The Last Picture Show

Peter Bogdanovich

États-Unis, 1971


Anarene, Texas, 1951. Dans cette petite ville fantôme aux confins du désert, la jeunesse désoeuvrée traîne son ennui entre le cinéma et le café du vieux Sam (Ben Johnson), en passant par les soirées terminées sur la banquette arrière des voitures. Duane (Jeff Bridges) et Sonny (Timothy Bottoms), deux garçons à mi-chemin entre l’âge de l’école et celui du travail, partagent leurs loisirs et multiplient les expériences amoureuses hasardeuses. Mais une bagarre éclate entre les deux amis, et Sonny s’engage pour la Corée. Les jeunes gens se rendront une dernière fois au cinéma de Sam avant le départ de Sonny. Vaincue par la télévision, la salle ferme définitivement ses portes...

The Last Picture Show, dont deux des interprètes, Ben Johnson et Cloris Leachman, ont reçu des Oscars, est une brillante étude de la vie dans une petite ville du Texas au début des années 1950, juste avant la guerre de Corée. L’histoire se consacre notamment aux exploits de deux stars du football du lycée local. Ces personnages sont entourés de compagnons d’errance, avec qui ils partagent ces moments si particuliers de l’adolescence, où le temps demeure suspendu. Dans cette ville où tout semble figé, ce sont les individus qui vont finir par provoquer le changement, poussant chacun à suivre seul sa route. Sauf Sonny, qui observe ces évolutions autour de lui, dans le refus du temps qui passe. Peter Bogdanovich, grand cinéphile, a d’abord mené une carrière de critique et d’auteur de plusieurs livres d’entretien avec quelques grandes figures du cinéma : Howard Hawks, Cary Grant, Alfred Hitchcock, Jerry Lewis… Son premier film, La Cible (1968), avec Boris Karloff, est produit par Roger Corman, le découvreur de nombreux réalisateurs talentueux. Fort d’un gros succès au box-office, Bogdanovich songe alors à un autre film d’horreur-thriller, mais développe finalement le projet de The Last Picture Show. Le film est une adaptation du livre de Larry McMurtry, auteur qui recevra le prix Pulitzer en 1986 pour un autre roman, Lonesome Dove. Cette fameuse dernière séance est avant tout le symbole de la décrépitude de ce no man’s land, cette bourgade engluée dans un marasme économique et social. Le cinéaste déclare : « Je me fiche de la technique, je me méfie du film à thèse. Je veux qu’on me raconte une histoire. Seuls m’intéressent les situations, les rapports entre les gens. » C’est en effet dans la façon dont s’interpénètrent les destins des différents personnages que résident toute la subtilité et la richesse du film. Le cinéaste est un merveilleux faiseur d’ambiance, comme en témoignent les images en noir et blanc de Robert Surtees, qui s’impriment immédiatement dans la mémoire du spectateur : les enseignes qui claquent au vent et les rues poussiéreuses, comme dans un western à l’atmosphère lourde et désolée d’avant la tempête. Peter Bogdanovich, qui se proclame plus proche d’Ernst Lubitsch et d’Orson Welles que de ses contemporains encore en activité, a visiblement pris un immense plaisir à reproduire dans le moindre détail une ville des années cinquante, à donner une grande place à la musique dans son récit. Guy Allombert, Positif, mai 1972 : « On sort de The Last Picture Show écrasé, fasciné, assuré d’avoir vu l’un des très grands films de l’année. Un portrait sans complaisance, pessimiste, d’une Amérique qui n’en finit pas de se chercher et de se perdre. […] Les joies des jeunes, leurs plaisirs, leurs jeux comme leurs querelles, Bogdanovich les brosse sans insister : c’était cela et sans doute cela ne sera plus. Une patte de grand maître… »

 

 

Premier rôle

C’est le premier rôle majeur au cinéma
de Jeff Bridges. Il fut nominé pour l’Oscar du
meilleur acteur dans un second rôle pour
sa prestation. Il a repris ce même rôle
dans la suite du film, Texasville, sorti en 1990.

 

Carrière

Après avoir signé plusieurs livres, Peter Bogdanovich est devenu assistant en 1966
de Roger Corman sur son film Les Anges sauvages. « J’écrivais, je tournais des raccords,
je bricolais, je décorais, j’assistais, quoi… Le jour où j’ai vu mon nom au générique,
vous ne pouvez pas savoir… »

 

Noir & blanc

Orson Welles, consulté au hasard lors d’un déjeuner d’affaires (et auquel Bogdanovich
a consacré un beau livre), est celui qui aurait tranché en faveur du noir et blanc. Le réalisateur
s’est félicité de son choix : « C’est le premier film en noir et blanc réalisé en Amérique depuis dix ans. Je
ne voulais pas le faire en couleurs, parce que la ville ne devait pas être trop jolie
ni trop romantique et que le noir et blanc donnait la sensation du passé depuis 1950 ».
La restauration du film rend belle justice à l’extraordinaire photo du film.


Guerre

Le film ne s’éloigne pas de la réalité d’alors de la société américaine.
Ainsi l’engagement de Sonny pour la guerre en Corée,
qui suscitait les passions dans les années 1950,
renvoie directement à la guerre du Viêt-nam,
dans laquelle le pays était engagé
depuis déjà sept ans.




La Dernière séance (The Last Picture Show)
États-Unis, 1971, 2 h 06, noir et blanc, format 1.85

Réalisation : Peter Bogdanovich
Scénario : Larry McMurtry, Peter Bogdanovich d’après le roman La Dernière Séance de Larry McMurtry
Photo : Robert Surtees
Musique : Chansons de Hank Williams, Bob Wills and His Texas Playboys, Tony Bennett, Pee Wee King, Phil Harris, Johnny Standley, Hank Thompson…
Montage : Donn Cambern
Décors : Walter Scott Herndon
Costumes : Poly Platt

Production
: Stephen J. Friedman pour BBS Productions, Harold Schneider, Columbia Pictures Corporation, Last Picture Picture Show Productions

Interprètes : Timothy Bottoms (Sonny Crawford), Jeff Bridges (Duane Jackson), Cybill Shepherd (Jacy Farrow), Ben Johnson (Sam Le Lion), Cloris Leachman (Ruth Popper), Ellen Burstyn (Lois Farrow), Eileen Brennan (Genevieve), Clu Gulager (Abilene), Sam Bottoms (Billy)

Sortie aux États-Unis : 3 octobre 1971
Sortie en France : 14 avril 1972

 

Distributeur : Park Circus

Copie restaurée par Park Circus en 2K.

Séances



Mercredi 17 octobre à 22h00, Pathé Bellecour
Vendredi 19 octobre à 16h15, Pathé Bellecour
Dimanche 21 octobre à 19h25, Pathé Cordeliers



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