La Dame de tout le monde

Max Ophuls

Italie, 1934


Célèbre actrice d’origine italienne, Gaby Doriot (Isa Miranda) tente de mettre fin à ses jours. Tandis que les médecins cherchent à la sauver au cours d’une opération délicate, elle revit les drames et tourments de son existence : le suicide de son premier amour, son ascension mouvementée, le décès tragique de l’épouse de l’un de ses amants… Cette vie qu’aucun amour sincère et durable n’aura illuminée.

C’est parce que Liebelei fut un grand succès en Italie qu’Ophuls, chassé d’Allemagne et apatride, est appelé dans ce pays (comme d’autres cinéastes au même moment, Gustav Machaty et Walther Ruttmann, par exemple, et plus tard Renoir). Le commanditaire-producteur est l’éditeur Angelo Rizzoli, qui souhaite lui confier l’adaptation d’une oeuvre de Salvator Gotta, La signora di tutti. Ophuls métamorphose ce roman de gare en un brûlot qui se révèle aujourd’hui la meilleure adaptation du personnage de Lulu (créé par le dramaturge Frank Wedekind, évidemment non crédité), avec le film de Pabst (montré également au festival Lumière en ciné-concert), et l’opéra écrit au même moment par Alban Berg – coïncidence historique, qui réunit profondément ces deux chants funèbres. Isa Miranda infléchit le personnage du livre pour en accentuer davantage le caractère hystérique, insistant sur les expressions tragiques, finissant par produire une sorte de psychologie lente qui a toujours été, paraît-il, admiré par les amateurs de théâtre en Italie. Pour tous les admirateurs du cinéaste, La signora di tutti préfigure le grand film maudit qu’est Lola Montès. La fascination pour l’univers du spectacle porte déjà en elle sa démystification. Dans Lola, on retrouve l’éternelle tendresse d’Ophuls pour les femmes : il montre comment les vedettes de cinéma deviennent prisonnières de l’image que façonnent d’elles la presse et la production. 

Tourné dans les studios Cines à Rome, le film fut présenté à la Mostra de Venise balbutiante (et voulue par Mussolini) en août 1934 et fut découvert par le public italien. Puis il sortit à Paris en décembre de la même année, uniquement en version originale sous-titrée. La critique le jugera quelque peu mélodramatique ; Ophuls lui-même le trouvait trop sombre. Le réalisateur disparaît alors de la circulation, et resurgira quelques mois plus tard à Paris pour la « première époque » de sa carrière française. 

 

Un connaisseur

L’historien du cinéma italien Jean A. Gili,

que l’on retrouvera autour de De Sica pendant le festival, a

mené l’enquête sur le tournage de La signora. Voici ce qu’il

en dit (dans l’excellente revue 1895 déjà mentionnée) :

« Le film surprend par son caractère mélodramatique, son

exacerbation des passions, son rythme rapide. Il détone

dans le panorama du cinéma italien de l’époque, par son

écartèlement entre une comédie dramatique traditionnelle

et une sorte de délire expressionniste, souligné par la

caméra virevoltante d’Ophuls. »

 

Temps suspendu

Les studios étaient assez mal insonorisés. Dans la rue passaient

des trams. Quand la séquence à tourner comportait des dialogues,

un ouvrier grimpait sur le toit et agitait un drapeau rouge : les trams

s’arrêtaient alors, durant le temps nécessaire. Au bout de quelques

jours, les receveurs connaissaient l’histoire du film et pour calmer

les voyageurs leur en racontaient des bribes.

 

Isa Miranda

« J’ai eu un rapport très cordial avec Ophuls. Il parlait asez bien l’italien et donc le tournage

se passa sans difficulté » a dit Isa Miranda, citée par Gili. Cette actrice italienne (1905-1982)

à la beauté mystérieuse connut le succès avec ce film, elle qui n’était pas comédienne

à l’origine. Sa carrière fut brillante en Italie (Gallone, Bolognini, Maselli) et en France

(Clément, Cayatte, Verneuil). On la retrouvera encore dans La Ronde d’Ophuls, mais aussi

dans Un monde nouveau de De Sica.

 

Projection

Lors de la projection parisienne, Max Ophuls demanda à l’écrivain Tristan Bernard

(père de Raymond Bernard) si le film lui avait plu. Il fit semblant d’essuyer une

larme et répondit : « Très émouvant, très émouvant… » Avant de se retourner vers sa

femme et de lui dire : « Je ne t’achèterai jamais une chaise roulante ! ».





La Dame de tout le monde (La signora di tutti)
Italie, 1934, 1 h 29, noir et blanc, format 1.37

Réalisation
: Max Ophuls
Scénario
: Curt Alexander, Hans Wilhelm, Max Ophuls d’après le roman La signora di tutti de Salvator Gotta
Photo : Ubaldo Arata
Musique : Daniele Amfitheatrof
Montage : Ferdinando Maria Poggioli
Décors : Giuseppe Capponi
Costumes : Sandro Radice

 

Production : Angelo Rizzoli, Novella Films

Interprètes
: Isa Miranda (Gaby Doriot), Memo Benassi (Leonardo Nanni), Tatiana Pavlova (Alma Nanni), Federico Benfer (Roberto Nanni), Franco Coop (l’impresario), Lamberto Picasso (le père de Gaby et d’Anna), Nelly Corradi (Anna Murge), Mario Ferrari (le producteur de cinéma)

 

Sortie en Italie : 13 août 1934
Sortie en France : décembre 1934

Séances



Jeudi 18 octobre à 11h30, Institut Lumière
Samedi 20 octobre à 09h15, Institut Lumière



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