La Fiancée vendue

Max Ophuls

Allemagne, 1932


Marie (Jarmila Novotna), jolie fille du bourgmestre d’un village de Bohême (Max Nadler), épousera-t-elle Wenzel (Paul Kemp), le riche dadais qu’on lui destine, ou bien Hans (Willy Domgraf-Fassbänder), le beau et malicieux jeune homme au passé incertain dont elle est amoureuse ?

La Fiancée vendue est l’adaptation d’un opéra-comique de l’Allemand Karel Sabina pour le livret et du Tchèque Bedřich Smetana pour la musique. Pour son deuxième long métrage (le premier fut Die verliebte Firma [L’Amour au studio, 1932]), Max Ophuls rassemble théâtre, musique et cinéma. « Ce qui l’intéressa d’abord, écrit Bernard Chardère, ce fut le son. Il demeura toute sa vie autant un inventeur de sons qu’un peintre d’images. Sa première rencontre avec un univers musical autonome, un film-opéra en l’occurrence, devait être un coup de maître. La Fiancée vendue, qui n’avait d’autre ambition initiale que d’exploiter le filon musical en cette éclosion du cinéma parlant, dépassa rapidement ces considérations et donna au genre les lettres de noblesse de la poésie. » Max Ophuls a souvent dit son amour pour les « films musicaux », comme ces films américains qu’il aimait beaucoup. D’ailleurs, qu’est-ce que La Fiancée vendue, sinon une comédie musicale ? En adaptant le « chef-d’oeuvre de naïveté directe », ainsi qu’il juge lui-même la féérie bohémienne de Smetana, Ophuls réalisa un coup de maître, l’une des rares comédies musicales d’outre-Rhin qui puisse être comparée à ses soeurs d’outre-Atlantique, alors que l’Allemagne précéda l’Amérique en la matière (globalement, car Hollywood Review et Paramount on Parade datent de 1929, avant que la UFA ne s'y mette). Le premier rôle féminin était d’ailleurs tenu par l’une des plus grandes cantatrices de l’époque, Jarmila Novotna, de l’Opéra de Berlin. « Nous édifiâmes dans les prés un village tchèque du siècle dernier, raconte Ophuls, décor si réel que nous habitâmes les maisons à pignon ouvragé durant six mois. Comme l’un des moments de bravoure du film devait être constitué par une foire, je parcourus l’Allemagne pour engager des forains authentiques : avaleurs de feu et de sabres, trapézistes, clowns, montreurs d’ours avec leurs bêtes, diseuses de bonne aventure. » La Fiancée vendue est également un film très gai, très tendre, quelque chose d’assez proche des tableautins du Moyen-Âge. Au-delà d’une certaine exubérance formelle, Ophuls appréhende le réel de l’extérieur, tourne autour, le détaille et, parfois, ne tente même pas d’aller au-delà de sa surface, se contentant d’en effleurer l’épiderme. C’est une manière de nous faire saisir la présence d’un secret. Vingt-trois années plus tard, Ophuls tourna aussi dans des studios allemands son dernier film, Lola Montès ; le décor principal, dans les deux cas : un cirque.  

 

Bio

Né Oppenheimer à Sarrebruck (Allemagne)

en 1902, le jeune Maximillian prend le

pseudonyme d’artiste d’Ophüls, dont il enlèvera

le tréma quand surgiront le nazisme et l’exil.

 

Nosferatu

On retrouve dans un petit rôle le comédien

allemand Max Schreck qui joua le rôle de

Nosferatu devant la caméra de Murnau en 1922.

L’acteur allemand est mort à Munich en 1936

d’une crise cardiaque, à l’âge de 57 ans.

 

Copie rare

De nombreux films datant des années 30 ont été très bien conservés.

Mais ce n’est pas le cas, loin s’en faut, de toutes les oeuvres produites

à cette époque (et rappelons que le cinéma muet a physiquement disparu à 80%).

Ainsi, le premier film d’Ophuls, L’Amour au studio, est considéré comme perdu.

Et présenter La Fiancée vendue dans l’une des rares copies existantes

relève d’un petit exploit.

 

Karl Valentin, acteur, avant le tournage

« J’ai vu un film, un seul, il y avait un pauvre type qui rampait dans la

cheminée et qui tombait tout le temps dans la rivière. Très peu pour moi,

vous comprenez. Enfin, puisque vous insistez, si vous mettez dans le contrat

qu’on ne me demandera pas de ramper dans une cheminée et qu’on me

jettera pas à l’eau, alors je veux bien essayer. »





La Fiancée vendue (Die verkaufte Braut)
Allemagne, 1932, 1 h 17, noir et blanc, format 1.37

Réalisation
: Max Ophüls
Scénario
: Curt Alexander, Max Ophüls, d’après l’opéra-comique Prodaná nevĕsta (La Fiancée vendue) de Bedrich Smetana et le livret de Karel Sabina
Photo : Franz Planer, Reimar Kuntze
Montage : Paul May (sous le nom de Paul Ostermayr)
Musique : Théo Mackeben
Décors et costumes : Erwin Scharf

 

Production : Reichs Liga Film, Hermann Rosenfeld, Ludwig Scheer

Interprètes
: Willy Domgraf-Fassbänder (Hans), Max Nadler (le bourgmestre), Jarmila Novotna (Marie, la fille du bourgmestre), Liesl Karlstadt (Katinka Brummer), Hermann Kner (Micha), Paul Kemp (Wenzel), Max Schreck (Muff, un comédien), Otto Wernicke (l’agent matrimonial), Karl Valentin (le directeur du cirque)

Sortie en Allemagne : 18 août 1932

Séances



Vendredi 19 octobre à 16h45, Institut Lumière



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