L’Inconnu de Las Vegas

Lewis Milestone

États-Unis, 1960


À l’instigation de Spyros Acebos (Akim Tamiroff), imaginatif mais lâche, Danny Ocean (Frank Sinatra), un joueur professionnel, réunit onze anciens parachutistes qu’il commandait pendant la guerre. Objectif : exécuter un raid particulièrement audacieux sur cinq casinos de Las Vegas, attaqués simultanément, à minuit, le soir de la Saint-Sylvestre. Aucun d’eux n’ayant la moindre attache avec les milieux louches de la ville, l’opération a toutes les chances de réussir. Le plan, minutieusement mis au point, réussit en effet parfaitement et les onze hommes s’apprêtent à se partager les dix millions de dollars du hold-up quand un incident inattendu survient…

« En 1956, quelqu’un avait raconté à Peter Lawford une histoire de casse dont le minutage parfait permettait de dévaliser tous les casinos du Strip à Las Vegas, raconte Nick Tosches dans son ouvrage magistral sur Dean Martin (Dino, la belle vie dans la sale industrie du rêve, 1992). Sinatra avait acheté les droits de l’histoire avec Lawford, et il avait engagé Harry Brown et Charles Lederer pour bâtir un scénario à partir de là. Au fur et à mesure de l’écriture, L’Inconnu de Las Vegas devint l’histoire de onze anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale réunis pour une ultime manoeuvre : le braquage de cinq casinos. » Autour de Frank Sinatra, dans le rôle du leader, on retrouve Dean Martin, Sammy Davis Jr. et Shirley MacLaine – le Rat Pack admettait quelques femmes à sa table, comme Judy Garland et Lauren Bacall. L’apogée de la popularité du Pack se situe très précisément pendant le tournage d’Ocean’s Eleven à Las Vegas. On le sait depuis, le film n’était qu’un prétexte, monté par Sinatra, pour faire la fête. Les journaux, qui ne parlaient que de la future conférence au sommet de Paris, organisée par Eisenhower, Khrouchtchev et de Gaulle, se mirent à parler du “Sommet du Pat Rack”, lorsque Sinatra déclara qu’ils allaient organiser leur propre conférence du cool. Du 26 janvier au 16 février, le Rat Pack tourne pendant la journée et envahit le soir la scène du Sands , le célèbre casino dans lequel Martin et Sinatra avaient des parts. Chaque soir, au moins l’un d’eux se produirait, si ce n’était pas tous ensemble. Quand les États-Unis l’apprirent, les hôtels durent refuser des clients : « Nous marchions sur l’eau, se souvient Sammy Davis. Les gens dormaient dans les entrées d’hôtels, dans leurs voitures, n’importe où, dans l’espoir d’assister au summit. » Car présence du Rat Pack signifiait concert-surprise, rigolade, alcool, sexe. « C’était impossible de les suivre, se souvient Bill Miller, le pianiste attitré de Sinatra. Le tiers du spectacle était différent, improvisé chaque soir. Surtout par Dean, qui partait dans tous les sens. Ce gars n’a jamais eu à travailler de toute sa vie. Il avait une telle prestance naturelle qu’il se contentait d’être lui-même. Ça suffisait. » « Le rôle de Lewis Milestone, le prestigieux cinéaste de All Quiet on the Western Front (1930), explique Patrick Brion (Dean Martin, Riveneuve, 2011), a visiblement été réduit à celui d’un simple façonnier, le film étant totalement aux mains du Rat Pack. » Le tournage et les fêtes se mélangeaient. Certaines scènes ont été tournées à l’aube, avant qu’ils ne se couchent, les autres dans l’après-midi, lorsque la bande était levée. Milestone obtenait au maximum une à deux heures de tournage par jour. « Ce n’était pas un manque de professionnalisme, proteste Angie Dickinson. Mais il fallait bien vérifier qu’il n’y avait pas de caméra, pour savoir s’ils jouaient ou pas. Ils s’amusaient vraiment beaucoup ensemble. Le metteur en scène était très coulant. Il savait bien qui signait le chèque. » La bande ne respectait pas vraiment le scénario ni les dialogues, ils improvisaient beaucoup, ce qui donne des réactions tout à fait authentiques dans le film, comme celle de Danny lorsqu’Adele lui jette un plat de bonbons de façon imprévue. Le film se termine par un clin d’oeil : Sammy Davis Jr. marche sur le trottoir, le long du fameux Strip de Las Vegas. Le travelling découvre alors une affiche du Sands annonçant un show du Rat Pack !

 

Lewis Milestone

Lewis Milestone était un vétéran d’Hollywood lorsqu’il réalisa le film.

Né en Russie (plus exactement en Moldavie) l’année de l’invention du Cinématographe, en

1895, élevé à Odessa (Ukraine) puis à Bruxelles et Berlin avant d’émigrer aux États-Unis,

avec 6 dollars en poche. Il a signe des films comme All Quiet on the Western Front

(À l’Ouest rien de nouveau, 1930) ou Mutiny on the Bounty

(Les Mutinés du Bounty, 1962, celui avec Brando).

 

Rat Pack

Le Rat Pack a d’abord été le groupe d’amis d’Humphrey Bogart, à Hollywood,

dont faisait partie le jeune Frank Sinatra. Plus tard ce dernier formera ce qui restera comme

« le » Rat Pack, composé, outre Sinatra lui-même, de Dean Martin, Peter Lawford, Sammy Davis Jr, Joey Bishop.

L’une des légendes veut que ce soit Lauren Bacall qui ait donné ce nom au groupe en les voyant revenir

épuisés d’une soirée à Las Vegas : « You look like a goddamn rat pack ! », se serait-elle exclamée.

 

Remake

En 2001, Steven Soderbergh réalise un remake portant le même titre original,

avec Brad Pitt, George Clooney, Matt Damon et Julia Roberts :

Ocean’s Eleven (que suivront Ocean’s Twelve en 2004 et Ocean’s Thirteen en 2007).

L’année de sa sortie aux États-Unis en 1960, L’Inconnu de Las Vegas fut troisième

au box-office américain. Quarante-deux ans après, Soderbergh a été presque dans la même position.

Autre point commun entre les deux films : la présence au générique d’acteur qui sont aussi des copains.





L’Inconnu de Las Vegas (Ocean’s Eleven)
États-Unis, 1960, 1 h 59, couleur, format 2.35

Réalisation
: Lewis Milestone
Scénario : Harry Brown, Charles Lederer d’après une histoire de George Clayton Johnson et Jack Golden Russell
Photo : William H. Daniels
Musique : Nelson Riddle
Montage : Philip W. Anderson
Décors : Howard Bristol
Costumes : Howard Shoup


Production
: Lewis Milestone, Henry W. Sanicola

Interprètes
: Frank Sinatra (Danny Ocean), Dean Martin (Sam Harmon), Sammy Davis Jr (Josh Howard), Peter Lawford (Jimmy Foster), Angie Dickinson (Beatrice Ocean), Richard Conte (Anthony Bergdorf), Cesar Romero (Duke Santos), Patrice Wymore (Adele Ekstrom), Joey Bishop (“Mushy” O’Connors), Akim Tamiroff (Spyros Acebos)


Sortie aux États-Unis : 10 août 1960
Sortie en France : 1er septembre 1961

Séances



Dimanche 21 octobre à 19h45, Institut Lumière



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