Una breve vacanza

Vittorio De Sica

Italie, Espagne, 1973


Clara (Florinda Bolkan) se lève chaque jour à l’aube pour travailler à l’usine. Malade, elle est envoyée dans un sanatorium. Passé le premier désarroi dû à cette soudaine inactivité, elle y découvre les soins, l’attention, le repos, la lecture et la musique, et s’adonne avec candeur à son idylle avec Luigi (Daniel Quenaud), un autre patient. Mais la guérison approche, emportant avec elle le rêve d’une existence différente entrevue pendant ces «brèves vacances».

Attention, rareté ! Una breve vacanza est l’avant-dernier film de Vittorio De Sica, réalisé un an avant sa mort – il tournera encore Le Voyage, inspiré d’une nouvelle de Pirandello, son dernier long métrage (accompagné par la fidèle actrice Sophia Loren) et il fera l’acteur une dernière fois en 1974, l’année de sa mort, pour Pasquale Squitieri. Una breve vacanza n’a été projeté en France que bien après sa sortie italienne. Le sujet est dû au scénariste Rodolfo Sonego, dont les origines paysannes vénitiennes ne sont pas si éloignées de celles, émiliennes, de Zavattini, qui signe le scénario. Ce film révèle que la délicatesse de touche et les racines profondes de Vittorio De Sica étaient intactes en ses dernières années. Henri Agel, qui n’a cessé d’accompagner le cinéaste, se demande si « cette cruelle évocation d’une destinée féminine vouée à l’écrasement et à l’humiliation n’étaient pas pour Vittorio De Sica l’occasion d’accomplir un douloureux et fervent pèlerinage aux sources de son néoréalisme. » Ce qui, dans le film, pourrait flirter avec le mélodrame est compensé par une absence de lyrisme et une narration très simple. La photographie est due à Ennio Guarnieri (qui avait signé celle du Jardin des Finzi-Contini). Et l’actrice principale, Florinda Bolkan (vue dans Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon de Petri), déploie un jeu complexe et riche. « La caractéristique des personnages qui entourent l’héroïne, écrit Lorenzo Codelli dans Les Cahiers de la cinémathèque (n° 40), implique la présence d’une série de femmes plus aisées que celle-ci, des femmes qui lui enseignent combien sont totalement différentes les "maladies", le plus souvent simulées, de la bourgeoisie. Il y a la femme richement entretenue qui a fui son amant, grand industriel, et qui n’attend plus que de le voir réapparaître, suppliant, devant elle ; la chanteuse de musichall, extravertie et hypersensible, qui tente de se suicider ; il y a la très jeune nymphomane qui séduit différents médecins ; et aussi, beaucoup plus dans l’ombre, une ouvrière communiste qui lit Marx et intervient de temps en temps comme agitatrice politique. » 

Les derniers films des grands auteurs sont souvent des oeuvres à part dans leur carrière. Ici, un homme qui aura voué toute son existence au cinéma, traversé les époques, les modes et les générations donne une dernière leçon : le cinéma n’est qu’affaire de conviction, de talent et de discours sur le monde. 

 

Apollinaire

Vittorio De Sica raconte que Zavattini et lui

avaient été particulièrement influencés par

une phrase d’Apollinaire : « Les maladies

sont les voyages du pauvre. »

 

Avec l’âge…

Lors de la sortie du film, De Sica déclarait à la presse :

« Aujourd’hui, le cinéma se nourrit de sexe et de violence.

Ça passera. En revanche, la misère existe toujours. »

 

Crépuscule

C’est l’avant-dernier film du réalisateur. Commencé par un petit rôle

dans un film muet de 1918, sa carrière aura duré 55 ans. Il a réalisé 35 longs

métrages et joué dans plus de 150 films. Il meurt à Neuilly le 13 novembre 1974.

Le grand amour de sa vie, l’actrice mexicaine Maria Mercader, lui survivra.

 

Récompenses

Il aura gagné la Palme d’Or de Cannes, l’Oscar du meilleur film étranger

(trois fois), l’Ours d’or de Berlin, mais jamais le Lion d’or de Venise.

Dans le dernier sondage de la revue britannique Sight and Sound,

Le Voleur de Bicyclette est classé parmi les « 50 meilleurs films de

tous les temps » (si tant est que ce type de compétition ait de la valeur).

De ce film-phare de De Sica, le grand metteur en scène suédois

Roy Andersson écrit : « Mon film favori, de façon absolue ;

l’oeuvre la plus humaniste et la plus politique

de toute l’histoire du cinéma. »





Una breve vacanza
Italie, Espagne, 1973, 1 h 52, couleur, format 1.66
Réalisation : Vittorio De Sica
Scénario : Cesare Zavattini d’après une histoire de Rodolfo Sonego
Photo : Ennio Guarnieri
Musique : Manuel De Sica
Montage : Franco Arcalli
Décors : Luigi Scaccianoce
Costumes : Nadia Vitali

 

Production : Marina Cicogna, Arthur Cohn, Verona Produzione, Azor Films
Interprètes : Florinda Bolkan (Clara Mataro), Renato Salvatori (Franco Mataro, le mari de Clara), Daniel Quenaud (Luigi), José María Prada (Docteur Ciranni), Teresa Gimpera (Gina), Hugo Blanco (Marino), Julia Peña (Edvige), Miranda Campa (l’infirmière Guidotti), Angela Cardile (La Rossa), Anna Carena (la belle-mère), Christian De Sica (Mariani)

 

Sortie en Italie : 14 août 1973
Le film n’est jamais sorti commercialement en France.

Séances



Mardi 16 octobre à 22h00, Pathé Bellecour (S2)
Jeudi 18 octobre à 14h00, Institut Lumière



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