Charles Laughton dirige La Nuit du chasseur

Robert Gitt

États-Unis, 2002


Tous les secrets du tournage, les rushes, les scènes coupées ou non intégrées d’un des plus grands films de l’histoire du cinéma…

Tel qu’on le verra au festival, La Nuit du chasseur a été restauré dans ses noirs les plus profonds, tels qu’on ne les voyait plus depuis des lustres, le chef opérateur Stanley Cortez ayant utilisé la pellicule Tri-X, mise sur le marché au début des années cinquante. Il y a dix ans, l’auteur de cette restauration, Robert Gitt (conservateur en chef des archives déposées à UCLA), a réalisé un documentaire en sélectionnant deux heures de rushes parmi les huit conservées par l’UCLA Television and Film Archives. « La première fois que j’ai vu La Nuit du chasseur, ce fut une révélation, raconte-t-il. Ce n’était pas seulement la performance de Lillian Gish et le beau travail du reste de la troupe, mais aussi les techniques de narration audacieuse qui m’en ont fait immédiatement tomber amoureux. Et quelle surprise que le grand acteur Charles Laughton, le plus grand de tous, ait réalisé cet étrange, effrayant et incroyable film ! Quinze ans plus tard, travaillant pour l’American Film Institute à Washington, l’archiviste Anthony Slide et moi fûmes envoyés par le conservateur Larry Karr pour récupérer les boîtes de nombreuses photographies, croquis, notes de service et lettres relatives à La Nuit du chasseur, chez Elsa Lanchester, la veuve de Charles Laughton. Lorsque je lui dis mon admiration pour le film, elle m’avoua que la mauvaise réception critique avait brisé le coeur de l’acteur cinéaste, et l’avait plongé dans une profonde dépression. »

Le film est composé d’essais des différents acteurs, de lectures de scènes, de rushes et de « reportage » sur le tournage. « S’il n’y a pas, à proprement parler, de nouvelles séquences qui auraient été éliminées au montage, commente Philippe Garnier, ces rushes sont cependant d’un intérêt exceptionnel, d’autant plus que Laughton, entiché de D. W. Griffith à plus d’un titre, s’offrait le luxe des metteurs en scène du muet et parlait entre les prises sans jamais couper. On a donc le privilège d’assister au tournage, avec Laughton donnant ses indications et mimant les rôles hors champ, faisant parfois même irruption dans le cadre. Cette “preuve par les rushes” crève aussi un certain nombre de légendes sur ce film culte que des générations de cinéphiles ont toujours prises pour argent comptant. »

Le film dépasse d’ailleurs de loin l’application spécifique au travail de Laughton en devenant rapidement un documentaire sur la mise en scène de cinéma. « Lorsque l’on voit la prise qui sera effectivement retenue, explique Damien Ziegler (La Nuit du Chasseur, Bazaar & Co, 2008), Gitt ajoute un bref extrait de la musique qui est entendue effectivement dans le film. Le documentaire renseigne sur les méthodes de travail de Laughton. Robert Mitchum confirme sa hauteur de vue géniale. (…) On comprend que Laughton ne pouvait qu’avoir pleine conscience des quelques maladresses du film, mais qu’il a tout de même choisi de les conserver afin de les fondre dans une esthétique globale. La bonne volonté de Billy Chapin (John, l’enfant) est étonnante dans sa constance et sa justesse. Lorsqu’il s’éloigne dangereusement du résultat final, c’est par imitation des indications parfois étranges de Laughton (la remise de la poupée à Preacher et les ridicules intonations réclamées). Sally Jane Bruce ne parvient légitimement pas à se concentrer à cinq ans et Laughton obtient néanmoins satisfaction grâce à une direction habile. » Après bien des aléas, Gitt récupéra les archives. Il travailla dessus pendant vingt ans, avant de pouvoir offrir ce si beau document sur l’un des grands chefs-d’oeuvre du cinéma. Un film en soi, une rareté, une leçon de vie et de cinéma. 

 

John and Pearl

Laughton n’aimait pas Sally Jane Bruce, l’interprète de Pearl.

Et c’est bien pour ça qu’il l’avait choisie. Pour lui, seul le personnage

de John devait avoir la sympathie du public.

 

Effets spéciaux

Il ne faut jamais oublier

les chefs opérateurs des films,

mais dans le cas de celui-ci,

il faut particulièrement insister

sur le rôle qu’a eu Stanley Cortez

(né Stanislas Krantz, 1908-1997),

auteur de la photo de La Splendeur

des Amberson (Orson Welles, 1942),

Le Secret derrière la porte

(Fritz Lang, 1948) ou Shock Corridor

de Samuel Fuller (1964).

 

Légende

Ni les intéressés, ni d’ailleurs personne, n’ont jamais contesté

la légende selon laquelle Laughton détestait tellement Sally Jane Bruce

et Billy Chapin qu’il avait laissé Mitchum les diriger. Ces rushes contredisent

cette rumeur. D’ailleurs, lorsque Chapin se fit opérer d’une appendicite,

pendant le tournage, Laughton lui rendit visite, chargé de cadeaux.

Il lui apporta notamment une photo d’eux dédicacée :

« À Billy, un merveilleux acteur et un chic type. »

 

Bonus Material

Ce film fait partie des nombreux « bonus » qui agrémentent le coffret La Nuit du chasseur

dont le festival célèbre la sortie (Wild Side éditeur). Il sera préenté à l’Institut Lumière

le jeudi 18 octobre à 16h30 par Manuel Chiche et Philippe Garnier.





Charles Laughton dirige La Nuit du chasseur
(Charles Laughton Directs The Night of the Hunter)
États-Unis, 2002, 2h41, noir et blanc, format 1.33

Réalisation
: Robert Gitt

 

Provenance de la copie : Wild Side Films

Ayant-droit : UCLA Film & Television Archive

Séances



Jeudi 18 octobre à 16h30, Institut Lumière



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