Renoir

Gilles Bourdos

France, 2012


1915. Sur la Côte d’Azur. Au crépuscule de sa vie, Auguste Renoir (Michel Bouquet) est éprouvé par la perte de son épouse, les douleurs du grand âge, et les mauvaises nouvelles venues du front : son fils Jean (Vincent Rottiers) est blessé. Mais une jeune fille, Andrée (Christa Théret), apparue dans sa vie comme un miracle, va insuffler au vieil homme une énergie qu’il n’attendait plus. Éclatante de vitalité, rayonnante de beauté, Andrée sera le dernier modèle du peintre, sa source de jouvence. Lorsque Jean vient passer sa convalescence dans la maison familiale, il découvre à son tour, fasciné, celle qui est devenue l’astre roux de la galaxie Renoir. Dans cet éden méditerranéen, et malgré l’opposition ronchonne du vieux peintre, Jean va aimer celle qui, animée par une volonté désordonnée, insaisissable, fera de lui, jeune officier velléitaire et bancal, un futur cinéaste…

Renoir est le quatrième film de Gilles Bourdos, après Disparus (1998), le superbe Inquiétudes (2003) et Et après (2008). Jérôme Tonnerre et Michel Spinosa, le réalisateur d’Anna M. (2007), ont tous deux collaboré à l’écriture du film. Tourné essentiellement dans les jardins du domaine du Layol, au pied du massif des Maures et face aux îles d’Hyères, dans le Var, Renoir distille un double parfum de disparition (la vieillesse du vieux maître, la guerre qui ravage l’Europe et la mort qui rôde partout) et d’espoir (la jeunesse des héros, la beauté du modèle et l’avenir qu’ils ne laisseront pas passer). Parce qu’on est en 1915, le semblant de paix, le caractère paisible de la vie quotidienne n’est qu’une illusion que vient troubler l’intrusion dans la vie du peintre Renoir et de son fils Jean de l’explosive Andrée Heuschling qui sera, sous le nom de Catherine Hessling, le dernier modèle du peintre, puis l’égérie des premiers films du cinéaste : La Fille de l’eau (1925), Nana (1926) ou La Petite Marchande d’allumettes (1928). « Si l’oeuvre ultime est oeuvre de vérité, explique Gilles Burdos, la dernière période d’Auguste Renoir refuse toute méditation sur la finitude. La guerre lui a blessé deux de ses fils, sujet d’inquiétude permanent. Mais ni la mort de sa femme, ni la maladie, cette paralysie qui le gagne peu à peu, n’eurent prise sur les derniers tableaux. Noble et héroïque jusqu’à l’agonie, déterminé à fixer toute la grâce du désir et toute la joie du vivant, Auguste Renoir a recréé dans son jardin le paradis pictural terrestre de ses maîtres : Giorgione, Titien, et l’école française du XVIIIe. Il aura peint toute sa vie les femmes, les fleurs et les enfants d’abord. C’est en imaginant son étrange atelier de bois et de verre, niché au coeur de l’éden méditerranéen – qui ressemble plus au studio primitif d’un Griffith qu’à un atelier de peintre –, que le film m’est apparu. Comme le cinéma apparut à Jean ici même. Andrée, déterminée à devenir actrice, insuffle au jeune homme sa passion pour le cinéma. Il la laisse décider pour lui, fidèle en cela à la théorie du père : se laisser porter dans la vie tel le bouchon au fil de l’eau. Plus tard, il conviendra : “Je n’ai mis les pieds dans le cinéma que dans l’espoir de faire de ma femme une vedette.” Tout en ajoutant, leur couple d’artistes ayant par la suite violemment volé en éclats : “Le cinéma fut pour nous une divinité féroce.” » Catherine Hessling qu’un critique de l’époque (Henri Clouzot, oncle du futur cinéaste, cité par Pascal Mérigeau) appela la « Lilian Gish française » était en effet une personnalité irréductible à laquelle Christa Théret donne un visage d’ange têtu et une grâce sauvage. Avec ce film, Gilles Bourdos revient à ses origines méditerranéennes – et cette fidélité au dernier pays de Renoir fait aussi la réussite du film. La lumière était le grand sujet des peintres au tournant du XXe siècle, elle est aussi celui de ce travail, fidèle à la géographie du Sud de la France autant qu’à sa culture et à ses beautés. « C’est moins une étendue qu’une matière, poursuit encore Gilles Bourdos. Une terre ocre ou un vert sombre, un mistral entêtant ou un bleu Klein. C’est par lui, mon pays natal, que ma rêverie cinématographique a pris sa substance. » Dans un film tourné en 35mm (ça devient rare !), Bourdos retrouve la picturalité des impressionnistes ainsi que celle des Autochromes que les Lumière réalisaient à la même époque. Renoir permet d’assister à la rencontre de Michel Bouquet et du jeune Vincent Rottiers, couple étonnant que vient troubler la présence de l’éclatante Christa Théret (à noter aussi la présence de Thomas Doret, le « gamin au vélo » des Dardenne). Il célèbre avec délicatesse l’amour, l’art et la nature. Renoir a été présenté en clôture de la sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2012. 

 

Catherine Hessling

« Rousse, bien en chair » selon Renoir,

Catherine « Dédé » Hessling figure dans

plusieurs toiles telles que Les Baigneuses, au

musée d’Orsay, ou encore de dos dans

Le Concert, au musée de Toronto.

 

Interprétation

Le personnage du peintre Auguste Renoir, incarné par Michel Bouquet, a déjà été interprété

par plusieurs acteurs, Igor Starygin dans Utro, Feodor Chaliapin Jr. dans Modigliani, Philippe Clay

dans Lautrec, et Maurice Antoni dans Enfance. Le véritable Auguste Renoir est visible

dans le documentaire muet de Sacha Guitry Ceux de chez nous, sorti en 1915,

l’année même où se déroule l’action du film de Gilles Bourdos.

 

Musicien

Alexandre Desplat, musicien des films Un prophète,

The Tree of Life et Le Discours d’un roi, est l’auteur de

la musique de Renoir. Il l’est aussi de films de cette

année 2012, Moonrise Kingdom de Wes Anderson,

De rouille et d’os de Jacques Audiard et Reality

de Matteo Garrone.

 

Mérigeau

C’est un « moment d’histoire » (du cinéma) que le festival Lumière salue avec Renoir.

Le Renoir du film de Bourdos, et le Renoir du livre de Pascal Mérigeau, prix Raymond Chirat 2010 :

cette biographie définitive du cinéaste sort début octobre et fera l’objet, pendant le festival,

d’une célébration méritée !





Renoir
France, 2012, 1 h 51, couleur, format 1.85

Réalisation
: Gilles Bourdos
Scénario : Jérôme Tonnerre, Gilles Bourdos, Michel Spinosa d’après l’ouvrage Le Tableau amoureux de Jacques Renoir
Photo : Mark Ping Bing Lee
Musique : Alexandre Desplat
Montage : Yannick Kergoat
Décors : Benoit Barouh
Costumes : Pascaline Chavanne


Production
: Fidélité Films, Wild Bunch, Mars Films, France 2 Cinéma, Orange Cinéma Séries, France Télévisions

Interprètes
: Michel Bouquet (Pierre-Auguste Renoir), Vincent Rottiers (Jean Renoir), Christa Théret (Andrée), Thomas Doret (Coco), Michèle Gleizer, Romane Bohringer (Gabrielle), Carlo Brandt (le docteur Prat), Hélène Babu (Odette)

Sortie en France : 2 janvier 2013

Avant-première !
Distributeur : Mars Distribution

Séances



Jeudi 18 octobre à 19h45, Institut Lumière
Vendredi 19 octobre à 19h30, Cinéma Comœdia



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