La ciociara

Vittorio De Sica

Italie, 1960


Rome, été 1943. Un violent bombardement ravage le quartier San Lorenzo. Cesira (Sophia Loren), une jeune veuve d’une trentaine d’années qui y tient une épicerie, décide de quitter la ville avec sa fille Rosetta, âgée de 13 ans. Elles se rendent à Sant’Eufermia, son village natal. En train, à dos de mule et à pied, et en dépit des attaques aériennes, la mère et la fille parviennent à destination. Grossie d’autres réfugiés, la population du village n’a d’autre souci que de subsister tant bien que mal, à l’écart de la guerre. Il y a là Michele (Jean-Paul Belmondo), un étudiant antifasciste que tous appellent le «professeur»…

Une carrière de metteur en scène de cinéma n’est pas toujours le reflet de sa propre volonté. Il est soumis à l’attraction qu’il exerce ou non sur le public… et sur les producteurs. Souvent, les projets sont légion et les projets abandonnés tout autant. À la fin des années cinquante, De Sica court vainement après les films ; il fera donc l’acteur. À partir du Toit (1956) et jusqu’à La ciociara (1960) (et en dehors de Anna de Brooklyn, une comédie qu’il coréalise avec Carlos Lastricati dans laquelle Gina Lollobrigida est excellente), il va essentiellement jouer la comédie… et affaiblir sa réputation en jouant dans des films indignes de lui. Il revient à la mise en scène avec La ciociara, adapté d’un roman d’Alberto Moravia et produit par Carlo Ponti. L’histoire se déroule à l’époque de la naissance du néoréalisme. Mais le film ne reprend aucune des caractéristiques du mouvement dont De Sica a été l’un des fondateurs : les personnages sont incarnés par des vedettes (Sophia Loren, de retour d’Amérique où elle a tourné avec Stanley Kramer, Sidney Lumet et George Cukor ; et Jean-Paul Belmondo, acteur consacré d’À bout de souffle et de Classe tous risques, déjà sortis), et l’intrigue est construite selon un plan dramatique doté de péripéties scénaristiques très écrites. Les qualités du film sont aux antipodes de ce qui avait plu chez De Sica, notamment son style fait de sobriété et de pudeur. Certains critiques de l’époque ne lui pardonneront guère, d’autres, comme Raymond Barkan qui écrit dans Le Progrès de Lyon, saluent cette évolution : « Aucun cinéaste n’avait si profondément plongé notre regard dans la décomposition politique et sociale de l’Italie de Mussolini. Il s’exhale du film une vision émue et douloureuse des horreurs de la guerre. La guerre ne s’y limite pas à accumuler les meurtres et à détruire les maisons, elle dégrade l’âme de l’homme, la ramène à ses réactions les plus égoïstes et les plus instinctives. Les hommes se soucient fort peu du régime qui suivra la guerre. Chacun n’est ni plus ni moins que ce qu’il est : parfois héroïque et généreux, mais plus souvent résigné, opportuniste, intéressé. » Le film a dans certaines scènes valeur de documentaire, tout en s’éloignant du lyrisme généreux qui avait jailli au début du néoréalisme. La ciociara est une oeuvre sincère à laquelle le temps a donné de la force et de la beauté et la performance de Sophia Loren lui donne crédit : celle qui porte le film de bout en bout (avec, précisons-le, un Belmondo formidable et bouleversant) ne reçut pas moins de vingt prix pour ce rôle, dont le Prix d’interprétation féminine à Cannes en 1961 et l’Oscar de la meilleure actrice en 1962. 

 

Origine

La ciociara, le surnom du personnage de Sophia Loren dans le film provient de la « ciocia », une chaussure très

simple, formée d’une semelle de bois ou parfois en peau de chèvre avec des lanières pour l’attacher au pied.

Par extension, une « ciociara » est une pauvre paysanne italienne qui les porte. Dans le film, Sophia Loren… n’en

porte pas. Elle a essayé au début du tournage, mais ces chaussures la blessaient, si bien que la compagnie

d’assurances est intervenue pour qu’elle ne les porte pas.

 

Mari et femme

Plusieurs histoires circulent sur l’arrivée de Loren dans le film.

Carlo Ponti, le producteur, l’aurait imposée pour jouer la fille,

contre la volonté d’Anna Magnani qui devait incarner la mère.

Magnani se retira. Autre version : Magnani, malade, suggéra

elle-même à De Sica, que Loren joue mère et fille. Jean A. Gili,

qui accompagnera la rétrospective, nous en dira plus.

 

Doublage

Dans la version française du film, Sophia Loren se double elle-même,

tout comme elle s’est doublée dans la version anglaise.

 

Loren toujours

Sa victoire aux Oscars fut historique : ce fut la

première fois qu’une actrice était récompensée pour

un film en langue non-anglo-saxonne. Un peu, plus

tard, comme Marion Cotillard avec La Môme.





La ciociara
Italie, France, 1960, 1 h 41, noir et blanc, format 1.66

Réalisation
: Vittorio De Sica
Scénario : Cesare Zavattini, Vittorio De Sica d’après le roman d’Alberto Moravia
Photo : Gabor Pogany
Musique : Armando Trovajoli
Montage : Adriana Novelli
Décors : Elio Costanzi
Costumes : Elio Costanzi

 

Production : Carlo Ponti, Joseph E Levine

Interprètes
: Sophia Loren (Cesira), Jean-Paul Belmondo (Michele), Eleonora Brown (Rosetta), Carlo Ninchi (Filippo, le père de Michele), Andrea Checchi (un fasciste), Raf Vallone (Giovanni), Emma Baron (Maria), Pupella Maggio (une paysanne), Bruna Cealti (une évacuée), Antonella Della Porta (la mère affolée)

 

Sortie en Italie : 23 décembre 1960
Sortie en France : 17 mai 1961

Séances



Samedi 26 juin à 16h30, LLE NON AFFECTE
Vendredi 19 octobre à 20h30, Cinéma Bellecombe
Dimanche 21 octobre à 19h30, Pathé Bellecour
Mercredi 14 octobre à 17h30, E CORDELIERS / LYON 2



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