Les Dents de la mer

Steven Spielberg

États-Unis, 1975


Dans une station balnéaire au sud de Long Island, à quelques jours de l’ouverture des plages, un requin attaque les baigneurs. On compte déjà une victime : le corps de Christine Watkins est retrouvé déchiqueté sur la grève. Pourtant, on se refuse, en pleine saison, à bloquer l’accès aux plages : la survie de l’économie de la petite ville en dépend. Mais le squale est là, il guette…

Les Dents de la mer dans un festival d’histoire du cinéma ? Ô combien ! D’abord parce que c’est notre manière de célébrer les cent ans d’Universal, studio envers lequel Spielberg a toujours su se montrer fidèle (et vice-versa). Aussi, et bien entendu, par la force et la qualité du film. Enfin, parce que trente-sept ans se sont écoulés depuis sa sortie, soit autant de temps qu’entre, disons, la fin du parlant et le milieu des années soixante. Une éternité. Et il est plus que temps de consacrer ces oeuvres dont on a le sentiment, par leurs succès public et l’empreinte médiatique qu’elles ont laissée, qu’elles sont trop proches de nous, donc trop « faciles ». En lui consacrant une rétrospective, la Cinémathèque française a dit combien Spielberg comptait dans l’Histoire du cinéma. Ses admirateurs de la première heure (ils n’étaient pas si nombreux parmi les cinéphiles professionnels) l’ont su très vite.

Le 28 juillet 1975, quelques semaines après la sortie du film, le Times titrait : « A jawed nation », qu’on pourrait traduire par « Une nation mordue » (« Jaws », titre original, veut dire « mâchoires »). D’emblée, Les Dents de la mer fut un film-phénomène. C’est l’un des premiers blockbusters de l’histoire (on dit que c’est avec ce film que le terme a circulé pour la première fois au cinéma) : en moins d’une semaine, ses recettes pour l’Amérique du Nord avaient remboursé les frais de production, soit 7.5 millions de dollars. « Les Dents de la mer aura réalisé à lui seul plus de recettes que tous les films de mon père réunis », déclarait l’un des producteurs, Richard Zanuck, dont le père, Darryl F. Zanuck avait produit Mervyn LeRoy, Michael Curtiz, Raoul Walsh, Howard Hawks, Henry King, John Ford, Fritz Lang, Joseph L. Mankiewicz et d’innombrables succès. « Dans ce métier, les chutes vous entraînent dans de véritables abysses et les réussites vous placent si haut qu’elles vous donnent le vertige » ajoutait-il. Pourtant, Steven Spielberg, qui a à l’époque 35 ans, juge que c’est le film le plus difficile qu’il ait eu à réaliser – cent cinquante-cinq jours de tournage contre les cinquante-deux prévus au planning : « Tout a été tourné sur ou sous la mer. La majorité de l’équipe de techniciens était composée de plongeurs diplômés. Mais nous n’avons pu tourner que le quart des scènes prévues au planning quotidien. Soixante-dix pour cent de nos ennuis sont venus de l’océan : il fallait sans arrêt lutter contre les courants, les fortes vagues, les brouillards. C’était exténuant. Des hommes pourtant solides s’effondraient en larmes ou adressaient des discours au ciel. À la fin du tournage, il y avait une rumeur selon laquelle une partie des techniciens voulaient me noyer. Et j’avais réellement peur de la moitié de l’équipe. À leurs yeux, j’étais une sorte de capitaine Bligh face aux mutinés de Bounty. » Comme pour compliquer sa tâche, les faux requins ne cessent de tomber en panne. Le « héros », fait de trois squales mécaniques, a coûté à lui seul le prix d’une véritable vedette de cinéma : 150 000 dollars la pièce. Sa manipulation a nécessité plus d’une dizaine de personnes et coûté à elle seule 500 000 dollars supplémentaires. Bruce (c’est le nom donné au poisson) a été réalisé chez Walt Disney par Bob Mattey, spécialiste des animaux, qui avait réalisé la pieuvre géante du Vingt mille lieues sous les mers de Richard Fleischer (1954) : très long, il devait pouvoir se mouvoir rapidement, sauter hors de l’eau, attaquer les bateaux, et, bien sûr, dévorer quelques baigneurs. Afin d’éviter que l’image ne souffre des remous de la mer, Bill Butler, le directeur de la photographie, et Mike Chapman, le cameraman, ont tourné caméra à la main : une Panaflex portative qui pesait 34 livres, et qui était très bien équilibrée. Ils ont dû également construire un radeau spécial, fixé sur les pontons, qui pouvait être élevé ou abaissé à volonté suivant les marées et les niveaux requis. Aux États-Unis, le film sort en juin, quelques semaines avant les vacances estivales, et instaure un véritable climat d’angoisse dans les stations balnéaires, qui verront réellement leur fréquentation chuter.

À part ça, Les Dents de la mer est un formidable film, avec cette mise en scène « invisible et efficace » qui caractérise le cinéma américain classique. Son succès immédiat a longtemps masqué le lien profond qu’il entretient avec l’histoire de sa discipline, et l’héritage qu’un Spielberg est en droit de revendiquer. La projection dans cette extraordinaire copie numérique (présentée à Cannes cette année) en redira toute la dimension.

 

 

Top 100 de l’American Film Institute

Dans le Top 100 de l’American Film Institute,
qui classe les cent meilleurs films américains de
l’Histoire, cinq films de Spielberg sont répertoriés,
ce qui fait du réalisateur le cinéaste américain le
plus cité dans ce classement. Jaws apparaît
en cinquante-sixième position.

 

Vraisemblance

À juste titre, Steven Spielberg ne voulait pas de vedettes
dans la distribution du film, car il jugeait que cela en aurait affaibli le suspens.
Choisir des acteurs moins connus permettait au spectateur de mieux s’identifier.
Néanmoins, il aura hésité jusqu'à bout, envisageant des comédiens comme Sterling Hayden,
Robert Duvall, Charlton Heston ou Lee Marvin. Du coup, il a recruté Robert Shaw,
Roy Scheider et le grand Richard Dreyfuss. Les trois acteurs composent des personnages
qui ajoutent une crédibilité formidable au film.

 

Le requin

Lors d’une visite amicale, le réalisateur Brian De Palma remarque :
« Bruce a les yeux qui louchent et la mâchoire qui ferme mal. » Un oeil, effectivement mal incrusté,
avait tendance à glisser. Avant le tournage, Spielberg, accompagné par Martin Scorsese,
George Lucas et John Milius, visite l’atelier qui fabrique le requin. Lucas met sa tête dans la gueule
de l’animal et, pour plaisanter, Milius et Spielberg la referment ! Malheureusement, et c’était plutôt
prophétique étant donné les difficultés techniques que l’équipe allait connaître pendant le tournage,
Lucas reste coincé dans la bouche du requin. Lorsque Spielberg et Milius réussissent finalement
à le libérer, les trois hommes s’enfuient, de peur d’avoir abîmé la bête !




Les Dents de la mer (Jaws)
États-Unis, 1975, 2 h 04, couleurs, format 2.35


Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Peter Benchley, Carl Gottlieb, d’après le roman de Peter Benchley
Photo : Bill Butler
Musique : John Williams
Montage : Verna Fields
Décors : Joe Alves


Production : David Brown, Richard D. Zanuck (Zanuck/Brown Productions), Studios Universal

Interprètes
: Roy Scheider (sheriff Martin Brody), Robert Shaw (capitaine Quint), Richard Dreyfuss (Matt Hooper), Lorraine Gary (Ellen Brody), Murray Hamilton (Larry Vaughn), Carl Gottlieb (Meadows), Jeffrey C. Kramer (Hendricks), Susan Backlinie (Chrissie), Jonathan Filley (Cassidy)


Sortie aux États-Unis : 20 juin 1975
Sortie en France : 1er janvier 1976

 

Distribution : Universal Pictures

La restauration 4K a été faite par les équipes de Universal Studios Digital Services et l’équipe de post-production de Amblin Entertainment. Projection avec l’aimable autorisation de Steven Spielberg.

Séances



Mardi 16 octobre à 20h30, UGC Ciné Cité Confluence
Vendredi 19 octobre à 20h00, Pathé Cordeliers
Samedi 20 octobre à 22h30, Institut Lumière
Vendredi 20 juin à 20h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Samedi 06 février à 21h15, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Dimanche 07 février à 19h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Jeudi 11 février à 21h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8



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