Comédie de l'argent

Max Ophuls

Pays-Bas, 1936


Un petit employé de banque, Brand (Herman Bouber), transporte une serviette contenant 50 000 florins. Un galopin cherche à s’en emparer, mais ne réussit, avec son canif, qu’à fendiller le cuir. Quand Brand va pour déposer l’argent à la banque, il s’aperçoit cependant que la serviette est vide. La police l’arrête, mais le relâche faute de preuves. Il perd cependant sa place, tout comme sa fille Willie (Rini Otte), employée des postes, soupçonnée de complicité. Sans le sou, ils sont acculés au désespoir lorsqu’un certain Moorman (Cor Ruys) propose à Brand une place inespérée : la présidence d’une importante société immobilière…

Après avoir fui l’Allemagne nazie, Ophuls hésita entre plusieurs pays d’accueil. Il choisit la France, mais fit une rapide incursion en Hollande, de février à septembre 1936, pour tourner cette Comédie de l’argent : « Jusque-là, résume-t-il, j’ignorais totalement qu’en Hollande aussi on pouvait tourner des films. Après avoir eu l’occasion d’y travailler, je compris qu’on ne devait en aucun cas essayer de faire du cinéma en Hollande ! » : « Acteurs jeunes, studios faméliques, imprésario atteint du démon de midi, jovialité hollandaise », explique Claude Beylie, ont rendu cette expérience à la fois piquante et ardue. Certains critiques citèrent Brecht, car le film est une fable sur les pouvoirs monstrueux de l’argent. Un “maître des cérémonies” y commente l’action, comme dans L’Opéra de quat’sous (Pabst, 1931), pas très loin du meneur de jeu de La Ronde, qu’Ophuls réalisera en 1950. Selon Raymond Chirat, « les décors semblent sortir directement des plus folles distorsions de l’expressionnisme. » La Comédie de l’argent est l’occasion d’une nouvelle collaboration entre Max Ophuls et Eugen Schüfftan, surtout connu pour son travail avec Carné sur Quai des brumes (1938) et sa contribution au réalisme poétique. « La réalisation d’Ophuls est surprenante par sa liberté, analyse Pierre-Damien Meneux (« Ophuls et Eugen Schüfftan », 1895) : jeu avec la profondeur de l’image, travellings se terminant par de très gros plans, panoramiques vertigineux et montage rapide. Schüfftan choisit d’éclairer ce film dans le même registre, en amplifiant les effets au maximum. Les plans d’extérieur sont par exemple tournés sous une lumière solaire, qu’on choisit de ne pas corriger par des diffuseurs ou des réflecteurs. Le chef opérateur enregistre ainsi les variations de lumière liées au décor : les parasols sur une terrasse et les feuilles des arbres au bord d’une rivière ou dans un jardin. » « Malgré l’enthousiasme de la presse, commente Alain Virmaux (Jeune Cinéma n° 237, mai / juin 1996), La Comédie de l’argent n’eut aucun succès public. Ce n’est pas un chef-d’oeuvre oublié, mais c’est passionnant de bout en bout : plus ophulsien que néerlandais, à vrai dire. L’oeuvre mérite une vraie réévaluation. Elle constitue un jalon indispensable dans la carrière d’Ophuls. » 

Rentabilité

Le film, qui coûta 112 000 florins à la production,

n’engrangea que 12 000 florins de recette lors de sa sortie en salle

(estimations de l’Institut néerlandais). Comme quoi, ça ne date pas d’hier,

les bons films qui ne marchent pas.

 

Témoignage

Rini Otte, l’actrice principale, se souvient :

« Ophuls était un merveilleux metteur en scène. Pour nous montrer ce qu’il fallait faire,

il ne jouait pas à notre place, mais se contentait de raconter, en soulignant sa pensée de

quelques gestes. On comprenait toujours ce qu’il voulait, bien qu’il ne parlât pas hollandais.

Il était très doux et n’élevait jamais la voix, sauf une fois où je l’ai entendu crier pendant

une heure jusqu’à devenir aphone parce qu’une petite chose manquait dans le plan.»

 

Inédit

Le film d’Ophuls n’est jamais sorti en France.

Il est rarement montré, donc. Il vient d’être restauré par le EYE Film Institute (Amsterdam).

Et il est présenté au festival Lumière, dont c’est la vocation.

Raymond Chirat le connait peu, même Raymond !





Comédie de l’argent (Komedie om Geld)
Pays-Bas, 1936, 1 h 21, noir et blanc, format 1.37

Réalisation
: Max Ophuls
Scénario : Walter Schlee, Alex de Haas, Max Ophuls
Photo : Eugen Schüfftan, Fritz Meyer
Montage : Gérard Bensdorp
Musique : Max Tak
Décors : Heinz Fenschel


Production : Will Tuschinski

Interprètes
: Herman Bouber (Brand), Rini Otte (Willie), Matthew van Eysden (Ferdinand), Cor Ruys (Moorman)

Sortie aux Pays-Bas : 30 octobre 1936

Copie Restaurée : EYE Film Institute

Séances



Vendredi 19 octobre à 14h30, Institut Lumière



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