Bullitt

Peter Yates

États-Unis, 1968


Le lieutenant de police Bullitt (Steve McQueen) est chargé par Chalmers (Robert Vaughn), un ambitieux politicien, de protéger Johnny Ross (Patt Renella), un gangster qui doit témoigner en sa faveur au cours d’un procès mais que la Mafia veut abattre parce qu’il a détourné des millions de dollars. Malgré une surveillance intensive, Ross est blessé dans sa chambre d’hôtel. Bullitt est relevé de sa mission. En théorie… Soutenu moralement par Cathy (Jacqueline Bisset), son amie, il tient à rester intègre et, surtout, à faire son devoir de justicier…

Steve McQueen, après avoir vu le film Trois milliards d’un coup (1967) qu’il a beaucoup aimé, demande à Peter Yates, son jeune réalisateur anglais, de venir le voir aux États-Unis où il lui propose de réaliser Bullitt. Le scénario est tiré de Mute Witness, un recueil d’enquêtes dont le personnage principal, Clancy, est lieutenant de police dans le 52e district de New York. L’auteur, Robert L. Fish alias Robert L. Pike, jouit d’une grande renommée aux États-Unis, aussi bien comme nouvelliste que comme pasticheur (la désopilante série des Schlock Homes) ou romancier. Mute Witness est publié chez Gallimard dans la collection Série Noire en 1965 sous le titre Un silence de mort. Seuls changements : Clancy est devenu Bullitt, et New York San Francisco. Mais Peter Yates a un autre projet en cours ; de plus, il redoute la machine hollywoodienne : « La clé du film, c’est vraiment qu’il a été produit par la compagnie de Steve McQueen, explique le cinéaste. Je suis allé à Hollywood pour le rencontrer. Nous avons discuté et nous nous sommes bien entendus. Il aimait mes idées, il était d’accord sur le style que je voulais donner au film. Et l’avantage d’une superstar, c’est celui d’arriver à une position où l’on est assez fort pour faire les choses exactement comme on les veut. » McQueen est au sommet de sa carrière : il est devenu une star après L’Affaire Thomas Crown. Grâce à son soutien, Yates peut poser ses conditions : avoir la liberté de modifier le script et utiliser le véhicule du film policier « pour dire quelque chose que je ressentais à propos de l’Amérique, pour moderniser le sujet en tournant dans les rues, explique-t-il. Si le film avait été tourné en studio, il aurait été très difficile de faire la différence avec une très bonne série policière de télévision. » Peter Yates accepte donc le projet. Aux côtés de McQueen, Jacqueline Bisset, celle dont les Américains disent qu’elle est leur « plus belle découverte après les Beatles ». C’est parce qu’elle a tourné aux États-Unis, et en particulier dans Bullitt, que François Truffaut la choisira pour le rôle de Julie dans La Nuit américaine : il voulait qu’ « on y sente fortement la présence d’Hollywood ». Lalo Schifrin, à qui le festival Lumière 2012 rend hommage, en a composé la musique. C’est avec Bullitt qu’il devient un compositeur de musiques de films reconnu. La mélodie de Bullitt, composée d’un enchaînement banal de riffs, rythme quatre des scènes du film. Schifrin choisit de ne pas accompagner musicalement la scène de la course poursuite : c’est durant la scène précédente, celle de la filature, que Lalo Schifrin fait monter la tension, jusqu’à ce que celle-ci devienne trop forte. Le crissement des pneus remplace alors la mélodie. Un effet qui maintient le spectateur en haleine. Bullitt confirme un tournant du cinéma américain, annoncé par le succès de la série télévisée Les Incorruptibles, marqué par Le Détective de Gordon Douglas. « Il ne s’agit plus, maintenant, du "privé" illustré par Humphrey Bogart ou Dick Powell, ce détective dur et désespéré qui accomplissait des besognes de basse police, fouillant les eaux troubles des villes pourries, analyse Guy Allombert (Image et Son n°228). Aujourd’hui, le héros de cette nouvelle série est l’officier de police en titre et en fonction, qui se heurte, dans sa mission, à toutes sortes d’autorités, élues ou officielles, qui ne désirent point que le scandale arrive ou que l’arrestation dérange des plans ou des affaires. Peter Yates sait manifestement se servir d’une caméra et raconte une histoire avec la même rapidité et la même virtuosité que montrent les pilotes de Mustang se poursuivant dans les rues de San Francisco. Un Oscar a récompensé à juste titre son monteur. On aurait pu, aussi justement, récompenser son chef-opérateur, tant le travail des trois est une merveille de précision, d’efficacité, de spectaculaire. » L’un des plus grands rôles de McQueen dans un film mythique. 

 

Notoriété

Après Bullitt, Steve McQueen est considéré

comme l’un des cinq plus grands acteurs américains,

et élu star de l’année. Les Belles de Memphis

le déclarent « l’homme le plus sexy de l’année ». Bullitt

aura coûté quatre millions cinq cent mille dollars, et

rapporté cinq fois son budget initial.

 

Scène culte

La course poursuite en voiture – une Mustang Fastback Shelby contre

une Dodge Charger – dure plus de neuf minutes. Il fallut trois semaines pour la tourner.

Le maire, à la demande de Steve McQueen, accepta de fermer des rues à la circulation

et mit des policiers à disposition, car la scène est filmée sur les lieux-mêmes.

Pour le remercier, l’acteur finança une piscine dans un quartier pauvre de la ville.

Cette scène est devenue l’étalon des scènes de poursuite.

 

Cascades

La scène de la course poursuite a été tournée sans filets, c’est l’acteur lui-même

qui réalise les cascades, parfois à plus de deux cents kilomètres/heure.

« Nous avons filmé la poursuite vers la fin du tournage, explique Peter Yates, pour que

– c’est une raison peut-être sordide, mais il n’y en a pas d’autre – il puisse la jouer lui-même. »

Autre scène dangereuse : la poursuite sur l’aéroport, sous les roues d’un avion qui décolle :

« Vous ne pouviez pas avoir ce plan de Steve – vous voyez son visage et les roues qui passent

devant – s’il n’avait pas été vraiment sous l’avion », explique Peter Yates. L’acteur justifie son

choix : « Je voulais faire un film qui soit valable. Je le voulais vraiment et je savais que ça ne

marcherait jamais à la façon des studios. » Cependant, il décida de ne pas recommencer.





Bullitt
États-Unis, 1968, 1 h 53, couleur, format 1.85

Réalisation
: Peter Yates
Scénario : Alan Trustman, Harry Kleiner d’après le roman Mute Witness de Robert L. Pike (Robert L. Fish)
Photo : William A. Fraker
Musique : Lalo Schifrin
Montage : Frank P. Keller
Décors : Philip Abramson, Ralph S. Hurst
Costumes : Theadora Van Runkle, Alain Levine


Production
: Philip D’Antoni, Robert E. Relyea

Interprètes
: Steve McQueen (Bullitt), Jacqueline Bisset (Cathy), Robert Vaughn (Chalmers), Don Gordon (Delgetti), Simon Oakland (capitaine Bennet), Norman Fell (Baker), Robert Duvall (Weissberg), Georg Stanford Brown (docteur Willard)

 

Sortie aux États-Unis : 17 octobre 1968
Sortie en France : 17 mars 1969

Distributeur : Warner Bros.

Séances



Mardi 16 octobre à 20h30, Pathé Vaise
Mercredi 17 octobre à 20h30, Ciné-Meyzieu
Vendredi 19 octobre à 22h00, Pathé Bellecour (S2)



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