Comme un torrent

Vincente Minnelli

États-Unis, 1958


Une petite ville américaine. Dave (Frank Sinatra), à peine démobilisé, rentre au bercail, abandonné depuis longtemps. C’est un intellectuel qui, après avoir vagabondé, est revenu de tout. Il traîne, comme un boulet, Ginny (Shirley MacLaine), une fille facile, follement amoureuse de lui, qu’il a ramassée dans le bus qui le ramène de Chicago. L’arrivée de l’écrivain raté, alcoolique, bohème et bagarreur, frère d’un important joailler de la ville, heurte très vite les conventions de cette petite ville tranquille et policée…

Comme un torrent s’inspire du roman à succès éponyme de James Jones, l’auteur de Tant qu’il y aura des hommes (From Here to Eternity, 1951). Frank Sinatra, ami de Dean Martin, avait remporté un Oscar pour son rôle dans l’adaptation cinématographique de Fred Zinnemann (1953). C’est grâce à lui que Dean Martin et Shirley MacLaine obtiendront leurs rôles dans Comme un torrent, le premier film produit par Sol C. Siegel, nouveau chef de la production de la MGM. « Le rôle de Barma était du gâteau, pour moi, estimait Dean Martin. Je n’avais qu’à jouer aux cartes et à parler avec l’accent du Sud. » C’est vite dit, car comme on put le lire à l’époque dans Variety, « ce n’est pas facile de jouer un homme qui va mourir d’une maladie chronique et de le faire avec grâce et humour. » C’était également le premier rôle dans lequel il ne chantait pas. Dans Comme un torrent, Minnelli évoque la vie d’une petite ville américaine et se plaît à évoquer les détails de la vie quotidienne : « Les bars ouvrent tard, l’employé de l’hôtel dort à son bureau, les ouvrières de la fabrique de soutiens-gorge distraient les clients de chez Smitty’s, le professeur de littérature compense son refoulement sexuel en corrigeant des copies, la secrétaire du bijoutier est secrètement amoureuse de son patron » (Minnelli, Patrick Brion, Dominique Rabourdin, Thierry de Navacelle, Éditions des Cinq continents / Hatier, 1985). La critique socio-psychologique est d’une noirceur absolue. C’est en songeant aux couleurs criardes des juke-boxes qu'il a conçu les décors du film, explique Minnelli : Parkman, cette petite ville de province, prend l’aspect d’un gigantesque juke-box. Minnelli met en scène l’opposition entre le monde de la bourgeoisie et le milieu artiste. « Comme un torrent est le flamboyant récit de la sublimation impossible, analyse Pierre Alféri dans les Cahiers du cinéma : c’est un film sur l’alcool, donc sur la drogue, sublimation qui ne sublime rien, cousine du jeu, amie du sexe, mais encline à la violence et voisine de la mort. La sublimation impossible semble être l’un des thèmes sous-jacents des derniers grands films de Minnelli, peuplés d’artistes frustrés et de femmes frigides. Ginny, ajoute-t-il, est une amoureuse enfantine. Ses états d’âme se lisent à livre ouvert ; les expressions se déposent sur son visage comme des papillons. Elle est l’amour même, le sublime. » Seule cette Ginny apparaît sympathique, émouvante, et Shirley MacLaine incarne ce rôle déchirant avec une intelligence et une sensibilité remarquables. Un torrent d’alcool, d’amour et de désespoir où s’entrecroisent des personnages et des comédiens d’une densité rare. 

 

Succès

La première eut lieu au Hollywood Paramount le 18 décembre,

et le film fut projeté un mois plus tard au Radio City Music Hall de New York. Comme un torrent

fut l’une des dix plus grosses réussites de l’année au box-office, juste après Le Bal des maudits.

Dean Martin figurait donc dans deux des dix plus grands succès de l’année 1958.

 

Période artistique

Comme un torrent fait partie de cette nouvelle période inaugurée par Les Ensorcelés (1952),

composée des mélodrames flamboyants que sont également Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse (1962) et

Celui par qui le scandale arrive (1960) : l’impossibilité du couple en est l’un des thèmes principaux,

et c’est aussi là qu’il faut chercher le véritable Vincente Minnelli.

 

Influence

C’est grâce à Frank Sinatra

qui avait rejoint le Beverly Hills Rat Pack

dont il était le leader, que le rôle de

Shirley MacLaine est si développé.

Dans le premier scénario, c’est Dave

qui se faisait tuer. Sinatra est intervenu

auprès de Minnelli pour que Ginny

soit tuée, afin de donner davantage

d’épaisseur et de vérité

au personnage.





Comme un torrent (Some Came Running)
États-Unis, 1958, 2 h 17, couleur, format 2.35

Réalisation
: Vincente Minnelli
Scénario : John Patrick, Arthur Sheekman d’après le roman de James Jones
Photo : William H. Daniels
Musique : Elmer Bernstein
Montage : Adrienne Fazan
Décors : Henry Grace, Robert Priestley
Costumes : Walter Plunkett


Production
: Sol C. Siegel/MGM

Interprètes
: Frank Sinatra (Dave Hirsh), Dean Martin (Bama Dillert), Shirley MacLaine (Ginny Moorehead), Martha Hyer (Gwen French), Arthur Kennedy (Frank Hirsh), Nancy Gates (Edith Barclay), Leora Dana (Agnes Hirsh), Betty Lou Keim (Dawn Hirsh), Larry Gates (Professeur Robert Haven French)


Sortie aux États-Unis : 18 décembre 1958
Sortie en France : 15 mai 1959

Séances



Mardi 02 mars à 22h59, LLE NON AFFECTE
Mercredi 10 mars à 21h15, LLE NON AFFECTE
Jeudi 11 mars à 19h00, LLE NON AFFECTE
Dimanche 14 mars à 18h30, LLE NON AFFECTE
Jeudi 18 octobre à 20h30, Cinéma Opéra
Samedi 20 octobre à 14h30, Cinéma St-Denis
Dimanche 21 octobre à 17h00, Pathé Bellecour (S2)



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