs mois, les coups les plus tordus sont bons pour nourrir sa famille. Comme par exemple de voler un mouton avec son copain Tommy (Ricky Tomlinson), chômeur lui aussi. Mais les gens qui les entourent n’ont guère plus d’argent qu’eux et bien peu se laissent tenter par les côtelettes ou le gigot, pourtant proposés à bas prix. Pour ne rien arranger, voici qu’approche la communion de Coleen (Gemma Phoenix), la fille de Bob. Il faut donc acheter la robe blanche, le voile, les gants, les souliers… Bob n’a d’autre solution que d’emprunter…

Le projet de Ken Loach vient d’une idée de Jim Allen, collaborateur de Loach depuis plus de vingt ans. Issu de la classe ouvrière, il a été docker, mineur et maçon avant d’être scénariste. Il a grandi dans la cité où est tourné le film, à Middleton, à la périphérie de Manchester. Autrefois une toute petite agglomération, considérablement développée aujourd’hui, Middleton est devenue une véritable ville, appartenant à Manchester, tout en étant située un peu à l’écart : « Les gens qui vivent ici habitaient auparavant au coeur même de Manchester, précise Ken Loach. Mais ils ont perdu leur travail et ont été contraints de s’installer ailleurs. Cet exode a débuté il y a une trentaine d’années. Je crois que la France connaît un peu le même phénomène. » L’idée de Ken Loach et Jim Allen était de faire un film « sur des gens qui tentent de garder le respect d’euxmêmes. Quand vous êtes pauvre, que vous n’avez plus rien, explique le cinéaste, il est essentiel de garder sa dignité. La robe qu’ils veulent acheter pour la communion de leur fille devient le symbole de cette dignité. Ce pourrait être autre chose mais pour eux, à ce moment de leur vie, c’est cette robe. » Raining Stones est tourné en Super 16, car cela « permet de garder une plus grande souplesse, on peut se déplacer beaucoup plus facilement dans des espaces réduits. Il est davantage possible de coller vraiment à la réalité. On peut aussi travailler plus vite, et donc saisir des instants très fugaces. Par ailleurs, j’aime bien le côté fragile de l’image Super 16. Je déteste les images glamour, j’aime qu’il y ait un peu de grain, pour donner une impression de brut. » Si le film, comme les précédents, a eu du mal à être distribué en Angleterre, le réalisateur a reçu un bon accueil en France : « Ken Loach n’a rien perdu de sa vigueur polémique ni de la délicatesse de son regard sur les gens ordinaires, écrivait lors de la sortie du film Jean-Michel Frodon dans Le Monde. Il sait désormais y mêler cet humour chaleureux et iconoclaste dont son précédent film, Riff-Raff, marqua l’avènement. Raining Stones ajoute une nouvelle arme à la panoplie de Loach : sans rien renier de ses engagements, pratiquant toujours une mise en scène proche du documentaire, il parvient à intégrer les ressorts du thriller et du film d’action qui en démultiplient encore la puissance. Raining Stones représente ainsi, après The Snapper de Stephen Frears et Naked de Mike Leigh, le dernier côté de ce triangle du cinéma anglais montré à Cannes, et qui dessine en trois films, remarquables et différents, le territoire d’un cinéma peut-être aujourd’hui unique au monde : où ailleurs, sait-on encore, avec autant de force et de chaleur, montrer la vie comme elle ne va pas ? » 

 

Citation

Ken Loach : « Même Thatcher,

d’une certaine manière, était marxiste.

Une marxiste inversée. Elle était convaincue

que le capitalisme ne pouvait être sauvé

qu’en écrasant la classe ouvrière. Elle avait

un vrai sens de la lutte des classes. »

 

Acteurs

Beaucoup des acteurs qui jouent dans le film ne sont pas des professionnels. Bruce Jones a d’abord

travaillé dans une ferme, puis a été plombier et enfin pompier tout en essayant de devenir acteur :

le soir, il se produisait dans des cabarets. Ricky Tomlinson était un ancien ouvrier du bâtiment connu

pour avoir mené campagne contre le lobby du bâtiment, le “Lump”. Julie Brown, elle, se produisait

fréquemment dans le célèbre Embassy Club de Bernard Manning. Le cinéaste tenait à ce que les

acteurs soient originaires de Manchester, et qu’ils y vivent encore.

 

Éclairages

« Ma vision du monde n’a pas changé, déclare Ken Loach à l’historien du cinéma anglais

Philippe Pilard dans Positif n° 392 (octobre 1993). J’étais socialiste et je le reste. En revanche, la situation

en Grande-Bretagne a effectivement changé. De nos jours, le chômage s’est développé d’une façon

impensable il y a vingt ans et plus. Et le chômage a des effets dévastateurs sur notre société. Ce qui est

grave, c’est qu’il a des conséquences très lourdes pour les jeunes. Les jeunes des classes sociales les plus

modestes sont en train de devenir une sorte de "sous-classe". On ne peut même plus parler de prolétariat au

sens traditionnel. Ils se retrouvent complètement marginalisés, privés de la cohérence sociale que donne un

emploi. En quelques années, notre société s’est polarisée : les riches plus riches, les pauvres plus pauvres.

Et cela semble ne pas devoir s’arrêter. »

 

L’effet oxford

Ken Loach, issu du milieu ouvrier, a étudié à Oxford. « Qu’y avez-vous appris d’utile ? »,

lui demande le journaliste Vincent Rémy dans une interview : « Tout d’abord, j’y ai fait beaucoup

de théâtre, comme comédien et comme metteur en scène. J’ai pu y faire toutes les erreurs

possibles. Mais ce que j’ai surtout appris, c’est à n’avoir pas trop de respect pour ceux qui sont allés

à Oxford. Quand on n’est pas allé dans une très vénérable université, on peut être impressionné

par ceux qui en sortent. Quand on connaît, on sait qu’il ne faut pas les prendre au sérieux.

C’est une très bonne leçon. »





Raining Stones
Royaume-Uni, 1993, 1 h 30, couleur, format 1.66

Réalisation
: Ken Loach
Scénario
: Jim Allen
Photo : Barry Ackroyd
Musique : Stewart Copeland
Montage : Jonathan Morris
Décors : Martin Johnson
Costumes : Anne Sinclair

 

Production : Sally Hibbin

Interprètes
: Bruce Jones (Bob), Julie Brown (Anne), Ricky Tomlinson (Tommy), Tom Hickey (le Père Barry), Mike Fallon (Jimmy), Christine Abbott (May), Geraldine Ward (Tracey), Gemma Phoenix (Coleen)

 

Sortie au Royaume-Uni : 8 octobre 1993
Sortie en France : 6 octobre 1993

Distributeur : Diaphana

Séances



Jeudi 18 octobre à 14h30, Pathé Bellecour (S2)
Samedi 20 octobre à 18h15, Institut Lumière



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