L'Aventurier du Rio Grande

Robert Parrish

États-Unis, 1959


Après avoir vengé la mort de son père, Martin Brady (Robert Mitchum) a gagné le Mexique où il est devenu le « pistolero » des frères Castro, deux ambitieux, dont l’un, Cipriano (Pedro Armendáriz), devient le gouverneur de la province qui touche le Rio Grande. Mais, alors qu’il convoie des armes vers l’autre Castro, le général Marcos (Victor Manuel Mendoza), Brady est victime d’un accident et se brise la jambe. Bloqué pendant deux mois dans un fort de l’armée US, il fait la connaissance d’Helen (Julie London), la femme du commandant. Rentré au Mexique après une bagarre, Brady s’aperçoit qu’il est las de son métier ; il refuse la mission d’abattre le général et rentre aux États-Unis où il retrouvera peut-être Helen…

« Pour moi, explique Robert Parrish, c’était l’histoire de Martin Brady et d’autres hommes perdus, traversant le Rio Grande dans un sens et dans l’autre, à la recherche d’un pays, d’un endroit où ils pourraient trouver la paix et se sentir chez eux. C’est un film qui signifie tant de choses pour moi, qui m’est tellement personnel. Un film aux dimensions d’un pays. Je me souviendrai toujours de la dernière nuit de tournage. C’est le plus grand moment de ma vie. Nous avions filmé la fête qui se déroule dans le village américain, et nous l’avons continuée pour de vrai. L’ambiance était prodigieuse. Tout le monde pensait que l’on avait fait un chef-d’oeuvre. Je sentais que j’avais réussi mon meilleur film, et cette nuit a été immense. » L’Aventurier du Rio Grande est un « western mélancolique, lyrique par endroits, où Parrish a donné le meilleur de lui-même, analyse Jacques Lourcelles (Dictionnaire du cinéma, Robert Laffont, 1992). Le film trouve son unité dans deux éléments forts : son thème principal, la régénérescence morale d’un homme pris entre deux modes de vie, deux cultures, deux patries, et la superbe composition de l’image qui donne aux hésitations du héros, aux vicissitudes de son destin (marquées chacune par une traversée du rio Grande) leur relief et leur densité particulière. L’Aventurier du Rio Grande est une méditation élégiaque, sensible et tendre, sans mièvrerie. Grâce à elle, le récit acquiert ce ton personnel, intime que Parrish cherche toujours à donner à ses films. » Pas de chevauchée héroïque, aucune poursuite infernale. Pas non plus de vol de bétail ou de guerre contre les Indiens. Mais un héros qui s’est cassé une jambe et ne peut plus bouger. Parrish réussit le même pari qu’Hitchcock avec Fenêtre sur cour (1954), en réalisant un film sur et avec un héros immobilisé. Mitchum y est magnifique. Parrish exploite l’acteur d’une manière totalement inhabituelle, jouant beaucoup moins sur sa force physique que les autres réalisateurs : s’il est efficace avec ses poings, il est aussi irrésistible lorsqu’il ne s’en sert pas. Mitchum a tant aimé le film qu’il a décidé de le coproduire. « Cette deuxième collaboration avec Robert Parrish, après Fire Down Below, analyse François Guérif (Robert Mitchum, Denoël, 2003), se déroule à nouveau dans une atmosphère de complicité. "Il donne une performance très inventive s’il croit en ce qu’il fait", dit le metteur en scène. Et, visiblement, Mitchum croit en Brady, cet homme perdu qui vit par les armes, mais recherche la paix, qui se veut cynique, mais se trouve confronté au problème de l’engagement personnel, qui se croit solitaire, mais trouve sa rédemption dans l’amour. Son interprétation exprime magnifiquement toutes ces nuances. Elle restera l’une de ses préférées. » À ses côtés, la belle et rare Julie London, qui hélas ne chante pas. Parrish a choisi pour la photographie Alex Phillips, spécialiste des ciels mexicains, dont le travail est somptueux. « Un chef-d’oeuvre, écrit Bertrand Tavernier dans Amis américains, l’un des plus beaux westerns de l’histoire du cinéma, l’un des plus romanesques aussi, dont deux scènes, parmi les plus belles, furent écrites par un écrivain de la Liste noire, Walter Bernstein. »

 

 

Rôle

Le rôle de Brady a d’abord été refusé
par Henry Fonda et Gregory Peck, avant
d’être accepté par Mitchum, qui a aimé
d’emblée ce personnage d’individualiste
rejeté comme gringo au Mexique et
comme hors-la-loi aux États-Unis.

 

Tournage mouvementé

Le tournage a été ponctué de saouleries mémorables, car Mitchum, producteur exécutif,
a engagé quelques-uns de ses amis, tels Chuck Robertson et Charles McGraw, comme acteurs.
En outre, il a été témoin, dans la cantina de son hôtel, d’une fusillade avec mort d’homme,
dont il faillit être la victime.

 

Appréciation

« Après plusieurs années de cinéphilie, constate Bertrand Tavernier, je prends plus de plaisir à l’oeuvre de
Parrish qu’à celle de metteurs en scène plus “importants” ou plus “révérés”. Bien des oeuvres plus brillantes,
plus séduisantes, résistent moins à l’usure du temps que les films modestes de Parrish. »

 

Témoignage

« Une fois le film terminé, Mitchum est venu à la maison, et il essayait de dire à mon mari qu’il aimait
le film, raconte Katie Parrish. Que cela avait été une bonne expérience et que c’était un bon film.
Et c’était tout simplement si difficile pour lui. Il n’arrivait pas à dire qu’il était reconnaissant ou qu’il
vous aimait. Cela l’embarrassait de montrer de l’émotion ou de l’affection, même avec Dottie. »

 

Souvenir

Tavernier, toujours : « En 1995, nous avons eu la joie d’accueillir Robert Parrish à Lyon à l’occasion du
centenaire du cinéma – [Bertrand Tavernier et lui se connaissaient depuis de longues années, notamment
pour avoir coréalisé Mississippi Blues en 1983] Le recevoir dans ma ville et le voir célébrer comme un enfant
du cinéma les films de Louis et Auguste Lumière, restent les derniers souvenirs que j’ai d’un homme qui
suscitait immédiatement de l’amitié et de la déférence. »




L’Aventurier du Rio Grande (The Wonderful Country)
États-Unis, 1959, 1 h 38, couleur, format 1.66

Réalisation : Robert Parrish
Scénario : Robert Ardrey d’après le roman de Tom Lea
Photo : Floyd Crosby, Alex Phillips
Musique : Alex North
Montage : Michael Luciano
Décors : Harry Horner
Costumes : Mary Wills

Production
: Cherster Erskine

Interprètes : Robert Mitchum (Martin Brady), Julie London (Helen Colton), Gary Merrill (le major Stark Colton), Pedro Armendáriz (Cipriano Castro), Jack Oakie (Travis Hyte), Albert Dekker (le capitaine Rucker), Victor Manuel Mendoza (le général Marcos Castro), Charles McGraw (le docteur Herbert J. Stovall), Anthony Caruso (Santiago Santos), Leroy “Satchel” Paige (le sergent Tobe Sutton), Mike Kellin (Pancho Gil)

Sortie aux États-Unis : 4 novembre 1959
Sortie en France : 30 janvier 1960

 

Distributeur : Sidonis Production

Nouvelle remasterisation image et son haute définition : MGM et Transatvidéo.

Séances



Mardi 16 octobre à 21h00, ITUT LUMIERE / VILLA / LYON 8



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