Pris au piège

Max Ophuls

Etats-Unis, 1949


Léonora (Barbara Bel Geddes), jeune Américaine, de condition modeste mais particulièrement ambitieuse, épouse le millionnaire de ses rêves, Smith Ohlrig (Robert Ryan). Mais celui-ci, névrosé, lui rend la vie impossible…

Pris au piège est l’avant-dernier film américain d’Ophuls, après son chef-d’oeuvre Lettre d’une inconnue et avant The Reckless Moment (Les Désemparés), tourné la même année. D’ici peu, il reviendra à Paris pour sa seconde période française, qui s’achèvera par l’apothéose de Lola Montès. Pris au piège restera longtemps inédit, ne sera montré pour la première fois en France qu’en 1963 à la Cinémathèque française (projection signalée par Truffaut), puis sortira officiellement en salles bien plus tard encore, en 1992. Il s’agit là sans doute du film le plus sombre de son auteur, qui y critique avec beaucoup de violence les valeurs associées au bonheur et à l’argent dans la société capitaliste. Barbara Bel Geddes y campe une charmante provinciale corrompue peu à peu par les dollars, Robert Ryan une sorte d’Howard Hughes brutal et tendre et James Mason un admirable médecin de faubourg. C’est le premier rôle américain pour l’Anglais James Mason, ce pur aristocrate, qui ressemble à une apparition d’un autre monde. La rencontre avec Ophuls est plus que logique, elle est évidente. Le réalisateur se souvient du tournage d’une scène : « Bien que dans l’ombre, le visage de James Mason communiquait néanmoins à toute l’action une sorte d’intensité dramatique, qui semble émaner, à la manière d’un fluide, de la personnalité de quelques très rares et très grands acteurs. La scène n’avait pas, d’après moi, besoin du gros plan supplémentaire qui eût souligné les traits d’une physionomie que la tension du jeu permettait de voir inconsciemment… en imagination : ce qui est souvent beaucoup plus dramatique que la vue directe. Malgré cela, je m’apprêtais, à contre-coeur, à tourner ce gros plan, car il est de règle que la vedette ait droit à un certain nombre de gros plans, et demande toujours d’être filmée à son avantage. “Croyez-vous que ce gros plan soit bien nécessaire ?” me demanda James Mason. Eh bien, depuis vingt ans que je tourne, c’est la première fois que j’ai entendu une vedette refuser un gros plan. » Pendant le tournage, Ophuls tombe malade, la production engage John Berry, qui fuira bientôt l’Amérique de McCarthy. Celui-ci raconte en 1968 : « Au bout de deux semaines, la compagnie productrice m’a foutu à la porte et Max Ophuls, déjà guéri, est venu terminer le film. Robert Aldrich m’a dit récemment que tout le monde, sauf moi, savait que je serais mis à la porte dès qu’Ophuls serait rentré. Dans la version définitive, il doit rester trois ou quatre plans de moi, au début. » Les impératifs de production sont puissants à museler l’intelligence et l’extraordinaire virtuosité de la mise en scène d’Ophuls dont les longs travellings défient l’apesanteur et l’exigüité des décors. Un Ophuls qui dut batailler sur le script qui, disait-il « déraille un peu vers la fin. » Ophuls reste modeste, mais l’accueil fut élogieux, comme le critique américain Paul Dehn dans le Sunday Chronicle : « Caught a été réalisé dans l’esprit d’Orson Welles : éclairage dramatique, sensation étouffante de claustrophobie, etc. Mais ce style un peu lourd, Max Ophuls l’a remarquablement amélioré. »– on pense d’ailleurs au Xanadu de Citizen Kane, d’autant que l’épouse de Kane était aussi la prisonnière d’une cage dorée. Pris au piège est un film riche et accompli, « le plus intéressant et le plus complexe émotionnellement » des films américains d’Ophuls, selon la critique Pauline Kael. 

 

Voilà !

Selon Godard, « le meilleur film américain d'Ophuls. »

 

Deux inconnus

Deux réalisateurs appelés à devenir célèbres, John Berry et Robert Aldrich,

ont dirigé quelques scènes sur le film mais ne sont pas crédités au générique.

 

Restauration

En 1992, Martin Scorsese finança la restauration de ce film

dont le personnage principal est inspiré de la vie de Howard

Hugues, aviateur, constructeur aéronautique, homme d’affaires

et producteur de cinéma. En 2004, il réalisa un biopic sur

l’extravagant milliardaire, Aviator.





Pris au piège (Caught)

États-Unis, 1949, 1 h 28, noir et blanc, format 1.37


Réalisation
: Max Ophuls
Scénario
: Arthur Laurents d’après le roman Wild Calendar de Libbie Block

Photo : Lee Garmes

Musique : Friedrich Hollander

Montage : Robert Parrish

Décors : Frank Paul Sylos

Costumes : Edward G. Boyle

 

Production : Wolfgang Reinhardt Enterprise


Interprètes
: Barbara Bel Geddes (Leonora Eames), Robert Ryan (Smith Ohlrig), James Mason (Larry Quinada), Frank Ferguson (Docteur Hoffman), Curt Bois (Franzi Kartos), Ruth Brady (Maxine), Natalie Schafer (Dorothy Dale), Art Smith (le psychiatre)

 

Sortie aux États-Unis : 17 février 1949

Sortie en France : 30 avril 1992

Séances



Mercredi 17 octobre à 16h15, Pathé Bellecour (S2)
Jeudi 18 octobre à 17h00, Pathé Bellecour (S2)



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