La Mort en direct

Bertrand Tavernier

France, Allemagne, 1980


C’est l’histoire d’un homme, Roddy (Harvey Keitel), qui a une caméra greffée dans le cerveau et qui filme donc tout ce qu’il regarde. C’est l’histoire d’une femme atteinte par la maladie, Katherine Mortenhoe (Romy Schneider), qui s’enfuit pour « mourir libre ». Voulant échapper aux médias, en l’occurrence une émission de télévision, elle ne sait pas qu’elle est aidée dans sa fuite par celui-là même qui la filme…

Adapté d’un roman de l’écrivain anglais de science-fiction David G. Compton, The Continuous Katherine Mortenhoe, et coécrit avec David Rayfiel (scénariste américain, collaborateur de Sidney Pollack), La Mort en direct a été tourné en langue anglaise à Glasgow, en Écosse, excellent choix de ville et de paysages qui procure au film l’atmosphère étrange qui contribua à sa réussite. Alors que rien ne fut facile pour Bertrand Tavernier, qui commença par vouloir réunir des acteurs réputés difficiles : Harvey Keitel, juste renvoyé du tournage d’Apocalypse Now (ils sont devenus les meilleurs amis du monde) et Romy Schneider, moins demandée qu’à l’époque des films de Sautet, considérée comme exigeante. Le tournage fut parfois chaotique : « Pour l’équipe, raconte Tavernier à Jean-Claude Raspiengeas, il fallait imaginer quelque chose entre les coupe-gorge des faubourgs de Naples et l’idée d’une Afrique du Sud qui tournerait à Harlem avec des banderoles en faveur de l’apartheid… Gabriel Boustani, le producteur, et les Allemands avaient monté un plan : deux semaines à Glasgow, et les intérieurs à Berlin… C’était insensé ! J’ai organisé une opération commando qui m’a permis, en dernier recours, de décrocher Gaumont. Toscan du Plantier donnait de l’argent, à une condition : que je sois libre de tourner où je voulais. Toscan, tel d’Artagnan, est venu sauver l’entreprise. » Outre David Rayfiel, Tavernier s’entoura de Pierre-William Glenn qui livra une photo inattendue et intense, d’Antoine Duhamel, dont la superbe musique devint un motif à part entière, et de Max von Sydow, inoubliable en mari de Romy Schneider. « Romy est une tragédienne qui ne truque aucune émotion, et qui en a l’approche prodigieusement morale », déclarait Tavernier. Entre instinct et retenue, elle apporta une dimension essentielle au film, dont le discours annonçait, avec trois décennies d’avance, la mainmise des médias, la tentation du voyeurisme et la dictature des écrans qui dominent désormais nos vies. « La Mort en direct, c’est de la science-fiction émotionnelle. Fable passionnée et charnelle sur la liberté, mais aussi une réflexion sur le métier de metteur en scène » déclara aussi Tavernier. 

 

David Rayfiel

Bertrand Tavernier, en revoyant Jeremiah Johnson et Les Trois Jours du condor de Sidney

Pollack, avait été frappé par les dialogues de David Rayfiel. Il apprécia chez le scénariste

américain sa capacité à « donner trois ou quatre sens à certaines phrases et de n’avoir

pratiquement jamais besoin d’explications, cette façon de dire les choses en oblique. »

 

Glasgow par Tavernier

« J’ai tourné à Glasgow parce que j’y ai senti quelque chose de très évident. C’est une ville,

qui depuis 1948, n’a jamais été photographiée à l’écran, une ville à la fois victorienne, et

dickensienne, qui servait parfaitement d’arrière-plan à cette histoire quand même étrange ».

 

Anticipation

C’est une histoire de « science-fiction proche » et certains faits étaient déjà d’actualité au moment

de la réalisation. L’émission de télévision dont parle le film existait : Lifeline, financée par Rank

Xérox, mettait en scène de véritables opérations, qui pouvaient se terminer par la mort du

patient. La caméra greffée dans le cerveau correspond à une recherche de différents chirurgiens

oculaires qui ont trouvé, à la même époque, un moyen de remédier à la cécité en plaçant de

petites caméras à la place de la pupille. Et aujourd’hui, le temps arrive,

des caméras à la place des yeux (et parfois du cerveau).

 

Romy

2012 a « marqué » les trente ans de la disparition de Romy Schneider

et cette projection, qui a pour objet l’hommage rendu à Max von Sydow,

sera également une manière de se souvenir de l’actrice franco-autrichienne.





La Mort en direct (Death Watch)
France, Allemagne, 1980, 2 h 08, couleur, format 2.35

Réalisation
: Bertrand Tavernier
Scénario : David Rayfiel, Bertrand Tavernier d’après le roman L’Incurable de David G. Compton
Photo : Pierre-William Glenn
Musique : Antoine Duhamel
Montage : Michael Ellis, Armand Psenny
Décors : Tony Pratt
Costumes : Judy Moorcroft


Production
: Elie Kfouri, Alain Sarde, Bertrand Tavernier, Films A2, Gaumont International, Little Bear, Sara Films, Selta Films, Société Française de Production-SFP Cinéma, TV13 Filmproduktion

Interprètes
: Romy Schneider (Katherine Mortenhoe), Harvey Keitel (Roddy), Harry Dean Stanton (Vincent Ferriman), Thérèse Liotard (Tracey), Max von Sydow (Gerald Mortenhoe), Caroline Langrishe (la fille du bar), William Russell (Docteur Mason), Vadim Glowna (Harry Graves), Eva Maria Meineke (Docteur Klausen), Bernhard Wicki (le père de Katherine)

Sortie en France : 23 janvier 1980
Présentation au Festival de Berlin : février 1980

Distributeur : Tamasa Distribution

Film restauré par Studio 37 chez Mikros Image

Séances



Mercredi 17 octobre à 20h30, UGC Astoria
Jeudi 18 octobre à 18h10, Pathé Cordeliers
Vendredi 19 octobre à 14h15, Cinéma Comœdia
Samedi 20 octobre à 16h30, Pathé Bellecour



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