La Règle du jeu

Jean Renoir

France, 1939


France, 1939. L’aviateur André Jurieux (Roland Toutain) a accompli l’exploit de traverser l’Atlantique par amour pour Christine, marquise de La Chesnaye (Nora Gregor). Mais Christine, loin d’avoir répondu à l’appel du héros, s’est rapprochée de son mari, Robert (Marcel Dalio). Par dépit, Jurieux tente de se suicider. Son ami Octave (Jean Renoir), confident de la famille La Chesnaye, convainc Christine et Robert de recevoir Jurieux dans leur château de Sologne à l’occasion de la partie de chasse qu’ils y organisent. Celle-ci est suivie d’une grande fête au cours de laquelle des couples se font et se défont à un rythme de plus en plus rapide…

« On passe une soirée à écouter des disques et ça finit par un film. Je ne peux pas dire que la musique baroque française m’ait inspiré La Règle du jeu, mais elle a contribué à me donner l’envie de filmer des personnages remuant suivant l’esprit de cette musique. » Voilà comment Renoir explique, dans Ma vie et mes films (Flammarion, 1974), la genèse de son film le plus vu et le plus aimé, « la plus large et la plus lucide expression d’une époque condamnée », selon la formule d’André Bazin, un film dans lequel on observe « non seulement l’expression la plus achevée de l’école réaliste française d’avant-guerre, dont Renoir est le plus grand représentant, mais en même temps et plus encore la préfiguration des éléments les plus originaux de l’évolution cinématographique des quinze années suivantes ». Question compliments, Renoir n’aura eu quasiment que ça toute sa vie. Pourtant, ce film sur la décomposition de la bourgeoisie de la fin des années trente, souvent considéré comme « le plus grand film français », n’eut aucun succès public à sa sortie : « Ma stupéfaction fut totale, se souvient Jean Renoir, lorsque ce film, que je voulais aimable, s’avéra agir à rebrousse-poil sur la majorité des spectateurs. Ce fut une tape retentissante. Le film fut accueilli avec une sorte de haine. Malgré le caractère élogieux de certaines critiques, le public le considérait comme une insulte personnelle. Il n’était pas question de cabale, mes ennemis n’étaient pour rien dans mon échec. À chaque séance, je trouvais moyen de faire l’unité du public dans sa réprobation. J’essayais de sauver mon film en le raccourcissant. Je coupai d’abord les scènes dans lesquelles je jouais un trop grand rôle, comme si j’avais eu honte, après mon échec, de me présenter à l’écran. En vain, le film fut retiré de la circulation, étant jugé démoralisant. » 

En plus de produire son film, « Renoir écrit seul, ce qui pour lui signifie qu’il recueille des avis, que quelques proches, Carl Koch notamment, lui prêtent la main, explique Pascal Mérigeau (Jean Renoir, Flammarion, 2012). Il est un des seuls alors, avec Guitry, avec Pagnol, mais eux sont aussi des auteurs de théâtre, à signer comme l’unique responsable du scénario et des dialogues de ses films. Enfin, et ce n’est pas le moins, il choisit encore de se distribuer lui-même dans un rôle important. Si la caricature sociale marquée au cynisme était familière au public de 1939, la tournure de confession intime que prend par moments La Règle du jeu l’était beaucoup moins. Le mélange des tons se révèle souvent exercice périlleux, le spectateur, celui d’aujourd’hui tout aussi bien que ses aïeux, paraissant apprécier modérément qu’entre rire et s’émouvoir, il ne lui soit pas demandé de choisir, qu’au contraire l’une et l’autre réactions puissent s’associer. Aussi bien, si le jeu de l’acteur Renoir pouvait indisposer, le personnage d’Octave mettait mal à l’aise. Ce n’est pas l’acteur qui part à la rencontre du personnage d’Octave, ce n’est pas même le personnage qui va au-devant de l’acteur, comme il arrive parfois, c’est le metteur en scène qui se met en scène lui-même, non comme un cinéaste dirige un comédien, mais bien comme un auteur se place au centre de sa création, ainsi que les peintres l’ont fait depuis des siècles. Octave, l’ami de tous, le copain du brave garçon qu’il fait inviter dans un monde qui n’est pas le sien, le confident de ces dames et de leurs soubrettes, Octave qui comprend les raisons de tout le monde. » On ne saurait mieux dire. Dans les années cinquante, le film sera revu à la hausse et chemine depuis sur un chemin de gloire. Une gloire que devrait, à juste titre, renforcer la ressortie du film par Jacques Maréchal et les Grands Films Classiques, dans une copie restaurée en numérique. 

 

Affiches

Deux affiches sortent à quelques années

d’intervalle. La première, en 1939, trahit le

caractère dramatique du film. Elle pourrait bien

être celle d’un film policier. La seconde, en 1945,

donne le sentiment inverse : les distributeurs

tentent de donner un aspect attrayant, grâce à un

petit Cupidon au large sourire,

grossièrement représenté.

 

La mort des lapins

On croirait assister à un documentaire sur la chasse. Depuis, les cinéastes de fiction

ont pris l’habitude d’emprunter certaines de ses méthodes au cinéma documentaire, mais

en 1939, c’était rare (Renoir l’avait expérimenté l’année précédente avec le début de la Bête humaine,

qu’aimait tant Chabrol). La caméra suit, avec une précision presque sadique, les dernières foulées

d’un lapin qui vient d’être tiré. Renoir montre d’abord la cruauté de la chasse, qu’il détestait.

Il anticipe ensuite la fin du film où Jurieux périra dans des conditions similaires,

« tiré comme un lapin ». Il évoque enfin le grand massacre à venir,

celui de la Seconde Guerre mondiale.

 

Jacques Becker

« Dans le même temps, Renoir écrit également le scénario […] de L’Or du Cristobal,

dont il s’est engagé à superviser la réalisation, confiée à Jacques Becker, son assistant depuis 1931,

afin de permettre à celui-ci de faire ses débuts de réalisateur. Becker commencera le tournage en janvier

1939, à Nice, avant de renoncer au bout de quatre semaines, la production se révélant incapable de tenir ses

engagements. L’Or du Cristobal sera terminé par Jean Stelli, décors d’Eugène Lourié, montage de Marguerite,

le générique crédite Renoir des dialogues. » (Pascal Mérigeau, Renoir, une somme on vous dit)





La Règle du jeu
France, 1939, 1 h 46, noir et blanc, format 1.37

Réalisation
: Jean Renoir
Assistants réalisateur : André Zwobada, Henri Cartier-Bresson
Scénario : Jean Renoir assisté de Carl Koch
Photo : Jean-Paul Alphen, Jean Bachelet, Jacques Lemare, Alain Renoir
Musique : Roger Desormières
Montage : Marthe Huguet, Marguerite Houillé- Renoir
Costumes : Coco Chanel
Décors : Max Douy, Eugène Lourié


Production
: Jean Renoir, Nouvelle Édition Française (NEF)

Interprètes
: Marcel Dalio (Robert de La Chesnaye), Nora Gregor (Christine de La Chesnaye), Jean Renoir (Octave), Roland Toutain (André Jurieux), Mila Parély (Geneviève de Maras), Paulette Dubost (Lisette Schumacher), Gaston Modot (Schumacher), Julien Carette (Marceau), Odette Talazac (Madame Charlotte de la Plante)

Sortie en France : 8 juillet 1939

Distributeur : Grands Films Classiques

La restauration du film La Règle du jeu de Jean Renoir, mutilé à sa sortie en 1939, et dont le négatif original a été détruit en 1942, fut reconstitué par Les Grands Films Classiques après plusieurs années de travaux avec l’approbation de Jean Renoir. Cette version intégrale (vingt-cinq minutes supplémentaires) effectuée à partir de différents éléments (contretype réduit à 1h20, copie d’exploitation, rushes) est sortie sur les écrans en 1965 permettant sa redécouverte par toute une génération. Le développement des techniques numériques a permis une nouvelle restauration. Après avoir rassemblé tous les éléments en sa possession, le distributeur Les Grands films Classiques a effectué une sélection des meilleures sources possibles. Les défauts de chaque image ont été éliminés et les images manquantes reconstituées. Le son a lui aussi été restauré.

Séances



Mardi 16 octobre à 20h30, Ciné Aqueduc
Mercredi 17 octobre à 19h40, Pathé Cordeliers
Vendredi 19 octobre à 10h45, Cinéma Comœdia
Samedi 20 octobre à 15h30, UGC Ciné Cité internationale
Dimanche 28 octobre à 18h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Jeudi 01 novembre à 19h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Samedi 03 novembre à 20h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Samedi 03 mai à 14h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Dimanche 04 mai à 16h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Vendredi 09 mai à 14h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Dimanche 11 mai à 16h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8



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