It's a Free World

Ken Loach

Royaume-Uni, Italie, Allemagne, Espagne, Pologne, 2007


Angie (Kierston Wareing) n’a pas fait d’études, mais elle est jeune, énergique et ambitieuse. Elle a connu des moments difficiles, mais cette fois, elle est bien décidée à avoir sa part du gâteau. Avec sa colocataire Rose (Juliet Ellis), elle monte un cabinet de recrutement. Elle évolue désormais dans le monde nébuleux des agences pour l’emploi, des contremaîtres et des ouvriers immigrés, au coeur du miracle économique anglo-saxon…

Ken Loach s’attache une fois de plus à dépeindre avec réalisme et sans concession la société britannique, mais aussi et surtout la classe ouvrière. Après avoir évoqué le conflit anglo-irlandais des années vingt dans Le Vent se lève, il aborde avec It’s a Free World ! le sujet des ouvriers immigrés en Angleterre : « L’origine de cette histoire remonte au documentaire que j’avais réalisé dans les années quatre-vingt dix, The Flickering Flame, sur les dockers de Liverpool qui luttaient pour leur emploi. La disparition de la sécurité de l’emploi des travailleurs et l’augmentation du nombre d’agences de recrutement sont des éléments très significatifs dont on ne parle pas. C’est pourtant un fait explicite de la manière dont la vie des gens a changé, et aussi le résultat d’une décision politique, qui peut être remise en question. Mais il n’y a pas d’opposition là-dessus : le New Labour comme les Tories ou les Libéraux, tous sont pour le marché. Ce que je crois, moi, c’est que cela se produit parce que c’est l’intérêt d’une seule classe, et que l’on nous trompe en nous amenant à penser que c’est de cette manière que l’on doit vivre. Bien sûr, nous avons pensé aux histoires qui surgissent régulièrement dans les journaux, comme les ramasseurs de coques clandestins d’origine chinoise qui ont péri noyés dans la baie de Morecambe en 2004. Mais cette fois, nous avons pensé qu’il serait intéressant de se pencher sur l’attitude et l’état d’esprit des gens qui sont de l’autre côté, les exploiteurs. Faire un film sur les exploités aurait été trop prévisible. » Le choix de l’actrice principale était capital. C’est seulement après quatre mois d’auditions, de sessions d’improvisation et de bouts d’essai que Ken Loach s’est décidé pour l’actrice Kierston Wareing. Il souhaitait que le spectateur puisse s’identifier à elle, que, petit à petit, il la suive dans sa logique en trouvant ses choix raisonnables, et ne s’aperçoive qu’à la fin du caractère horrible de la situation. « Je n’avais que peu de détails sur le profil de mon personnage, raconte Kierston Wareing. La première fois que j’ai pu lire le scénario, j’étais dans l’avion vers la Pologne. Nous commencions à tourner le lendemain. J’ai essayé de ne pas paniquer. Puis le premier jour de tournage est arrivé, et je me suis lancée. C’était une scène de recrutement d’ouvriers polonais. J’étais là, à ma table, en train de me dire que ça n’aurait pas pu être pire…. Mais pour être honnête, la première appréhension passée, c’était la meilleure façon de commencer : tout de suite dans le vif du sujet. C’était un peu : "Marche ou crève !" J’ai plus appris en tournant six semaines avec Ken Loach qu’en trois ans d’école d’art dramatique. » Or, Kierston Wareing est magnifique de justesse dans cet extraordinaire portrait de femme : « Angie est un pur produit de la politique libérale, vouée à l’énergie d’entreprendre, au culte des affaires et de l’individualisme, analyse Jean-Luc Douin. Elle est formatée pour se tailler coûte que coûte une place au soleil, peu regardante sur les moyens. Au monde de son père, un docker qui a connu l’apogée du syndicalisme, a succédé celui de l’argent-roi, le règne de la compétitivité et du chacun pour soi. Du côté des prolétaires, Ken Loach ne juge pas Angie, il juge le système qui réveille son égoïsme, lui donne des alibis pour commettre l’inadmissible. » It’s a Free World ! a reçu le Prix du meilleur scénario à la 64e Mostra de Venise.


Colin Coughlin

Âgé de 61 ans, Colin Caughlin a été choisi pour jouer Geoff, le père d’Angie :

« Je suis la quatrième génération de dockers de ma famille et je suis membre du syndicat

Transport and General Workers Union. Mais en raison de problèmes de santé, je suis en

semi-retraite. C’est un filou, ce Loach : il nous a fait croire que le film serait sur les docks

dans les années 80. Quand je le lui ai reproché, il m’a dit : "Si je t’en avais dit davantage,

je ne crois pas que tu serais venu." Il n’avait pas tort ! Et je ne regrette pas un instant

d’être resté ! »

 

Montage

Ken Loach n’utilise pas plus de pellicule que les autres réalisateurs,

mais il fait tout développer, et donc tout est disponible pour y puiser les images à monter.

Cela rend le travail plus difficile, parce qu’il y a plus de choses à regarder, et plus

à mémoriser. Mais, en même temps, c’est plus facile, parce qu’il y a davantage d’options.

 

Méthode de travail

Ken Loach aime qu’un acteur se sente chez lui en entrant dans un décor.

Fergus Clegg a demandé à Kierston Wareing et Juliet Ellis d’apporter des photos

de leur domicile. Elles ont apporté des objets personnels, qui ont été placés dans

leur appartement fictif. Des photos d’elles en vacances, mais aussi une radio près du lit,

une affiche… Des choses que l’on ne remarque pas forcément, mais qui aident un acteur

à s’approprier son personnage.





It’s a Free World !
Royaume-Uni, Italie, Allemagne, Espagne, Pologne, 2007, 1 h 36, couleur, format 1.85

Réalisation
: Ken Loach
Scénario
: Paul Laverty
Photo : Nigel Willoughby
Musique : George Fenton
Montage : Jonathan Morris
Décors : Fergus Clegg

 

Production : Rebecca O’Brien

Interprètes
: Kierston Wareing (Angie), Juliet Ellis (Rose), Leslaw Zurek (Karol), Joe Siffleet (Jamie), Colin Coughlin (Geoff)

 

Sortie au Royaume-Uni : 13 septembre 2007
Sortie en France : 2 janvier 2008

Distributeur : Diaphana

Séances



Vendredi 19 octobre à 20h30, Cinéma Les Alizés
Samedi 20 octobre à 19h30, Pathé Bellecour (S2)



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