Je hais les acteurs

Gérard Krawczyk

France, 1986


Hollywood, 1942. Un agent qui hait les acteurs. Une pin-up qui a été mariée vingt-quatre fois en cinq ans. Un lieutenant de police complètement dépassé. Un acteur de 50 ans prêt à tout pour reprendre le rôle d’un jeune premier de 30. Un réalisateur paranoïaque échappé des pogroms qui veut s’enfuir au Mexique. Un producteur tyrannique qui pleure en voyant ses films et qui aime par-dessus tout sa mère. Des scénaristes de film policier qui cherchent l’assassin d’Hollywood. Un fakir du nom de Monsieur Albert qui enlève les maux de tête par osmose. Et trois acteurs assassinés pendant le tournage de Fils du destin. Bref, un panorama de l’usine à rêves aux derniers temps de sa splendeur dans un portrait hilarant, cynique et tendre…

Pour son premier long métrage, Gérard Krawczyk, aujourd’hui célèbre pour sa série des Taxi, s’est inspiré d’un roman du scénariste américain Ben Hecht, qui, entre les années vingt et soixante, a signé au cours d’une carrière prolifique quelques-uns des plus grands scénarios hollywoodiens, pour Brabin, Hawks, Lubitsch, Ford, Wyler, Hitchcock, Preminger, Hathaway et bien d’autres. Dans l’une des plus féroces satires sur le monde du cinéma, teintée d’une douce folie loufoque, on retrouve ici Claude Chabrol en robe de chambre rouge, Michel Galabru en jeune premier, Michel Blanc en gourou. Le film reconstitue l’atmosphère des studios californiens. « J’essaie d’obtenir de mes acteurs qu’ils jouent vite, le plus vite possible, afin de retrouver le rythme des films de l’époque, explique le cinéaste. » Apparemment, ça marche : « Cette célérité me convient, témoigne Jean Poiret. J’ai peur des temps morts, des silences. La rapidité me permet de ne pas penser. Et mieux vaut, n’est-ce-pas, ne pas penser que prendre le temps de s’apercevoir que l’on n’a rien à penser. La méthode Krawczyk me convient donc très bien. » Il ajoute, à l’adresse de Pierre Murat venu l’interviewer pour Télérama : « Bien sûr qu’il faut haïr les acteurs ! Tous : les mauvais parce qu’ils ne sont pas bons et les bons parce qu’ils peuvent être mauvais un jour. Vous rendez-vous compte des frustrations accumulées par les acteurs à cause des rôles qu’ils ne jouent pas ? Moi, par exemple, qui ai rêvé toute ma vie d’interpréter Iago, je ne l’ai jamais fait. Alors, forcément, toute la méchanceté de Iago est tapie en moi, prête à resurgir à chaque instant. Cela fait que je hais les acteurs. Les jeunes parce qu’ils sont plus jeunes que moi. Les vieux parce qu’ils héritent de rôles qui ne sont pas encore de mon âge. » De son côté, Claude Chabrol semble ravi : « Je joue un scénariste très coté, explique-t-il, mais beurré comme un petit Lu. D’où cette robe de chambre : il n’a même pas eu la force de s’habiller pour venir à la réunion. C’est le seul de cette assemblée cosmopolite à parler sans accent ; le problème, c’est qu’on ne comprend pas un mot de ce qu’il dit. » Je hais les acteurs a reçu le Prix Michel-Audiard, créé en l’honneur du dialoguiste, qui affirmait que les producteurs se promènent en Rolls parce qu’en métro, il faut payer cash. Dans cette galerie de portraits savoureux, les acteurs s’amusent, et le spectateur aussi.

 

 

Ben Hecht

C’est l’un des scénaristes les plus actifs et les plus légendaires d’Hollwyood
– il parvint aussi à rester un écrivain. Récipiendaire du premier Oscar
remis à un scénariste pour Les Nuits de Chicago de Josef von Sternberg, 1927.
En 1932, il a aussi écrit le scénario de Scarface de Hawks
(et il l’a fait, dit-on, en 11 jours !). De Palma lui a dédié son remake.

 

Hollywood par Chabrol

« Hollywood ne ressemble plus à ce que décrit Ben Hecht,
raconte Claude Chabrol. Mais, lors d’une de mes rares incursions
à Los Angeles, j’ai tout de même vu le producteur de mon futur
film, soudain renvoyé, faire ses valises – en robe de chambre,
précisément – dans le bureau de l’un des patrons de la
Columbia, tout de rose vêtu. »

 

Restauration

Comme cela arrive souvent, le film de Krawczyk
avait disparu des écrans, des étagères et des mémoires.
Le film a plus de 25 ans, il a marqué ceux qui l’ont vu à l’époque.
Gaumont vient de le restaurer. Un nouveau public s’offre à lui.
Et Gérard Krawczyk sera là en personne pour le présenter.




Je hais les acteurs
France, 1986, 1 h 30, couleur et noir et blanc, format 1.66

Réalisation : Gérard Krawczyk
Scénario : Gérard Krawczyk d’après le roman de Ben Hecht
Dialogues : Gérard Krawczyk
Photo : Michel Cenet
Musique : Roland Vincent
Montage : Marie-Josèphe Yoyotte
Décors : Jacques Dugied
Costumes : Rosine Lan

Production
: Jean Nainchrik, Alain Poiré

Interprètes : Jean Poiret (Orlando Higgins), Michel Blanc (Monsieur Albert), Bernard Blier (Jerome B. Cobb), Patrick Floersheim (Korman), Michel Galabru (Bison), Pauline Lafont (Elvina), Dominique Lavanant (Miss Lavant), Sophie Duez (Bertha), Guy Marchand (Egelhofer), Wojciech Pszoniak (Potnik), Jean-François Stévenin (Devlin), Patrick Braoudé (Fineman), Claude Chabrol (Lieberman)

Sortie en France : 10 septembre 1986

 

Distributeur : Gaumont

Copie restaurée en 2K par Gaumont.

Séances



Mardi 16 octobre à 19h45, Pathé Bellecour (S2)



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