Miracle à Milan

Vittorio De Sica

Italie, 1951


Une petite maison en bordure d’une rivière dans la banlieue de Milan. C’est celle de Lolotta (Emma Grammatica), une vieille dame qui, chaque jour, arrose les choux du jardin. Or, ce matin-là, elle trouve un bébé abandonné qu’elle recueille et appelle Toto. Quelques années plus tard, après lui avoir donné une éducation simple mais rigoureuse, elle meurt et l’enfant est placé dans un orphelinat jusqu’à sa majorité. Le jour de sa sortie, il se réfugie dans un terrain vague peuplé d’exclus et de clochards. Il va leur redonner le goût de vivre…

En 1939, plus de dix ans avant le tournage de Miracle à Milan, Cesare Zavattini lit à De Sica un scénario dont le titre pourrait peut-être éclairer la signification du film, dont il est d’ailleurs la première mouture : Donnons à tout le monde un cheval à bascule. Enthousiasmé, De Sica veut alors faire avec ce scénario ses premières armes de metteur en scène. L’envie de mettre en scène le démangeait depuis longtemps. Il dut pourtant attendre avant que le projet devienne réalité. De Sica avouait que malgré lui, Miracle à Milan reprenait un thème qui le laissait sans repos depuis des années : l’indifférence des humains vis-à-vis des besoins d’autrui. D’où son voeu de réaliser une fable : « Ma seule intention est de tenter un conte de fées du XXe siècle. Il s’agit d’un type de production entièrement nouveau en Italie, fantastique, ironique, satirique, grotesque et imprégné de critique social. » De Sica et Zavattini vont une fois de plus subir la malveillance de la presse, qui tente de les diviser. Le cinéaste l’évoquera dans une lettre à Zavattini publiée dans les Cahiers du cinéma en 1953, alors qu’il part seul tourner Stazione Termini aux États-Unis, Zavattini n’ayant pas obtenu de visa : « Cela a commencé à l’occasion de Miracle à Milan, et s’est déchaîné à l’occasion de Stazione Termini. Personne ne nous encourageait, et nous étions vraiment seuls, toi et moi, chacun mettant sa confiance dans l’autre, et c’est ainsi qu’est né Le Voleur de bicyclette. J’ai vu naître son scénario de ton talent opiniâtre, et ce fut, en vérité, une naissance impopulaire, nous pouvons le dire ; mais moi, je sentais que c’était vraiment là mon univers, et que je saurais l’exprimer comme si j’y avais vécu depuis toujours. Je n’ai jamais douté, et je ne crois pas que deux frères, pendant les années de la guerre et de l’après-guerre, eussent pu être plus unis que nous, et tendre davantage vers le même but. » De Sica raconte combien « la recherche des acteurs s’avère souvent difficile. Le personnage principal de Miracle à Milan, le brave Toto, m’a donné du fil à retordre et pas mal de souci. Certes, un bon acteur peut magnifiquement interpréter n’importe quel personnage. Mais ce personnage-là, que j’ai en moi, il a déjà un visage, différent de tous les autres, il a une façon de s’exprimer, de marcher, de regarder qui ne sont qu’à lui et à quoi je ne puis rien changer. C’est ce que j’appelle la fidélité au personnage. » Sorti en Italie en février 1951, Miracle à Milan reçut en mai la Palme d’Or et le Prix international de la Critique à Cannes. 


Les maîtres de De Sica

« Je suis obsédé par deux monstres : ils me rendent la vie tout à fait impossible. Ce sont Charlie Chaplin

et René Clair. À mesure que nous avançons dans la construction du scénario, il nous arrive, certains

jours, d’être assez satisfaits de notre travail, de nos découvertes. Pas pour longtemps ! Le lendemain, je

me frappe la tête et je me dis : Charlie y a déjà pensé, il y a vingt-cinq ans ! Ou bien : René Clair l’a déjà

fait dans tel film !... Après eux, le cinéma est devenu presque impossible. »

 

Polémique

Des critiques ont reproché au film son aspect partisan (partisan de quoi d’ailleurs, quand on le voit

aujourd’hui ?). De Sica : « Je m’insurge contre ces propos. Il arrive que des cinéastes, dépeignant des faits

sociaux, humains, recherchent, instinctivement, les causes et les effets du déséquilibre des rapports entre les

hommes. Ils sont alors amenés à des conclusions, voire à des commentaires imagés, plus ou moins partisans.

Il n’y a rien de cela chez moi. J’ai voulu porter à l’écran, en dehors des convictions politiques professées et

partagées par chacun de nous, le sens chrétien et humain de solidarité. »

 

Scénario modifié

Entre les projets de départ en 1940 et la version finale de 1951, de nombreux éléments ont évolué.

On passe de deux villes dans deux états imaginaires à une action qui se déroule finalement à Milan.

La communauté de pauvres devient finalement un groupe réel, les « barboni », clochards milanais. De chef,

le personnage de Toto devient citoyen exemplaire, transformant le scénario d’une forme autoritaire à une

forme plus démocratique. Les clochards se trouvent dans les faubourgs parce qu’ils y sont forcés et non plus

par choix. Et l’eau se substitue au pétrole.

 

Titre original

À l’origine du film, un roman de Zavattini, Toto il buono. L’écrivain souhaitait appeler le scénario :

Les Pauvres sont un problème. En 1937, il avait publié un roman intitulé Les Pauvres sont fous.

 

Positif numéro 1

Dans le premier numéro de Positif, qui nait à Lyon en mai 1952, on trouve un article sur Miracle à

Milan, signé de son fondateur Bernard Chardère. Un Chardère toujours présent au festival Lumière,

une revue désormais de retour à Lyon, publiée par Actes Sud et l’Institut Lumière.





Miracle à Milan (Miracolo à Milano)
Italie, 1951, 1 h 40, noir et blanc, format 1.37

Réalisation
: Vittorio De Sica
Scénario : Cesare Zavattini, Vittorio De Sica, Adolfo Franci, Suso Cecchi D’Amico, Mario Chiari d’après le roman Toto il buono de Cesare Zavattini
Photo : Aldo Graziati
Musique : Alessandro Cicognini
Montage : Eraldo Da Roma
Décors : Guido Fiorini

 

Production : Vittorio De Sica via la Societa Produzioni de Sica (P.D.S.)

Interprètes
: Emma Grammatica (Lolotta), Francesco Golisano (Toto le Bon), Paola Stoppa (Rappi), Guglielmo Barnabo (Mobbi), Brunella Bovo (Edwige), Anna Carena (Marta, la dame hautaine), Alba Arnova (la statue), Flora Cambi (l’amoureuse malheureuse), Arturo Bragaglia (Alfredo), Erminio Spalla (Gaetano)

 

Sortie en Italie : 8 février 1951
Sortie en France : 21 novembre 1951

Séances



Mercredi 17 octobre à 20h30, Cinéma St-Denis
Dimanche 21 octobre à 17h30, Cinéma Opéra



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