La Chevauchée des bannis

André de Toth

États-Unis, 1959


Blaise Starrett (Robert Ryan), un éleveur de bétail, est en désaccord avec son voisin, Hal Crane (Alan Marshal). Il éprouve aussi quelques sentiments pour la femme de Crane (Tina Louise). L’irruption d’une bande d’outlaws menés par le capitaine Bruhn (Burl Ives), interrompt le combat. Les villageois vont devoir oublier leurs querelles intestines pour faire front…

Attention, chef-d’oeuvre méconnu, réalisé par un cinéaste américain d’origine hongroise qui attacha à lui quelques supporters définitifs en France. Jean-Louis Cheray le programmait au Studio-Parnasse et Tavernier fut l’un des rares à rencontrer et à évoquer De Toth dans les années soixante ; puis Eddy Mitchell montra La Chevauchée des bannis dans son émission La Dernière Séance, au moment où Philippe Garnier et Claude Ventura lui rendirent visitent à Burbank dans les années 80 pour Cinéma Cinémas. En 1992, grâce à Thierry Frémaux, que De Toth aimait beaucoup, l’Institut Lumière fut l’une des premières institutions à l’accueillir. Il revint souvent, pour le Centenaire, pour l’inauguration du Hangar du Premier-Film, pour ses mémoires (publiées en 1997). Mort en 2002, le cinéaste « chouchou » de l’Institut voulait qu’une partie de ses cendres soit dispersée dans le jardin du château Lumière, dont il disait que c’était le Bethléem du cinéma. De Toth reste un cinéaste dont l’oeuvre doit encore atteindre le grand public cinéphile. Après l’édition par Wild Side DVD de La Chevauchée des bannis puis de Ramrod (La Femme de feu) l’an dernier (inauguré à Lumière), la ressortie en salles par Splendor cet automne 2012 de ce Day of the Outlaw prouve que, pas à pas, ça progresse…

En 1958, De Toth, qui s’est signalé par plusieurs westerns de série pour Warner, avec Randolph Scott (mais dont les spécialistes savaient qu’il avait signé des films très personnels comme None Shall Escape, ou des films noirs singuliers comme Pitfall ou Crime Waves), tourne en indépendant La Chevauchée des bannis, un western comptant parmi les plus étranges et les plus mémorables du genre. On est à la fin des années 50, mais De Toth, négligeant le prestige de l’Eastmancolor, choisit le noir & blanc, plus contrasté. Il tient à ce que les décors, extrêmement dépouillés, soient patinés par de la vraie neige. Et que le tournage ait lieu en Oregon, dans un paysage « qui ne fasse pas station de ski ». Russell Harlan, un chef opérateur prêt à tourner dans toutes les conditions et avec toutes les lumières (il en fait la preuve dans ce film) va l’y aider. On est bien en 1880, dans les montagnes américaines : enserré dans la neige et le froid, le film distille la désolation, et jamais la nature n’est une bénédiction, jamais l’idée glorieuse de l’Ouest n’a ressemblé à ce point à un enfermement et à un cauchemar. Comme les auteurs de romans ou de films noirs démasquèrent la face cachée du rêve américain, La Chevauchée des bannis remet en cause et sans lyrisme la vision idéalisée de la Frontière. André De Toth était aussi un grand directeur d’acteurs. Aux répétitions, il préférait la spontanéité, et, pour le bal, Tina Louise (important personnage qui donne au film des accents féministes) ignorait tout des consignes données aux hommes, afin qu’elle soit réellement surprise. De fait, la situation fut réellement désagréable, et pas seulement pour elle, car le caméraman lui-même a failli arrêter de filmer, tant la scène était dure et troublante. Autre moment de tension, qui va à rebours des conventions du western : la bagarre à l’extérieur qui, écrit Tavernier, « n’est pas un moment de soulagement : c’est une bagarre teigneuse, sans plaisir, sans exutoire. On est très loin des films de Ford. »

Sur ce beau et sombre western d’hiver que Tavernier qualifie aussi de « dreyerien », Garnier a écrit pour le DVD un texte au titre explicite : « Noir comme neige – un western hors-la-loi », décrivant André De Toth comme un « insaisissable artiste qui rechignait autant devant les conventions que devant les consécrations ou les laïus rétrospectifs : entre météorologie et comportement humain. La Chevauchée des bannis combine les deux de façon mémorable ». À ne pas manquer.

 

« Thirteen-pill Director »

C’est la dernière fois qu’on écrit ici que De Toth était le « quatrième borgne
d’Hollywood » et qu’il est « le seul borgne à avoir réalisé un film en relief » !
Mais, en effet, borgne (après Lang, Walsh et Ford), il a tourné en 1953 l’un des films en relief
les plus célèbres de l’histoire : L’Homme au masque de cire (House of Wax), alors qu’il ne
distinguait pas la 3D. Il a aussi été marié sept fois, et eut, soi-disant, des dizaines de petits-enfants.
En vente au village, à lire et à offrir (il n’y en a presque plus) :
Bon pied, bon oeil (Institut Lumière/Actes Sud, 1993) de Philippe Garnier

 

Robert Ryan

De Toth avait beaucoup d’estime pour Robert Ryan, qu’il décrivait comme ayant de grandes qualités
humaines et intellectuelles. Ryan a d’ailleurs aidé De Toth à ce que La Chevauchée des bannis
voie le jour, et a un peu travaillé sur le scénario. Scénario qui, ne nous fions pas aux apparences,
ne fut pas écrit par Philip Yordan, unique auteur pourtant officiellement crédité.

 

Musique

Importance de la musique dans le film, musique écrite par l’Américain Alexander Courage
(1919-2008), par ailleurs auteur de celle du Gaucher (The Left-Handed Gun, Arthur Penn, 1958)
ou de la série TV Star Trek (1966).




La Chevauchée des bannis (Day of the Outlaw)
États-Unis, 1959, 1 h 30, noir & blanc, format 1.66

Réalisation : André De Toth
Scénario : Philip Yordan d’après le roman de Lee E. Wells
Photo : Russell Harlan
Musique : Alexander Courage
Montage : Robert Lawrence
Décors : Lyle B. Reifsnider
Costumes : Elva Martien, Robert Martien

Production
: Sidney Harmon, Leon Chooluck, Philip Yordan, Security Pictures Inc.

Interprètes : Robert Ryan (Blaise Starrett), Burl Ives (Jack Bruhn), Tina Louise (Helen Crane), Alan Marshal (Hal Crane), Venetia Stevenson (Ernine), David Nelson (Gene), Nehemiah Persoff (Dan), Jack Lambert (Tex), Frank DeKova (Denver), Lance Fuller (Pace), Elisha Cook Jr. (Larry Teter)

Sortie aux États-Unis : juillet 1959
Sortie en France : 22 juillet 1959

 

Distributeur : Splendor Films

Copie restaurée par Park Circus. Ressortie en salles le 17 octobre 2012.


Séances



Mercredi 17 octobre à 14h00, Pathé Bellecour (S2)
Jeudi 18 octobre à 22h15, Institut Lumière
Samedi 20 octobre à 17h10, Pathé Cordeliers
Vendredi 08 avril à 19h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Mardi 12 avril à 18h45, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8



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