Umberto D.

Vittorio De Sica

Italie, 1952


Umberto Domenico Ferrari (Carlo Battisti), un retraité, ne peut plus subvenir à ses besoins. Révolté mais lucide, et avec pour unique compagnon un chien, il parcourt la ville à la recherche d’un peu d’aide pour affronter le total dénuement moral et matériel dans lequel il se trouve…

Umberto D. est souvent considéré comme le film le plus accompli de De Sica. À l’époque, selon Georges Sadoul, « la tétralogie Sciuscia, Le Voleur de bicyclette, Miracle à Milan et Umberto D. [représente] un extraordinaire tableau de l’Italie contemporaine vue à travers deux enfants, un colleur d’affiches, un groupe de chômeurs et un vieillard. Ces quatre films constituent un constat. Mieux : un acte d’accusation. » Zavattini avait depuis longtemps le désir de porter à l’écran « quatre-vingt-dix minutes de la vie d’un homme pendant lesquelles il ne se passe rien. » Dans Umberto D., De Sica et lui y parviennent remarquablement, réalisant l’un des plus purs chefs-d’oeuvre du néoréalisme italien. Montré avec tact et pudeur, Umberto, un vieillard pas vraiment sympathique, vit devant nous, aussi indifférent aux autres qu’ils le sont à son égard. « Parce que chaque instant apparaît pleinement vécu par lui-même et non pas dans une perspective ordonnée, tendue vers un dénouement, écrit à l’époque Jean Collet, il arrive à prendre une valeur qui dépasse, en le sublimant, en le transcendant, le simple fait matériel décrit. Ce qu’il faut souligner, surtout, c’est le pouvoir de sublimation de la caméra. À partir du fait le plus banal, à travers la restitution de la durée vraie, De Sica dépose les éléments d’un univers spirituel, approfondit son sujet jusqu’à lui donner cette dimension intérieure par où se rejoignent tous les chefs-d’oeuvre. » Si les films de Chaplin, son idole, s’opposent à ceux de De Sica par leur nature burlesque, ils se rejoignent, par exemple dans Les Feux de la rampe (1952), dans la sensation de cauchemar, et surtout dans le constat de solitude dans laquelle se trouve chacun. Et celui qui, pour une raison ou pour une autre, est rejeté par la machine sociale, s’épuisera en vain à s’y faire une place. Zavattini était hanté par ce dialogue de sourds par quoi se définit, selon lui, la condition humaine. De Sica veut faire de leurs films des révélateurs, et c’est pour cela qu’ils ont choisi de ne pas conclure Umberto D. par un dénouement : « De fait, Umberto réclame davantage la solidarité du public que les autres personnages. C’est pourquoi il ne trouve pas à l’intérieur de la trame de solution à ses problèmes. Le public doit sentir la responsabilité et le devoir de trouver une solution au problème. », commente Zavattini. Umberto D., qui tient une place particulière dans le coeur de De Sica, est une douloureuse méditation sur la vieillesse, la solitude, l’incompréhension et le désespoir. 

 

Hommage

Le réalisateur a dédié ce film à son père dont Umberto était le prénom, le D.

renvoyant à De Sica. Mais il a toujours soutenu qu'il ne s'agissait pas de son histoire.

 

Zavattini en solo

Dans l’histoire de la collaboration artistique entre De Sica et Zavattini, c’est

le seul scénario parmi les quatre, après Sciuscia, Le Voleur de bicyclette

et Miracle à Milan, que Zavattini a signé complètement seul. Dans un texte

rédigé à propos de son métier, il disait : « Des hommes vivent autour de

nous, que font-ils ? Comment vivent-ils ? Vont-ils bien ? Souffrent-ils ?

Et pourquoi ont-ils mal ? »

 

Influences

L’influence de Chaplin, particulièrement du Kid, était déjà perceptible dans Le

Voleur de bicyclette. Avec Umberto D., c’est Une vie de chien qui vient souvent

à l’esprit, en raison de l’affection d’Umberto pour son chien Flike. De Sica

établit un rapport entre le sort réservé aux pauvres et celui des chiens errants

exterminés par la fourrière.

 

Néoréalisme

Si tous les acteurs du film, y compris Carlo Battisti qui joue le rôle-titre, sont

des non-professionnels, Vittorio De Sica a délibérément choisi de réaliser

les scènes d'intérieur en studio, rompant de fait avec la « charte » du

néoréalisme. En cela, Umberto D. marque la fin de la période néoréaliste

du cinéma italien, ouverte sept ans plus tôt avec Rome, ville ouverte de

Roberto Rossellini. La production cinématographique italienne qui suivit

Umberto D., décrivant des atmosphères beaucoup plus légères, avec des

moeurs plus relâchées et des conditions de vie bien meilleures, valut à ce

nouveau genre d'être qualifié de « néoréalisme rose ».





Umberto D.
Italie, 1952, 1 h 31, noir et blanc, format 1.37

Réalisation
: Vittorio De Sica
Scénario : Cesare Zavattini
Photo : Aldo Graziati
Musique : Alessandro Cicognini
Montage : Eraldo Da Roma
Décors : Italo Tomassi

 

Production : Vittorio De Sica via la Societa Produzioni de Sica (P.D.S.), Giuseppe Amato, Angelo Rizzoli.

Interprètes
: Carlo Battisti (Umberto Domenico Ferrari), Maria Pia Casilio (Maria, la servante), Lina Gennari (Antonia Belloni, la patronne de maison), Ileana Simova (la femme dans la chambre d'Umberto), Elena Rea (la soeur à l’hôpital), Memmo Carotenuto (le malade à l’hôpital)

 

Sortie en Italie : 20 janvier 1952
Sortie en France : 10 octobre 1952

Séances



Jeudi 10 juin à 19h00, LLE NON AFFECTE
Vendredi 11 juin à 21h00, LLE NON AFFECTE
Dimanche 13 juin à 16h30, LLE NON AFFECTE
Mardi 16 octobre à 20h30, Le Zola
Jeudi 18 octobre à 10h45, Cinéma Comœdia
Vendredi 19 octobre à 17h00, Pathé Bellecour (S2)



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