Baby Cart 6 Le Paradis blanc de l’enfer

Yoshiyuki Kuroda

Japon, 1974


L’intégrale de la dernière grande saga-samouraï. Six films que l'on peut savourer un par un. Mais la série complète, c'est tellement mieux…

La saga Baby Cart

 

Japon, 1972. Le film de sabre se meurt. Ses meilleurs illustrateurs se sont tournés vers d’autres sujets, d’autres périodes. Hideo Gosha lui-même s’est lancé dans le yakuza-eiga. Mais Kenji Misumi, né en 1921, signataire de la saga Zatoichi le masseur aveugle dans les années soixante, spécialiste des films d’époque, persiste et réalise Baby Cart. C’est l’aboutissement de son oeuvre, mais aussi le chant du cygne d’un genre qui va disparaître (même si les réminiscences restent toujours belles : Oshima, Kitano, etc.). Les aventures du samouraï Itto Ogami, grand décapiteur du Shogun, errant sur les routes de la vengeance en compagnie de son fils, le petit Daïgoro, au landau truffé de lames acérées et autres pièges mortels, font le sel de cette saga qui s’étend sur six longs métrages, adaptés de la bande dessinée de Kazuo Koike, dessinée par Goseki Kojima. Les trois premiers volets ainsi que le cinquième sont réalisés par Kenji Misumi, le quatrième par Buichi Saito et le sixième volet par Yoshiyuki Kuroda. 

 

Outre une invention romanesque et formelle extraordinaire qui la rend tout le temps passionnante, l’intérêt de cette saga samouraï réside d’abord dans son importance historique dans la culture japonaise contemporaine. Son énergie esthétique, en scope et en couleurs, doit autant à la tradition épique nippone qu’au nihilisme du western italien (le sang, l’obsession de la vengeance, le rejet de toute forme d’autorité humaine ou divine) et à l’irréalisme poétique des films de kung-fu chinois (les sauts incroyables en apesanteur, l’invincibilité du héros à la lisière du fantastique). L’autre atout notoire de Baby Cart, c’est son mélange d’ultra-violence et d’extrême beauté plastique. Kenji Misumi, fidèle à la thématique développée dans les récits de Koike et au découpage graphique de Kojima, offre un mélange unique de lyrisme dans le choix des lumières, des paysages et des décors, de tendresse dans l’approche de certaines situations (liées le plus souvent à l’enfant Daïgoro), et d’accès de sauvagerie gore pour les scènes de combat. Car il ne faut pas oublier que les Baby Cart sont des chambara, dénomination des films de genre ayant pour toile de fond un Japon féodal et mettant en scène des combats de sabre efficacement chorégraphiés (chambara est la contraction de chan-chan bara-bara, évocation phonétique délicate du bruit du sabre dans la chair – hum, hum). 

 

Deux points biographiques, pour terminer : entré à la Nikkatsu en 1941, Kenji Misumi deviendra à la Daiei le grand spécialiste du jidai geki, le film historique. Il connaît son premier grand succès en 1960 avec une nouvelle version scope-couleurs du Passage du Grand Bouddha, réalisé par Tomu Uchida en 1957 d’après le roman de Kaizan Nakazato. Une sorte de prototype sulfureux pour le futur démon Itto Ogami, l’exécuteur impitoyable de Baby Cart

 

L’acteur Tomisaburô Wakayama, qui fera d’Itto Ogami le « héros » impassible et terrifiant de Baby Cart, fut l’incarnation du Grand Marginal. Un héros plus rond que la version papier, peut-être moins séduisant, mais plus inquiétant et, grâce à la tendresse du regard de son jeune fils, plus émouvant. Baby Cart marqua à la fois le sommet et la fin de la carrière de l’acteur. En 1989, Ridley Scott lui offrit son dernier rôle dans Black Rain. Il est mort peu de temps après. 

 

Baby Cart 6 : Le Paradis blanc de l’enfer

(Kozure Ôkami: Jigoku e ikuzo! Daigoro)


Kaoru Yagyu, fille de Retsudo, dirige un gang d’égorgeurs. Elle est le dernier rempart entre Itto Ogami et le patriarche du clan des maîtres d’armes du Shogun, responsable de la déchéance du « Loup à l’Enfant ». Le duel entre Ogami et Kaoru sera féroce, la vengeance de Retsudo encore plus cruelle…






Baby Cart 6 : Le Paradis blanc de l’enfer (Kozure Ôkami: Jigoku e ikuzo! Daigoro)

Japon, 1974, 1h24, couleur, format 2.35


Réalisation : Yoshiyuki Kuroda
Scénario : Kazuo Koike, d’après la bande dessinée Kozure Ogami de Kazuo Koike et Goseki Kojima
Photo : Chishi Makiura
Musique : Hideaki Sakurai
Montage : Toshio Taniguchi

Production
: Shintarô Katsu, Hisaharu Matsubara (Katsu Production Co. Ltd.), Toho Company (tous les épisodes)


Interprètes
: Tomisaburô Wakayama (Ogami Itto), Akihiro Tomikawa (Daigoro), Junko Hitomi (Kaoru Yagyu), Goro Mutsumi (Ozunu), Kyôichi Satô (Ryûnosuke Kiyota), Tokio Oki (Kenmochi), Minoru Oki (Yagyu Retsudo), Isao Kimura (Hyouei) 


Sortie au Japon : 24 avril 1974

Séances



Samedi 20 octobre à 21h30, Cinéma Opéra
Dimanche 21 octobre à 17h00, Cinéma Comœdia



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