Le Roman de Werther

Max Ophuls

France, 1938


À la fin du 18e siècle, Werther (Pierre Richard-Willm), un jeune homme plein d’ardeur romantique, poète et musicien, est nommé conseiller au palais de Justice. Il fait la connaissance de Charlotte (Annie Vernay), promise à son collègue et ami Albert (Jean Galland). Ce dernier doit partir en voyage et confie sa fiancée à Werther, qui tombe passionnément amoureux d’elle…

Le succès de son film précédent, Yoshiwara, tourné en 1937, permit à Max Ophuls la réalisation de son plus grand rêve : adapter Goethe à l’écran. Et ce fut Werther : « Ma patrie de naissance fut cette Rhénanie douce et belle qui est la tendresse de l’Allemagne, et où l’on retrouve si bien, le long du fleuve lent et dans les vieilles villes, dans les prairies et la forêt, les étapes du poète errant et ce qu’il y a laissé de lui-même : Goethe est l’un des génies de ce pays, et son oeuvre est la source généreuse, jaillissante, jamais tarie, où depuis un siècle et demi viennent s’abreuver les talents les plus divers. D’autres ont dédié à Goethe des tableaux ou des gravures, des mélodies ou des opéras. Artisan de cinéma, je ne pouvais que lui consacrer un film, et j’en ai attendu, des années, l’occasion difficile. Bien plus qu’une histoire d’amour, il s’agit dans Werther du heurt de deux consciences également généreuses, également droites et sans faille. Le point central, vital, du drame est le conflit entre Albert, qui personnifie le devoir, et Werther, qui est le visage même de la passion. Entre ces deux personnages essentiels, le rôle de Charlotte n’est que passif : ce qui n’est qu’un sourire, une robe qui passe… le prétexte. » « Le Roman de Werther digère remarquablement sa faiblesse principale (Pierre Richard-Willm, trop âgé pour le rôle du « jeune » Werther) et ses handicaps initiaux (une distribution très française censée recréer un univers ontologiquement germanique), analyse Christian Viviani (« Départs : la première filmographie française de Max Ophuls », dans le numéro spécial de 1895). Très vite, l’âge du protagoniste est oublié, tandis que Charlotte occupe de plus en plus le premier plan. Ophuls, par ailleurs, gomme tout excès dans le jeu de ses interprètes qui atteignent un dépouillement bouleversant : Richard-Willm, qui transcende son handicap par un naturel remarquable, Jean Galland, dont la sobriété marie si justement la rigueur et la douleur, l’ensemble de la distribution, qui finit par convaincre de sa germanité, et surtout la délicieuse Annie Vernay, qui permet à Ophuls de déplacer l’intérêt de Werther vers Charlotte, trahissant Goethe mais s’appropriant ainsi l’ensemble sans détour. Gracieuse comme un Tanagra, Annie Vernay prolonge la lignée splendide des héroïnes ophulsiennes inaugurée par Magda Schneider et bientôt relayée par Joan Fontaine ou Danielle Darrieux. » C’est le rôle qui la révéla. « La jeune fille, analyse Jacques Siclier, est victime d’une promesse faite à sa mère mourante, victime des conventions bourgeoises, victime de son devoir conjugal et de la loi des hommes. Annie Vernay est à la fois la Charlotte de Goethe et ce type féminin aux prises avec les tourments de l’amour et les bonheurs sans lendemain qui s’est esquissé dans Liebelei et qui blasonnera, par la suite, tous les grands films de Max Ophuls. » 

 

Définitif

Pour Jacques Lourcelles, qui sait généralement ce dont il parle et ce qu’il écrit

(dans son Dictionnaire du cinéma, coll. Bouquins, Robert Laffont), « Le Roman de Werther est le

plus beau film réalisé par Ophuls avant guerre. » Et il ajoute : « C’est aussi celui où le classicisme

l’emporte le plus sur le baroque, révélant ainsi tout ce que ce cinéaste amoureux du mouvement,

des changements de lieux, des déplacements continuels de la caméra et des acteurs, avait en lui

de profondément classique, quant à la pudeur, la retenue et la gravité des sentiments. »


Lieu de tournage

Ophuls souhaitait tourner le film en Hesse rhénane. Cela ne fut pas possible à cause de la

situation politique et de sa condition de Juif émigré. Il a finalement choisi, pour la majorité

des scènes extérieures (quelques-unes seront tournées au Mont-Valérien),

un village des Vosges, Ammerschwihr.

 

Annie Vernay

À 15 ans, Annie Vernay était Miss Séduction, et à 16 ans, déjà une vedette. Le couple qu’elle forma à

l’écran avec Pierre Richard-Willm, dans Tarakanova (Fedor Ozep, 1938) et La Tendre ennemie,

aurait pu égaler le couple Gabin-Morgan. Malheureusement, elle ne choisit pas très bien ses films,

et après le méconnu Les Otages (Raymond Bernard, 1939), elle dégringola, en 1940, de Pierre Caron

(Chantons quand même) en Léon Mathot (Le Collier de chanvre). La proposition d’Hollywood de lui

faire incarner Ilsa dans Casablanca la décida à quitter la France. Mais elle contracta la typhoïde

sur le bateau et mourut à son arrivée à Buenos Aires, en août 1941. Elle n’avait pas 20 ans.

Et c’est Ingrid Bergman qui interprètera Ilsa dans le film de Michael Curtiz.





Le Roman de Werther
France, 1938, 1 h 22, noir et blanc, format 1.37

Réalisation
: Max Ophuls
Assistante de réalisation : Jacqueline Audry
Scénario
: Hans Wilhelm, Fernand Crommelynck, Max Ophuls d’après le roman Les Souffrances du jeune Werther de Johann Wolfgang Goethe
Photo : Fédote Bourgasoff, Paul Portier, Eugen Schüfftan
Musique : Paul Dessau d’après des lieder, menuets ou motifs de Schubert, Haydn, Mozart, Grétry et Beethoven
Montage : Gérard Bensdorp, Jean Sacha
Décors : Eugène Lourié, Max Douy
Costumes : Annette Sarradin

Production : Seymour Nebenzahl, Nero-Film A.G.

Interprètes
: Pierre Richard-Willm (Werther), Annie Vernay (Charlotte), Jean Galland (Albert von Hochstätter), Jean Périer (le président), Paulette Pax (la tante Emma), Georges Vitray (le bailli), Henri Guisol (Schertz, le greffier), Roger Legris (Franz, le valet), Charles Nossent (le cocher), Philippe Richard (le grand-duc), Denise Kerny (la bonne), Jean Buquet (le petit Gustave)

Sortie en France : 17 novembre 1938

Copie Restaurée : AFF du CNC

Séances



Samedi 20 octobre à 11h30, Institut Lumière



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