The Pleasure Garden

Alfred Hitchcock

Grande-Bretagne, Allemagne, 1925


Décidée à devenir danseuse, Jill Cheyne (Carmelita Geraghty) se laisse griser par la vie facile de la grande ville et devient la maîtresse du prince Ivan (Karl Falkenberg) au lieu de rester fidèle à Hugh Fielding (John Stuart), l’homme qui l’aime…

The Pleasure Garden est le premier film d’Alfred Hitchcock, une coproduction anglo-allemande. La vedette féminine, Virginia Valli, est prêtée par Universal. Auparavant, Hitchcock avait seulement terminé un film dont le réalisateur était tombé malade, et commencé Number Thirteen, qu’il ne put achever, faute de capitaux. The Pleasure Garden sera donc son premier vrai film : un film « mélodramatique, mais avec quelques scènes intéressantes » dira-t-il lui-même. Le producteur Michael Balcon lui demande un jour s’il aimerait mettre en scène l’adaptation d’un roman d’Oliver Sandys. Hitchcock relate que la proposition l’a d’abord surpris, car s’il aimait beaucoup le travail de scénariste et de directeur artistique, il n’avait pas envisagé de passer à la réalisation. Mais il accepte, et part à Munich pour une réalisation assez mouvementée. D’abord, alors qu’il attend sur le quai de la gare de Munich un train pour l’Italie où il doit filmer les extérieurs, l’acteur Miles Mander s’aperçoit qu’il a oublié sa mallette de maquillage dans le taxi ; Hitchcock et lui conviennent alors de se retrouver le lendemain à l’hôtel en Italie ; « Le train démarre doucement, raconte Hitchcock dans ses entretiens avec François Truffaut (Hitchcock/Truffaut, Éditions Ramsay, 1983). Il y a une grande bagarre à la barrière de contrôle et je vois Miles Mander qui saute par-dessus la barrière, pourchassé par trois employés de la gare. » Ensuite, pendant le voyage, Hitchcock se fait confisquer les bobines, car il ne les a pas déclarées à la douane, ce qui est obligatoire à l’époque, car elles sont taxées – les douaniers ne découvriront pas la caméra, taxée et donc cachée elle aussi. Cela ne s’arrête pas là : en Italie, il perd dix milles lires et sera obligé, pendant le tournage, d’emprunter aux différents membres de l’équipe, même à la vedette Virginia Valli, et de demander une avance sur son salaire. Mais l’épisode le plus cocasse est peut-être celui-ci, savoureusement raconté par Hitchcock dans les entretiens précédemment cités : « Après déjeuner, je sors sur le trottoir et il y a là mon opérateur, la fille allemande qui doit jouer l’indigène et l’opérateur d’actualité, en conversation très solennelle. Je m’approche d’eux et leur dis : “Il y a quelque chose qui ne va pas ? – Oui, la fille, elle ne peut pas entrer dans l’eau. – Qu’est-ce que cela veut dire, elle ne peut pas entrer dans l’eau ? – Elle ne peut pas entrer dans l’eau, vous ne comprenez pas ?” J’insiste, je dis : “Non, je ne comprends pas.” Et là, sur le trottoir, les deux opérateurs sont obligés de m’expliquer, à moi, la période de menstruation, etc. De toute ma vie, je n’en avais jamais entendu parler. Alors, avec les gens passant devant nous, on me donne tous les détails. On trouve une autre fille mais, comme elle est un peu plus grasse que notre Allemande indisposée, mon acteur n’arrive pas à la porter dans ses bras. Il y a une centaine de badauds qui se tordent de rire. Lorsqu’il réussit finalement à l’emporter, voilà qu’une petite vieille qui ramassait des coquillages traverse le champ en regardant la caméra bien en face ! » Ce fut une épreuve du feu. « Néanmoins, écrit Patrick McGilligan (Alfred Hitchcock, une vie d’ombres et de lumière, Institut Lumière/Actes Sud, 2011), Hitchcock, dont le respect des budgets et des horaires avait été inculqué dès l’enfance et renforcé par les sévères exigences du cinéma anglais, réussit à terminer le tournage pour fin août. Michael Balcon vint à Munich pour la première projection, déclarant fièrement que techniquement, les débuts du jeune réalisateur ressemblaient à un film “américain” – ce dont les sociétés de production Gainsborough et Emelka avaient besoin pour que The Pleasure Garden puisse prétendre à une carrière internationale sérieuse. À quiconque voit le film aujourd’hui, son “look allemand” (“plein d’angles et de mouvements de caméra astucieux”, écrit Philip Kemp) est tout aussi évident que son look américain. » Lors de la sortie du film, la presse fut très bonne, dont le London Daily Express qui titra « Un jeune homme avec un cerveau de maître ».

 

Repère

La légendaire muse d’Hitchcock, Alma Reville, le rejoint au bord du lac de Côme.

Se sentant très débutant, Hitchcock a des sueurs froides rien qu’à regarder la célèbre

Virginia Valli : « J’avais peur de lui donner des instructions. Après chaque prise,

je demandais à ma future épouse si j’avais fait ce qu’il fallait. » Un signe de tête approbateur

de la part de la jeune femme, et il pouvait passer au plan suivant.

 

Travail d’actrice

Quand Hitchcock accueillit sa vedette

féminine qui arrivait d’Hollywood,

il fut très inquiet : « L’actrice était brune,

latine, sculpturale, ondoyante,

avec un regard filtrant, des talons de dix

centimètres, des ongles de mandarin, et un

chien noir assorti à sa robe noir moulante »,

raconte-t-il. Elle débarqua avec un homme

qui avait effectivement largement l’âge d’être

son père et le présenta : « Papa »,

mais cela laissa Hitchcock sceptique.

Comment transformer cette image glamour

en une rustique montagnarde ?

 

Nature contrariante

McGilligan raconte :

« Cherchant un joli village aux toits de chaume

avec des montagnes couvertes de neige à

l’arrière-plan, de beaux arbres au premier plan

et rien de moderne, Hitchcock remarqua une

carte postale pittoresque d’Obergurgl dans les

Alpes tyroliennes près de la frontière italienne.

Pour s’y rendre, il fallait un long voyage en train,

et un autre également long en voiture.

À son arrivée, Hitchcock déclara

le décor parfait et alla se coucher très satisfait.

Mais il neigea pendant la nuit et quand Hitchcock

et son équipe s’éveillèrent, tout était blanc.

Le réalisateur dut mettre en oeuvre tout son

pouvoir de persuasion pour convaincre

les pompiers de sortir leurs tuyaux

et faire fondre la neige. »



Séances



Samedi 20 octobre à 14h00, Institut Lumière



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