Il était une fois en Amérique

Sergio Leone

Italie, États-Unis, 1984-2012


New York à la fin de la prohibition. À la suite d’une combine qui a mal tourné, David « Noodles » Aaronson se réfugie dans une fumerie d’opium. Il doit quitter la ville en catastrophe. Il n’y reviendra que trois décennies plus tard, en 1968, alors qu’une mystérieuse missive le presse de se rendre sur la tombe de ses anciens amis. De retour dans le quartier juif de son enfance, Noodles est envahi par le souvenir : les copains, les bandes, ses rendez-vous amoureux avec Deborah, et sa rencontre avec Max, son meilleur ami, qui l’entraîne peu à peu dans le crime…

Sergio Leone souhaitait depuis longtemps adapter le livre autobiographique de Harry Grey, projet entretenu avant même de tourner Il était une fois dans l’Ouest, à la fin des années soixante. Il l’a préparé durant les douze années de quasi-silence (hormis les deux westerns qu’il a produits) qui ont suivi Il était une fois la révolution. Cette histoire d’un petit gangster des années 1920 lui apparut comme un symbole « éloquent et cruel de cette Amérique très spéciale, magiquement suspendue entre le cinéma et l’Histoire, une sorte de mythe grec moderne et mirobolant », comme il l’écrivit dans sa préface à l’édition italienne du livre de Grey. La mort prématurée du réalisateur, cinq ans plus tard, à 60 ans, a donné au film depuis 25 ans une dimension testamentaire qu’il n’avait pas à l’origine, mais qui éclate à chaque plan. Après s’être si longtemps nourri d’une Amérique fantasmée, celle qu’il avait découverte à travers les films de son enfance, il lui offrait, en guise d’adieu, une des plus belles recréations jamais effectuées sur un écran. Les histoires de gangsters sont légion, rarement elles ont, avant et après lui, atteint cette qualité de vision, à la fois précise et décalée (le film commence et s’achève dans une fumerie d’opium), obtenue grâce à la distance créée par le désir de toute une vie. Leone réalisait ici sa propre Recherche d’un temps d’autant plus perdu qu’il n’avait jamais existé que dans ses rêves – la référence à Proust survient en clin d’oeil, lorsque Noodles déclare que pendant trente-cinq ans, « il s’est couché de bonne heure ». Les accusations de maniérisme si longtemps accolées à ses films n’étaient plus de mise – et personne n’osa les reprendre ; Leone retrouvait là le classicisme indémodable de ses modèles, un classicisme que les vingt-cinq années écoulées n’ont fait que renforcer. C’est la deuxième projection du film au festival Lumière, après la première en 2009 dans le cadre de la rétrospective Leone à laquelle participa Clint Eastwood. Il s’agit ici, en première internationale après celle de Cannes 2012, de la « director’s cut », version longue voulue à l’époque par le réalisateur, exécutée par la Cinémathèque de Bologne et financée par le couturier Gucci et par la Film Foundation de Martin Scorsese. Des scènes ont été ajoutées, qui figuraient au premier montage de Leone. Au total, 24 minutes de plus, pour une durée totale de 4h13, et une oeuvre qui ne cesse de révéler ses mystères et ses beautés.

 

 

Question de durée

A l’époque, le projet de Leone était de faire deux films distincts, projetés à quelques jours d’écart. Devant le refus des
producteurs, il ne fit qu’une seule version de 4h30, réduite ensuite à 3h40, durée de la version dite « internationale » montré
à Cannes en 1984 et sortie en salles. Aux États-Unis, le film ne pouvait, par contrat dépasser 2h15 (ou 2h45, les informations
divergent). Il sortit à 2h19, dans une version justement refusée par Leone (la structure narrative du film qui fait fi de la
chronologie était stupidement et totalement remise à plat).

C’est ce que nous savions jusqu’alors. Nous savions aussi qu’il existait un montage différent et plus long que les 3h40 connues,
montage effectué par Sergio Leone. D’où l’action de Martin Scorsese, de Gianluca Farinelli et de la famille Leone pour
retrouver les scènes manquantes. C’est cette version qui a été présentée à Cannes en mai dernier et qui est présentée ici.
Version définitive ? Pas sûr : Martin Scorsese dit qu’elle ne sera sans doute pas la dernière, des éléments pouvant être encore
retrouvés pour parvenir à la version de 4h30 réalisée dans la salle de montage par le réalisateur.

 

Cannes 2012

Ainsi remonté, le film a été projeté à Cannes dans la section Cannes Classics, en présence
de Robert De Niro, Elizabeth McGovern, James Woods, Jennifer Connelly et Ennio Morricone,
dans une séance pleine de ferveur présentée par De Niro lisant un hommage à Leone.
À lire aussi, suite à cette projection, l’analyse de Laurent Pecha sur le site ecranlarge.com.
L’actif distributeur Carlotta sortira le film à l’automne 2012 en France.

 

Distribution Circus

Leone eut tellement de difficulté à monter le projet qu’il commença à en parler en 1975,
soit une décennie avant le premier tour de manivelle. La distribution évolua donc avec les années.
Furent ainsi envisagés pour différents rôles Paul Newman et Tom Berenger (vieux et jeune Noodles,
rôle finalement interprété par le seul De Niro), Dustin Hoffman, Claudia Cardinale, Jon Voight,
Harvey Keitel, John Malkovich, Gérard Depardieu, Richard Dreyfuss.
Et même James Cagney (vieux Noodles) et… Jean Gabin (vieux Max).
À vérifier, quand même, tout ça.

 

Les renseignements qu’on aime bien

Le tournage dura du 14 juin 1982 au 22 avril 1983. Le montage encore un an de plus.
Le script faisait 325 pages et réquisitionna cinq auteurs, plus l’auteur du livre, plus le réalisateur.
Les Italiens aiment jouer collectif.




Il était une fois en Amérique (Once upon a time in America)
Italie, États-Unis, 1984-2012, 4 h 13, couleur, 1:85

Réalisation : Sergio Leone
Scénario : Leonardo Benvenuti, Piero De Bernardi, Enrico Medioli, Franco Arcalli, Franco Ferrini, Sergio Leone, avec la collaboration de Stuart Kaminsky (dialogues additionnels), d’après le roman The Hoods de Harry Grey
Photo : Tonino Delli Colli
Musique : Ennio Morricone
Montage : Nino Baragli
Décors : Carlo Simi
Costumes : Gabriella Pescucci

Production
: Claudio Mancini, Arnon Milchan

Interprètes : Robert De Niro (Noodles), James Woods (Max), Elizabeth McGovern (Deborah), Jennifer Connelly (Deborah enfant), Joe Pesci (Frankie), Burt Young (Joe), Tuesday Weld
(Carol), Treat Williams (Jimmy O’Donnell), William Forsythe (Cockeye), James Hayden (Patsy), Danny Aiello (chef de la police)

Sortie aux États-Unis : 17 février 1984
Sortie en France : 23 mai 1984
Version longue : 18 mai 2012

 

Distributeur : Carlotta Films

Restauration voulue par Martin Scorsese et exécutée par la Cinémathèque de Bologne au Laboratoire Immagine Ritrovata, en association avec Andrea Leone Films, The Film Foundation et Regency Entreprises. La restauration a été financée par Gucci et la Film Foundation.

Séances



Jeudi 15 octobre à 19h45, LLE NON AFFECTE
Vendredi 19 octobre à 19h15, Pathé Bellecour
Samedi 20 octobre à 19h00, UGC Ciné Cité Confluence
Dimanche 21 octobre à 15h00, Pathé Vaise
Dimanche 31 mai à 02h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Samedi 03 octobre à 18h45, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Dimanche 04 octobre à 16h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Dimanche 03 avril à 16h45, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8



  • Partenaires médias :
  • France Télévision 2012
  • France Inter 2012
  • Variety 2012
  • Le Monde 2012
  • Studio Live 2012
  • Petit Bulletin 2012
  • Evene 2012
  • Télérama 2012