Sciuscia

Vittorio De Sica

Italie, 1946


Au cours de la Seconde Guerre mondiale, Pascale et Giuseppe, deux jeunes enfants qui rêvent d’acheter un magnifique cheval, survivent en cirant les chaussures et en se livrant à toutes sortes de petits trafics. Un jour, ils sont arrêtés et placés en maison de correction à la discipline brutale…

1946 est une année fructueuse pour le cinéma italien : le Festival de Cannes donne le coup d’envoi du néoréalisme en couronnant Rome, ville ouverte de Roberto Rossellini du Prix du Jury, les écrans accueillent Le Bandit de Lattuada, Le Soleil se lève encore de Vergano, Païsa de Rossellini, et donc Sciuscia. « L’expérience de la guerre fut déterminante pour nous, raconte De Sica. Nous ressentions le besoin de planter la caméra au milieu de la vie réelle, au milieu de tout ce qui frappait nos yeux atterrés. Nous cherchions à nous libérer du poids de nos fautes, nous voulions nous regarder en face, et nous dire la vérité, découvrir ce que nous étions réellement, et chercher le salut. Je crois que Sciuscia, le film qui est né de ce besoin, a marqué la fin de mes mises en scène commerciales, et le début de mes aventures avec les producteurs ! » C’est Paolo Tamburella qui a financé Sciuscia. Le film n’ayant eu aucun succès en Italie, Tamburella dut se résoudre à le vendre en France et aux États-Unis pour une bouchée de pain. Très vite, il s’aperçut, quelques semaines avant de mourir, qu’il rapportait des millions de dollars à l’étranger. Par la suite, c’est grâce à ses salaires d’acteur que De Sica financera la production et la distribution de ses propres films – comme, plus tard, John Cassavetes. Une partie de la critique italienne exprima des réserves : pourquoi vouloir faire connaître la réalité quasi inhumaine de l’enfance dans ces années terribles ? Mais le succès mondial du film obligea le public italien à reconsidérer son jugement. « De Sica et Zavattini laissent bien entendre que leur but est de servir l’éthique, qu’ils ne se bornent pas à un constat social, écrit Pierre Leprohon dans Vittorio De Sica (Seghers, 1966). En le révélant, ils accusent, ils proposent, à cette même société, le reflet d’un miroir face auquel elle doit prendre conscience de ses responsabilités et de ses injustices. Une volonté morale, donc, affirmée avec d’autant plus d’efficacité qu’elle n’emprunte jamais la voie du prêche ou de l’émotion facile. » La mauvaise qualité de la pellicule et des éclairages contribuent involontairement au caractère vériste de l’oeuvre. Sciuscia est le premier des films de De Sica à atteindre cette maturité dont Le Voleur de bicyclette apportera la preuve, deux ans plus tard. Et Sciuscia est un très grand film, déjà. 

 

Cireur de chaussures

Le terme « sciuscia » est phonétiquement l’expression américaine « shoe shine »,

qui signifie « cireur de chaussures ». Le film se déroule à la fin de la guerre, les troupes

américaines sont partout, apportant leur culture, chewing-gums et cigarettes compris.

Les trafics et le marché noir se sont développés, utilisant les gamins des rues comme

intermédiaires. Le film est aussi un réquisitoire contre l’instrumentalisation des enfants.

 

Ettore Scola

Ettore Scola, qui en plus d’être un immense cinéaste a traversé toute l’histoire

du cinéma italien, évoque la figure de De Sica dans deux de ses films :

Nous nous sommes tant aimés, le film favori de Jean-Jacques Queyranne, et

Splendor, (« Une oeuvre sous-estimée ! » dit Bertrand Tavernier).

 

Spécial Lumière

Gian Luca Farinelli, directeur de la Cineteca de Bologne, veut parler de De Sica

comme du plus merveilleux directeur d’acteurs, des stars aux amateurs. Aussi comme

d’un acteur lui-même extraordinaire, à travers certains personnages-clés qu'il a créés et

vers lesquels il revint toujours (et que parfois son fils Christian, acteur célèbre en Italie,

a fait renaître) : le joueur de cartes et de hasard, l’avocat ou le juge, le militaire

gentilhomme, le noble véritable ou le noble déchu et ursupateur.

 

Projets inaboutis

En 1946, De Sica avait également deux autres projets : un film sur l’odyssée

des petites filles de Naples flétries par la guerre – prostitution, maladies vénériennes –,

et un autre sur une histoire d’amour entre une Italienne et un soldat noir.

Aucun des deux ne trouvera de producteur.





Sciuscia (Sciuscià)
Italie, 1946, 1 h 33, noir et blanc, format 1.37

Réalisation
: Vittorio De Sica
Scénario : Cesare Zavattini, Vittorio De Sica, Sergio Amidei, Ennio De Concini, Adolfo Franci, Cesrae Giulio Viola, Marcello Pagliero, William Tamburella
Photo : Anchise Brizzi
Musique : Alessandro Cicognini
Montage : Niccolo Lazzari
Décors : Ivo Batelli


Production
: Giuseppe Amato, Paolo William Tamburella, Alfa Cinematografica

Interprètes
: Rinaldo Smordoni (Giuseppe Filippucci), Franco Interlenghi (Pasquale Maggi), Annielo Mele (Raffaele Didio), Maria Ciampi (la voyante), Pacifio Astrologo (Vittorio), Enrico De Silva (Giorgio), Bruno Ortensi (L’Archange), Antonio Nicotra (L’Abruzzese)


Sortie en Italie : 27 avril 1946
Sortie en France : 26 février 1947

 

Copie Restaurée : Associazione Amidi di Vittorio De Sica

Séances



Mardi 16 octobre à 20h30, Cinéma Rex
Mercredi 17 octobre à 21h30, Institut Lumière
Jeudi 18 octobre à 20h30, UGC Astoria
Samedi 20 octobre à 19h40, Pathé Cordeliers
Samedi 27 octobre à 16h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Mercredi 07 novembre à 19h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8



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