La Dixième victime

Elio Petri

Italie, France, 1965


Dans un futur proche, les gouvernements ont décidé de maîtriser les pulsions meurtrières de leurs concitoyens afin d’éviter de nouveaux conflits. Pour cela, une « Grande chasse » a été organisée, à laquelle chacun peut participer. Les règles sont simples : chaque participant doit survivre à dix chasses, en étant alternativement le chasseur et la proie, les rares personnes qui y parviennent devenant riches et célèbres. Caroline (Ursula Andress), une américaine, en est à sa dixième et dernière participation. Pour triompher de cette ultime épreuve, elle doit tuer sa proie, un italien nommé Marcello (Marcello Mastroianni)…

Le scénario est adapté de la nouvelle The Seventh Victim de Robert Sheckley, publiée en 1953 dans la revue Galaxy Science Fiction. Afin de ne pas confondre avec le thriller La Septième Victime (Mark Robson, 1943), l’adaptation d’Elio Petri monte le nombre de manches du jeu à dix : les participants sont cinq fois chasseur et cinq fois la proie. Petri, réalisateur engagé, est notamment connu pour son Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (1970) et surtout pour La Classe ouvrière va au paradis (1971), qui a obtenu la Palme d’or au Festival de Cannes. « Depuis 1962, explique Elio Petri, j’avais envie de faire un film de science-fiction tiré d’une histoire de Robert Sheckley, mais personne ne voulait le produire. Or, comme ça plaisait à Marcello Mastroianni, Carlo Ponti a fini par accepter. En fait, il ne voulait faire ni un film de science-fiction, ni un film avec moi, mais un film avec Mastroianni. J’ai eu à mes cotés, dès le début, Tonino Guerra, puis un peu plus tard Ennio Flaiano, qui a été merveilleux avec moi. » En choisissant d’adapter la nouvelle de Robert Sheckley, anticipation aussi déviante que cynique, Elio Petri prophétisait l’évolution de la télévision, qui s’avilirait toujours davantage pour satisfaire un public avide de sensations et de voyeurisme. L’idée du réalisateur était de « donner une hypothèse du futur, en dilatant les défauts de la réalité contemporaine. » Mais en premier lieu, le réalisateur propose une critique d’une société de consommation dont les mots d’ordre seraient déshumanisation et individualisme. Les deux personnages principaux sont incarnés par deux stars à l’apogée de leur carrière, deux sex-symbols : Ursula Andress qui a fait des ravages en bikini dans James Bond 007 contre Dr. No (1962) et Marcello Mastroianni, révélé dans La dolce vita en 1960, qui promène dans La Dixième Victime une indolence à toute épreuve, sauf quand il s’agit de résister aux charmes de Caroline. La particularité du film est de mêler des thèmes de science-fiction à d’autres, typiques du cinéma italien de l’époque, tels le rapport au divorce, ou encore à la vieillesse, comme dans la scène où Marcello explique que les Italiens étant très attachés à leur famille, ils cachent leurs parents âgés chez eux, car autrement la société s’en débarrasse. La Dixième Victime est une comédie pleine d’idées visuelles et de situations savoureuses, un film à l’ambiance pop, dans la veine des années soixante et dans un esprit qui évoque les comics : les tenues psychédéliques des actrices, le look atypique de Marcello, l’abondance des situations farfelues, tout y est. Si le réalisateur ne se prive pas d’écorner les politiques, les religieux et les médias, le film n’en est pas moins léger dans la forme, accumulant les scènes absurdes. « Le XXIe siècle est le siècle de la violence autorisée », fait dire Elio Petri à l’un des personnages. Vision lucide et pessimiste de son cinéma qui en fait sa force, son actualité et son universalité.

 

 

Elio Petri

Le Musée de Turin, dirigé par Alberto Barbera,
contribue de façon majeur à l’intérêt nouveau porté à Petri,
dont il restaure les films, avec la collaboration de L’Immagine Ritrovata
de Bologne. C’est ainsi le 5e film de Petri qui retrouve le public italien,
français… et lyonnais.

 

Tonino Guerra

Collaborateur d’Antonioni, Rosi, De Sica, Fellini, Tarkovski,
Angelopoulos, Tonino Guerra est l’un des plus grands scénaristes d’Italie.
Par la quantité (il a écrit plus de 100 films) et par la qualité :
L’Avventura, Le Désert rouge, L’Affaire Mattei, Les Hommes contre,
Lucky Luciano, Amarcord, L’Eternité et un jour.
Il est mort le 21 mars dernier, à l’âge de 92 ans.




La Dixième Victime (La decima vittima)
Italie, France, 1965, 1 h 33, couleur, format 1.85

Réalisation : Elio Petri
Scénario : Tonino Guerra, Giorgio Salvioni, Ennio Flaiano, Elio Petri d’après la nouvelle The Seventh Victim de Robert Sheckley
Photo : Gianni Di Venanzo
Musique : Piero Piccioni
Montage : Ruggero Mastroianni
Décors : Giovanni Checchi, Dario Micheli
Costumes : Giulio Coltellaci

Production
: Carlo Ponti, Compagnia Cinematografica Chapion, Les Films Concordia, Titanus - Appia

Interprètes : Marcello Mastroianni (Marcello Polletti), Ursula Andress (Caroline Meredith), Elsa Martinelli (Olga), Salvo Randone (le professeur), Massimo Serato (l’avocat), Milo Quesada (Rudi), Luce Bonifassy (Lidia), George Wang (l’agresseur chinois), Evi Rigano (la victime), Walter Williams (Martin), Richard Armstrong (Cole)

Sortie en Italie : 1er décembre 1965
Sortie en France : 10 février 1967

 

Distributeur : Tamasa Distribution

La restauration numérique du film a été effectuée par le Museo Nazionale del Cinema di Torino et la Cineteca di Bologna à partir des négatifs originaux fournis par l’ayant droit Surf Film. Le négatif image a été numérisé en résolution 2K et restauré numériquement. L’étalonnage a été réalisé à partir d’une copie positive originale conservée aux archives de la Cineteca di Bologna. La restauration a été effectuée au laboratoire L’Immagine Ritrovata en 2012.

Séances



Mardi 16 octobre à 20h30, UGC Astoria
Mercredi 17 octobre à 17h10, Pathé Cordeliers
Jeudi 18 octobre à 14h40, Pathé Cordeliers



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