Lola Montès

Max Ophuls

France, 1953


La Nouvelle-Orléans vers 1850. Le cirque géant américain en représentations et, en chair et en os, Maria Dolores Porriz y Montes, dite Lola Montès. Le monde entier a parlé d’elle, on ne compte plus ses amants les plus riches et les plus puissants, et pour un seul dollar, tout le monde pourra l’approcher et lui baiser la main. Qui est cette femme jeune encore, qui réagit comme un fauve aux claquements de fouet de l’écuyer ? Elle est finie, elle ne peut tomber plus bas…

Le dernier film de Max Ophuls fut l’oeuvre de toutes les souffrances ; problèmes de production, de tournage, de montage. Ce n’était rien au regard de l’accueil qu’il reçut. En effet, lors de sa sortie, il fit scandale. On le qualifia de « chef-d’oeuvre maudit d’avant-garde et non-commercial », avec des spectateurs indignés prêts à se battre contre les enthousiastes, des salles partagées entre applaudissements et sifflements. Et sept cinéastes (Jacques Tati, Jean Cocteau, Roberto Rossellini, Jacques Becker, Christian-Jaque, Pierre Kast, Alexandre Astruc) s’associèrent pour rédiger une lettre collective défendant le film. Enfin, outre une levée de boucliers dans la critique française, Lola Montès fut un échec commercial retentissant. En 2007, il a fallu la légendaire volonté de Marcel Ophuls, et la pugnacité de Laurence Braunberger, des films du Jeudi et de Serge Toubiana, directeur de la Cinémathèque française, pour que le film connaisse, au XXIe siècle, le destin que sa sortie, en 1955, lui avait refusé. Inspiré de la vie d’une célèbre courtisane, le film est l’histoire tragique de sa déchéance. Lola Montès, incarnée (pour les uns de façon sublime, pour d’autres de manière contestable) par Martine Carol, rejoue les grands scandales de son existence, dans un cirque américain tenu par un Monsieur Loyal aux allures de démon (Peter Ustinov). « Dans les carrières modernes, expliquait Ophuls, la publicité joue un grand rôle ; cette publicité que je méprise si fort, j’avais décidé de lui donner une place importante dans mon film. Les questions que le public du cirque pose à Lola m’ont été inspirées par les jeux radiophoniques d’émissions publicitaires follement impudiques. Je trouve effrayant ce vice de tout savoir, cet irrespect devant le mystère. » Après avoir introduit la vie de Lola Montès par une pantomime, Ophuls se lance dans la reconstitution en flashbacks de la vie de la courtisane, structure audacieuse (ce genre d’expérimentation narrative lui avait réussi dans La Ronde). Mais le film déplut par sa cruauté et la peinture crue de la déchéance d’une femme. L’usage de la couleur, trop vif, trop osé, choqua également. Tout comme le fait que « le style, selon Jacques Lourcelles, triomphe du contenu dramatique ». Dans les scènes de cirque, Ophuls signe pourtant un film magistral, d’une virtuosité aboutie (avec des mouvements de caméra admirables, malgré les difficultés techniques de l’époque), s’appuyant sur un magnifique puzzle romanesque. Affaibli par les problèmes cardiaques qui l’emporteront deux ans plus tard, Ophuls ne parvient pas à s’opposer aux producteurs qui remontent le film. « J’ai vu la version anglaise de Lola qu’on a essayé de terminer derrière mon dos, pendant que j’étais en vacances en Allemagne, raconta-t-il en 1956 à Truffaut et Rivette dans les Cahiers. L’attitude du directeur de Gamma Film me semblait déjà très suspecte, parce qu’il me téléphonait tout le temps en me disant : “Reposez-vous bien, je vous prie !” J’ai vu les coupures, c’est incroyable ; à croire que les gens qui font ça, non seulement manquent de respect envers ce que vous avez fait, mais ne savent même pas lire. » Le deuxième montage n’est pas mieux reçu. Le film disparaît dans la légende des oeuvres maudites. Ophuls en restera marqué – il retourne en Allemagne, au théâtre. Il travaille à une vie de Modigliani, interprété par Gérard Philipe – projet repris par Becker. Car entretemps, la mort, qui le guettait, triomphe. Il s’éteint à Hambourg le 26 mars 1957. Il avait 55 ans. 

 

Ralph Baum

Durant le tournage, le directeur de la production, Ralph Baum, convoquait les

deux cents figurants aux studios de la Victorine en lâchant un ballon rouge

retenu par une ficelle, qu’on apercevait de tout Nice.

 

Costumes

Martine Carol porte trente-huit costumes différents (une moyenne de trois minutes par

costume à l’écran), tous dessinés par Escoffier, et réalisés par Helena Karinska. La robe

que porte Lola à la réception à la cour du roi de Bavière, Ludwig le fou, est la robe la plus

chère jamais portée à l’écran à l’époque. Elle est constituée de 45 mètres de tissu lamé or,

additionné de brocarts et de diamants.

 

Versions

Le film a été tourné simultanément en trois versions différentes, française, anglaise et

allemande. Dans une interview de l’époque, Martine Carol explique :

« L’anglais est assez simple, car j’ai été marié à un Américain, mais pour l’allemand, je répète

le texte avec le directeur de production Ralph Baum avant le tournage des scènes ».

 

Cinémascope

L’inventeur du Cinémascope, Henri Chrétien, a rendu visite à Ophuls, qui lui a dit :

« J’ai fait vingt-cinq films, je croyais presque tout connaitre dans ce métier.

Avec votre invention, vous m’avez obligé à tout reconsidérer.

Vous avez fait de moi un collégien qui en apprend tous les jours. »





Lola Montès
France, RFA, 1955, 1 h 55, couleur, format 2.35

Réalisation
: Max Ophuls
Scénario : Max Ophuls, Annette Wademant, Jacques Natanson d’après le roman La Vie extraordinaire de Lola Montès de Cecil Saint-Laurent
Dialogues : Jacques Natanson
Photo : Christian Matras
Musique : Georges Auric
Montage : Madeleine Gug
Décors : Jean d’Eaubonne
Costumes : Georges Annenkov, Marcel Escoffier

 

Production : Gamma-Films, Florida Films (Paris), Unionfilms (Munich)


Interprètes : Martine Carol (Lola Montès), Peter Ustinov (l’écuyer), Anton Walbrook (le roi Ludwig 1er de Bavière), Ivan Desny (le lieutenant James), Oscar Werner (l’étudiant), Lise Delamare (Mrs Craigie), Paulette Dubost (Joséphine, la camériste), Henri Guisol (Maurice le cocher), Will Quadflieg (Franz Liszt)


Sortie en France : 23 décembre 1955
Sortie en Allemagne : 12 janvier 1956

 

Copie Restaurée :

Cinémathèque française / Les Films du Jeudi / Les Films de la Pléiade / Marcel Ophuls / Fondation Thomson

pour le Patrimoine du Cinéma et de la Télévision / Le Fonds Culturel Franco Américain, DGA – MPAA – SACEM – WGA



Séances



Mercredi 25 novembre à 21h30, LLE NON AFFECTE
Samedi 28 novembre à 16h15, LLE NON AFFECTE
Dimanche 29 novembre à 16h30, LLE NON AFFECTE
Mardi 01 décembre à 19h00, LLE NON AFFECTE
Vendredi 10 septembre à 19h00, LLE NON AFFECTE
Samedi 11 septembre à 20h30, LLE NON AFFECTE
Mardi 16 octobre à 19h40, Pathé Cordeliers
Mercredi 17 octobre à 20h30, UGC Ciné Cité Confluence
Jeudi 18 octobre à 22h00, Pathé Bellecour (S2)
Samedi 20 octobre à 10h30, Cinéma Comœdia



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