L’Assassin habite au 21

Henri-Georges Clouzot

France, 1942


Signés d’un mystérieux M. Durand, plusieurs crimes sont commis à Montmartre. Grâce à un informateur, le commissaire Wens (Pierre Fresnay) découvre que l’assassin habite dans une pension, au 21 avenue Junot. Le détective doit faire preuve de perspicacité face aux pensionnaires, tour à tour accusés puis innocentés, d’autant qu’il est en proie à l’affection maladroite et encombrante de son amie, Mila Malou (Suzy Delair), qui s’est mise en tête de résoudre l’affaire…

Henri-Georges Clouzot a commencé sa carrière comme scénariste, un scénariste qu’on se dispute, pour ses succès, pour son art consommé de la réplique. Avec L’assassin habite au 21, il passe pour la première fois à la réalisation (on rappelle cependant qu’il a signé trois versions françaises de comédies musicales allemandes au début des années 30). Le film sort sous l’Occupation allemande. Pour cette raison, il doit modifier certains aspects du roman policier éponyme de Stanislas-André Steeman qu’il adapte. La censure n’accepte pas que la Grande-Bretagne soit évoquée au cinéma. Du coup, l’assassin, qui habitait à Londres, a déménagé à Paris. « Je ne me souviens pas sans émotion de notre amicale collaboration, raconta Steeman, le co-auteur du scénario. Non que cela allât tout seul. Nos tempéraments opposés s’affrontaient souvent. Clouzot est un de ces hommes impossibles à convaincre, à moins que vous n’ayez découvert le sentier dérobé qui vous conduit tout droit à leur clairière personnelle. Encore vous reproche-t-il d’avoir lambiné en route ! Je vis le film dans un cinéma de quartier, à Bruxelles, et fus heureusement surpris de constater que l’on avait bien voulu garder le tiers de la moitié des gags sur lesquels j’avais sué. »

Clouzot a solidement construit son film autour de deux pôles : l’exploration goguenarde et savoureuse d’une pension de famille montmartroise et de la très pittoresque faune qu’elle abrite, et la relation turbulente et électrique entre le détective Wens, plutôt pincé, et son amie Mila Malou, l’irrésistible et pétulante Suzy Delair. Au couple s’ajoute le magistral trio des suspects :

Jean Tissier, Pierre Larquey et Noël Roquevert. En historien, Jacques Lourcelles remarque que « la caractérisation pittoresque et variée des différents personnages fait le lien avec le cinéma d’avant-guerre où les acteurs de second plan supplantaient souvent, en talent et en relief, les vedettes ». Le film est en fait à la croisée de plusieurs influences : certains décors rappellent

l’expressionnisme allemand, la vitalité des dialogues s’apparente parfois à du Lubitsch, le dispositif général à un vaudeville. Entre humour et cruauté, entre le sordide du fait divers et une étrangeté insaisissable, le jeu policier prend un relief insolite. L’ironie sert une critique moins sociale que comportementale, et démasque les êtres dans leur absurdité. L’assassin habite

au 21 est l’un des meilleurs films policiers des années 40. Tourné sous l’Occupation, il est drôle et anticonformiste.

 

Adaptation

Clouzot était déjà familier de Stanislas-André Steeman puisqu’il avait déjà
adapté comme scénariste Le Dernier des six de Georges Lacombe (1941).
Il le réadaptera plus tard avec Quai des Orfèvres. (1947)

 

Liens troubles

Clouzot travaillait pour la Continental,
société de production franco-allemande.
Ça explique en partie les modifications apportées
par rapport à l’oeuvre originale. Et dit la qualité
du travail du réalisateur, dont le deuxième film
sera Le Corbeau, deux ans plus tard.

 

Clin d’oeil

Dans Inglourious Basterds, le film de Quentin Tarantino,
Shosanna Dreyfus, l’héroïne, retire du fronton du cinéma
dont elle est propriétaire le titre du film L’assassin habite au 21.




L’Assassin habite au 21
France, 1942, 1 h 24, noir et blanc, format 1.37

Réalisation et dialogues : Henri-Georges Clouzot
Scénario : Henri-Georges Clouzot, Stanislas-André Steeman d’après le roman de Stanislas-André Steeman
Photo : Armand Thirard
Musique : Maurice Yvain
Montage : Christian Gaudin
Décors : Andrej Andrejew
Costumes : Alyette Samazeuilh

Production
: Alfred Greven

Interprètes : Pierre Fresnay (commissaire Wens ou Wenceslas Vorobeïtchik), Suzy Delair (Mila Malou), Jean Tissier (Triquet), Pierre Larquey (M. Colin), Noël Roquevert (Docteur Théodore Linz), René Génin (Alfred), Jean Despeaux (Kid Robert)

Sortie en France : 7 août 1942

 

Distributeur : Gaumont

Copie restaurée en 2K par Gaumont.

Séances



Mardi 16 octobre à 20h30, Ciné’Mions
Mercredi 17 octobre à 19h00, Institut Lumière
Jeudi 18 octobre à 14h30, Cinéma Gérard-Philipe
Samedi 20 octobre à 21h45, Pathé Bellecour
Vendredi 26 octobre à 21h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Samedi 03 novembre à 16h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8



  • Partenaires médias :
  • France Télévision 2012
  • France Inter 2012
  • Variety 2012
  • Le Monde 2012
  • Studio Live 2012
  • Petit Bulletin 2012
  • Evene 2012
  • Télérama 2012