Le Carrosse d’or

Jean Renoir

France, Italie, 1952


Dans une colonie espagnole d’Amérique du Sud, une troupe de commedia dell’arte vient rompre la monotonie du petit royaume conformiste. Bien qu’accompagnée de son fidèle amoureux Felipe (Paul Campbell), Camilla, « la Colombine » (Anna Magnani), séduit les deux principaux hommes de pouvoir du lieu : le vice-roi Ferdinand (Duncan Lamont) et le toréador Ramon (Riccardo Rioli). Felipe lui propose une vie tranquille de tendresse, le toréador une vie passionnée et triomphante, le vice-roi la fortune et les honneurs du monde…

Le Carrosse d’or marque le retour de Jean Renoir en Europe après son exil de treize ans aux États-Unis en 1940. À l’origine, il y avait un très vieux projet du Renoir, qui date du muet mais ne correspond plus aux idées du cinéaste : « Je le voyais comme une espèce de grande histoire d’aventures » raconta-t-il. Le projet est donc abandonné depuis longtemps quand une maison de production le relance. Dans cette adaptation très libre du Carrosse du Saint-Sacrement de Prosper Mérimée, Renoir laisse totalement de côté le pamphlet anticlérical pour créer une féerie visuelle autour du théâtre et de la commedia dell’arte. Dans une lettre humoristique éditée dans Positif n°6 (1953), Hector Williams invite un certain Godot à aller voir Le Carrosse d’or et à le faire prendre à tous ceux qu’il connaît : « Le film est fait de désinvolture et de fantaisie : ne se soucier que de plaire et de se plaire. Plaire et non pas flatter : aucun moyen bas, aucune concession, nul effet forcé, pas de vulgarité, de rengaine, de burlesque, de déshabillé, de suspense ; ce n’est pas un film de plaisir, mais fait à plaisir, pour le fait du prince qui nous l’offre. » Et un film « insolent » selon Jacques Doniol-Valcroze, des Cahiers du cinéma : « Une insolence peu coutumière, qui n’insiste pas, effleure mais n’en piétine pas moins les petites conventions habituelles du cinéma. » Il ajoute qu’il s’agit « sans doute du premier grand film de peintre ». 

Où s’arrête le théâtre, où commence la vraie vie : voici le thème que Renoir choisit d’explorer. Le Carrosse d’or témoigne d’un somptueux travail sur la couleur, qui, selon l’auteur, contraint à l’honnêteté, ne permettant pas les trucages du noir et blanc. De ce point de vue, Le Carrosse d’or est un enchantement de chaque instant. Sur le fond, il s’agit moins de dénoncer l’ordre en tant que tel que d’en déceler les contradictions. Un film de théâtre populaire aussi, construit comme une pièce en trois actes, avec liberté donnée aux acteurs : « Pour établir cette confusion voulue entre le théâtre et la vie, précise Renoir, j’ai demandé à mes acteurs qui représentaient des rôles dans la vie, de jouer avec un tout petit peu d’exagération, de façon à donner à la vie le côté théâtral me permettant d’établir cette confusion. » On comprend ainsi la grande admiration que le cinéaste avait pour l’Italie classique, avant Verdi et le romantisme. « C’est en France pourtant que Le Carrosse a suscité le plus grand nombre de critiques favorables, écrit Pascal Mérigeau dans son définitif Renoir (qui sort, rappelons-le, en octobre). Quelques notes discordantes se sont faites entendre, mais la presse dans son ensemble se déclare éblouie par les couleurs, la personnalité et la composition d’Anna Magnani, et tout à son plaisir de retrouver un peu de l’atmosphère de La Règle du jeu. » 

« Jacques Rivette, poursuit Mérigeau, affirmera avoir vu le film à la première séance le jour de la sortie et n’avoir quitté la salle qu’à l’issue de la dernière projection. Plus tard, François Truffaut désignera Le Carrosse comme “le chef-d’oeuvre de Jean Renoir”, “un travail fini qu’il faut regarder sans le toucher, un film qui a trouvé sa forme définitive, un objet parfait”, et “le film le plus noble et le plus raffiné jamais tourné”. Qu’ajouter, sinon préciser que la présentation du film en copie restaurée lui donnera un éclat oublié, sauf de ceux qui virent le film à sa sortie ? Bernard Chardère, qui était de ceux-là, pourra nous en parler. 

 

Dialogue

« Tu n’es pas faite pour ce qu’on appelle la vie, ta place est parmi nous, les acteurs,

les acrobates, les mimes, les clowns, les saltimbanques. Ton bonheur, tu le trouveras seulement

sur une scène, chaque soir, pendant deux petites heures en faisant ton métier d’actrice,

c’est-à-dire en t’oubliant toi-même. À travers les personnages que tu incarneras,

tu découvriras, peut-être, la vraie Camilla. »

 

Hommage

François Truffaut, qui a vivement défendu le film (comme tous les Renoir)

lui rendra hommage en appelant sa société de production Les Films du Carrosse.

 

Versions

Le Carrosse d’or a été tourné en Italie.

Renoir en a réalisé lui-même trois versions : française, italienne et anglaise.

 

Ressortie

L’événement est d’importance. C’est grâce à TF1 DA, ayant-droit du film, et au distributeur

Les Acacias, que Le Carrosse d’or peut retrouver en 2012 sa nouvelle jeunesse et un nouveau public.

Après son passage au festival Lumière, le film ressortira le 31 octobre en salles.





Le Carrosse d’or
France, Italie, 1952, 1 h 43, couleur, format 1.37

Réalisation
: Jean Renoir
Scénario : Jean Renoir, Jack Kirkland, Renzo Avanzo, Giulio Macchi, Ginette Doynel d’après Le Carrosse du Saint-Sacrement de Prosper Mérimée
Photo : Claude Renoir, Ronald Hill
Musique : Antonio Vivaldi adaptée par Marinozzi
Montage : Mario Serandrei , David Hawkins
Costumes : Maria De Matteis
Décors : Mario Chiari


Production
: Francesco Alliata, Delphinus, Hoche Productions, Panaria Film

Interprètes
: Anna Magnani (Camilla), Odoardo Spadaro (Don Antonio), Nada Fiorelli (Isabella), Dante (Arlequin), Duncan Lamont (le vice-roi), George Higgins (Martinez), Ralph Truman (duc de Castro), Gisella Mathews (marquise Irene Altamirano), Raf De La Torre (le procureur), Elena Altieri (duchesse de Castro), Riccardo Rioli (Ramon), Paul Campbell (Felipe)

Sortie en Italie : 3 décembre 1952
Sortie en France : 27 février 1953

Distributeur : Les Acacias

La restauration a été faite à partie des négatifs trichromes Technicolor, procédé rare en France à l’époque, que Renoir utilise pour offrir des couleurs à la fois éclatantes et domptées. Un tournage en plusieurs langues a souvent été évoqué, mais cette restauration a démontré que la version originale est anglaise, conformément aux propos de Renoir. Cependant, une seconde fin a été découverte, identique à la première, à ceci près qu’elle fut tournée… en français.
TF1 DA, en avant-première de sa ressortie en salles par Les Acacias le 31 octobre 2012.

Séances



Mardi 16 octobre à 17h10, Pathé Cordeliers
Mercredi 17 octobre à 22h10, Pathé Cordeliers
Jeudi 18 octobre à 17h00, Cinéma Comœdia
Samedi 20 octobre à 21h45, Pathé Bellecour (S2)



  • Partenaires médias :
  • France Télévision 2012
  • France Inter 2012
  • Variety 2012
  • Le Monde 2012
  • Studio Live 2012
  • Petit Bulletin 2012
  • Evene 2012
  • Télérama 2012