Jean Moulin

Yves Boisset

France, 2002


Juin 1940, Chartres. Dans la débâcle générale qui précède l’entrée des Allemands dans la ville, Jean Moulin (Charles Berling), préfet « Front popu », s’efforce de rassurer les populations dont il a la charge. Torturé, puis jeté en prison par les Allemands pour ne pas avoir signé une déclaration accusant les Sénégalais de l’armée française d’avoir brutalisé des civils, il se tranche la gorge pour ne pas parler. Son combat contre l’occupant et l’administration pétainiste ne fait que commencer…

Les producteurs, Florence Dormoy, Joëy Faré et Jean Labib, expliquent leur volonté de réaliser cette fiction télévisée sur Jean Moulin : « La France, depuis près de soixante ans, a mal à son histoire récente : le pays ne porte pas un regard apaisé sur les années noires que furent 1940/44. Interrogation permanente sur le thème : qu’aurais-je fait à cette époque-là ? À la Libération, le général de Gaulle jetait un voile pudique sur cette période au nom de la réconciliation nationale et la France se trouvait lavée à travers sa personne. Dans les années 70/80, les études de l’historien américain Robert Paxton sur Vichy et le film de Marcel Ophuls, Le Chagrin et la Pitié (1969), faisaient entrevoir un autre pan de la réalité. Les années 90 virent la repentance et la contrition au rendez-vous. C’est dans ce contexte changeant que la figure de Jean Moulin apparaît en 1964 comme le héros de notre histoire, à partir de la cérémonie du retour des cendres, ou supposées telles, au Panthéon. Mais qui est Jean Moulin ? Comment devient-on un héros ? Comment, à partir de l’acte fondateur de résistance de juin 1940 à Chartres, le préfet d’Eure-et-Loir troque-t-il son costume de haut fonctionnaire pour celui de fédérateur de la Résistance, clairement conscient des enjeux et de la mort qui l’attend ? Le film répond à cette interrogation et comble un manque. » Un résistant humain, complexe, plutôt qu’un mythe inabordable, c’est ce que souhaite mettre en avant le téléfilm. Et il a les moyens de ses ambitions : environ cinq millions d’euros de budget, une distribution brillante et une réalisation étalée sur dix semaines, d’après un scénario de Dan Franck qui a nécessité deux ans de travail : « J’ai d’abord beaucoup lu, rencontré des historiens, explique-t-il. Plusieurs grandes idées sont alors apparues. D’abord, la panthéonisation du personnage est une rigolade, car beaucoup de gens n’aimaient pas Moulin. D’autre part, c’est un homme qui a eu une vie personnelle : il faisait de la peinture, il aimait les femmes. Enfin, c’était un homme de convictions. » (Ajoutons que Dan Franck vient de consacrer un ouvrage à Jean Moulin, Les Champs de bataille, Grasset). C’est pour cela que la production a proposé à Charles Berling de l’incarner : « Charles possède un visage énigmatique, neutre, qui permettait de montrer la personnalité caméléon de Moulin, explique Jean Labib. Il pouvait donner vie à un personnage polymorphe. » « Pour jouer une figure historique comme Jean Moulin, on a envie de faire renaître son fantôme, de parler avec lui, témoigne l’acteur. J’ai rarement eu autant le trac avant un tournage. Le rôle est difficile, chargé pour moi d’une lourde responsabilité. Le parcours de Jean Moulin revêt une telle dimension symbolique qu’on ne sait plus trop faire la différence entre la légende et la réalité. Depuis toujours, mes parents, comme beaucoup de Français, vénèrent le personnage, le héros qui n’a pas parlé sous la torture et qui est mort pour ses idées. J’ai grandi dans cette ambiance où s’incarnait à travers lui le sens de la patrie républicaine et de la démocratie. Mais il me fallait évacuer le fantasme pour entrer dans la réalité. Le personnage que j’interprète n’est pas un surhomme. Il s’inscrit dans ce film, dans un système violent, la Résistance. Je suis sur ses traces, mais j’ai un rapport discret et très intime avec ce fantôme. Jamais servile, grand républicain, Jean Moulin est allé jusqu’au bout de ses convictions, donnant un sens au devoir politique. La droiture de son action interroge notre époque troublée où l’on a pu mesurer, à travers de récents événements, la fragilité de la démocratie. C’est une lutte à toujours recommencer. L’homme ne peut être sauvé que par sa responsabilité. » 

 

Daniel Cordier

Daniel Cordier fut le secrétaire de Jean Moulin

pendant la guerre – il était alors très jeune.

Outre une gigantesque biographie de « Max »

(l’un des pseudos de Moulin), il a récemment

publié un extraordinaire journal de l’époque

Alias Caracalla, qui fait en cet automne 2012

l’objet d’un film produit par Georges-Marc

Benamou. A noter que Cordier deviendra,

après-guerre un historien et marchand d’art

réputé : « C’est Jean Moulin qui m’a fait entrer

dans ma première galerie » a-t-il dit à l’Institut

Lumière lors de la présentation de son livre

par Régis Debray.

 

Lieux

Lors d’une interview dans le bar d’un hôtel à Lyon-Perrache,

Charles Berling évoque Moulin. Soudain, Boisset intervient :

« Tu sais où tu es ? Dans l’ex-hôtel Terminus, le quartier général

de Klaus Barbie. Tu es assis sur la banquette où il venait prendre

un sherry tous les soirs »

Le tournage a été réalisé sur les lieux-mêmes où se sont déroulés

les faits : Chartres, où Jean Moulin était préfet, Lyon où il était résistant,

Caluire où habitait le docteur Frédéric Dugoujon, décédé en 2004.

C’est à l’initative de Christian Carion, lié à la ville de Caluire,

que le film d’Yves Boisset sera présenté au Ciné-Caluire,

en présence du metteur en scène.

Cela se déroulera le vendredi 19 octobre à 20h.





Jean Moulin
France, 2002, 3 h 12, couleur, format 1.77

Réalisation
: Yves Boisset
Scénario : Dan Franck, d’après Vies et morts de Jean Moulin de Pierre Péan
Photo : Yves Dahan
Musique : Angélique et Jean-Claude Nachon
Montage : Laurence Leiniger
Costumes : Catherine Gorne-Achdjian
Décors : Frédéric Duru


Production : Florence Dormoy, Joëy Faré, Jean Labib, France 2, Scarlett Production, Arte France

Interprètes
: Charles Berling (Jean Moulin), Elsa Zylberstein (Antoinette), Émilie Dequenne (Lili), Christine Boisson (Gilberte), Christophe Malavoy (Commandant Manhes), Jérémie Rénier (Didot (René Hardy)), Bernard-Pierre Donnadieu (Charvet), Brigitte Catillon (Laure Moulin), Thierry Frémont (Legret), Hanns Zischler (le major von Gutlingen), Pierre-Loup Rajot (Barres), Daniel Martin (Durieux), Yann Babilée (Poclain), Philippe Morier-Genoud (Violette), Richard Sammel (Klaus Barbie)

Présentation à la télévision française : 15 et 16 juillet 2002

Ayant-droit : ADAV/France Télévisions

Séances



Vendredi 19 octobre à 20h00, Ciné Caluire



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