Embrasse-moi, idiot

Billy Wilder

États-Unis, 1964


Sur sa route vers Hollywood, Dino (Dean Martin), célèbre chanteur de charme, s’arrête dans une station-service de Climax, petite ville du Nevada. Pour Barney Millsap (Cliff Osmond), le pompiste, et Orville J. Spooner (Ray Walston), petit professeur de piano, tous deux « compositeurs » à leurs heures perdues, c’est la chance de leur vie. Millsap sabote la voiture de Dino. Dans l’incapacité de repartir, celui-ci se voit offrir l’hospitalité par Spooner. Mais ce dernier, extrêmement jaloux, ne veut pas que sa femme rencontre le séduisant Dino ; il la renvoie donc chez sa mère et demande à Polly the Pistol (Kim Novak), entraîneuse au Belly Button, de la remplacer pour un soir et de séduire Dino…

Embrasse-moi, idiot est librement adapté de la pièce d’Anna Bonacci, L’ora della fantasia, qui avait connu un grand succès à Paris. Billy Wilder, qui est alors (et toujours !) l’un des réalisateurs les plus populaires de son temps, venait de terminer Irma la Douce, quatrième plus gros succès de 1963. Le scénario d’Embrasse-moi, idiot, écrit par Wilder et son légendaire collaborateur I.A.L. Diamond, était très différent des précédents : le sexe et la cupidité étaient le sujet de chaque blague grivoise, et tout le monde était très étonné qu’il ait été accepté par la production. « Wilder a décidé de ne plus prendre le tragique à la blague, mais, bien au contraire, le comique au sérieux, dira Jean-Luc Godard. Au fur et à mesure qu’il jetait aux orties les grands sujets humains, il devenait l’un des nouveaux grands d’Hollywood et se posait en digne héritier de Lubitsch, car il avait retrouvé son âme de kid. » Pour interpréter Polly, Wilder voulait Marilyn Monroe, qu’il avait déjà fait tourner dans Sept ans de réflexion (1955) et Certains l’aiment chaud (1959), mais le rôle revint à Kim Novak. Il voulait Jack Lemon pour jouer Orville J. Spooner, mais Peter Sellers fut engagé à sa place. Dean Martin joua son propre personnage : celui du chanteur de That’s Amore. Martin et Sellers s’entendaient très bien, et les regards pince-sans-rire de Sellers provoquaient de terribles fous-rires chez Martin, à tel point qu’il fallut quelques fois interrompre le tournage. Mais Sellers fut victime d’une attaque. Wilder, qui avait avec l’acteur des relations houleuses, car celui-ci improvisait plutôt que de respecter le texte imposé, le remplaça par Ray Walston : « Quand je suis arrivé, raconte celui-ci, ils ont tout simplement refait toutes les scènes déjà tournées avec Sellers, c’est-à-dire pratiquement la totalité. Je me suis retrouvé face à des acteurs qui avaient déjà pas mal de répétitions derrière eux. Le premier jour, Wilder me donna des instructions, plutôt longues. Martin était appuyé contre le mur, à côté de moi, et quand Wilder retourna vers la caméra après avoir fini de parler, Martin me lança, assez fort pour que Wilder entende : "Dis à ce connard d’aller se faire foutre. Joue comme tu le sens." Il était toujours en train de déconner. Sur un tournage, Wilder contrôle tout, comme s’il était le seul à avoir son mot à dire. Il n’arrête pas d’aboyer, de hurler et de brailler. Il est très très teutonique, il vient de cette école de réalisateurs qui se prennent pour Dieu sur le plateau. Dire que Dean Martin usurpait ce pouvoir, de manière très drôle et formidable, serait un euphémisme. Un jour, Dean fut à son tour la cible d’un des exposés interminables de Wilder : "Nom de Dieu, ça veut dire quoi, ces conneries ? lui rétorqua Dean. Si vous vouliez un acteur, pourquoi m’avoir choisi moi, bordel ? Pourquoi n’avoir pas pris Marlon Brando ?" » (Dino, la belle vie dans la sale industrie du rêve, Nick Tosches, 1992) « Dans Embrasse-moi, idiot, le lien entre les personnages se résume au désir cru, dévorant, destructeur, qui ne tient compte ni des sentiments d’autrui ni des promesses du passé. L’un des films les plus misanthropes de l’un des grands portraitistes de la faiblesse humaine. », écrit joliment Florence Colombani. 

 

Dean Martin

Le festival Lumière rend hommage à Dean Martin – difficile de choisir des films

dans une carrière qui fut longue, plus difficile encore de trouver de belles copies, tant ce cinéma populaire

des années 50 et 60 n’a pas toujours été l’objet de l’attention des cinéphiles. Mais ça va venir !

 

Censure

La Catholic Legion of Decency classa Embrasse-moi, idiot dans la catégorie C, ce qui correspondait à la

condamnation absolue par l’Église. Ce n’était pas arrivé depuis huit ans, pour Baby Doll d’Elia Kazan (1956).

La United Artists enleva son nom du générique et distribua le film par l’intermédiaire de sa filiale Lopart

Pictures Corporation. Dans tout le pays, de nombreux cinémas refusèrent de projeter le film.

 

Ray Walston sur Dean Martin

« Il avait un verre à la main en permanence. Au point que j’ai fini par penser :

“Cet enfoiré est un baratineur. Il n’y a rien dans ce verre, à part du ginger ale.”

C’était bien de l’alcool. Mais il était extrêmement professionnel. Dès qu’il tournait

une scène, plus question de déconner. Il était formidablement à l’aise devant les caméras.

Un tas d’acteurs sont intimidés devant un objectif, surtout pour les gros plans.

Pas lui, il prenait ça avec décontraction. »

(Dino, la belle vie dans la sale industrie du rêve, Nick Tosches, 1992)





Embrasse-moi, idiot (Kiss Me, Stupid)
États-Unis, 1964, 2 h 05, noir et blanc, format 2.35

Réalisation
: Billy Wilder
Scénario : I. A. L. Diamond, Billy Wilder d’après
la pièce L’ora della fantasia d’Anna Bonacci
Photo : Joseph LaShelle
Musique : André Previn
Chansons : George Gershwin
Montage : Daniel Mandell
Décors : Edward G. Boyle
Maquettes : Alexandre Trauner
Costumes : Bill Thomas


Production
: Billy Wilder, I. A. L. Diamond, Doane Harrisson, The Mirisch Company, Phalanx Productions

Interprètes
: Dean Martin (Dino), Kim Novak (Polly The Pistol), Ray Walston (Orville J. Spooner), Felicia Farr (Zelda Spooner), Cliff Osmond (Barney Millsap), Barbara Pepper (Big Bertha), Doro Merande (Madame Pettibone), Howard McNear (Monsieur Pettibone), Henry Gibson (Smith), Alan Dexter (Wesson)


Sortie aux États-Unis : 22 décembre 1964
Sortie en France : 3 février 1965

Séances



Mercredi 17 octobre à 16h45, Pathé Bellecour
Vendredi 19 octobre à 20h30, CinéDuchère
Samedi 20 octobre à 16h15, Cinéma Comœdia
Mercredi 23 décembre à 21h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Mardi 29 décembre à 21h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8



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