Mariage à l’italienne

Vittorio De Sica

Italie, France, 1964


Issu d’une famille napolitaine aisée, Domenico Soriano (Marcello Mastroianni) rencontre dans un bordel Filumina Marturano (Sophia Loren), une femme d’origine modeste. Il en tombe amoureux et l’emmène. Au bout de vingt ans de concubinage, bien qu’elle ait toujours scrupuleusement joué son rôle de femme et de domestique, Filumena ne reçoit aucune proposition de mariage. Quand Domenico s’entiche d’une autre femme qu’il semble décidé à épouser, Filumena joue alors une dernière carte…

Dans les années cinquante et soixante, De Sica contribue au succès de la comédie à l’italienne qui domine alors le cinéma transalpin. N’hésitant pas à faire la satire de la petite bourgeoisie des villes, ces films reposent en grande partie sur la flamboyance des acteurs – ici, Sophia Loren et Marcello Mastroianni, en grande forme – et s’inspirent souvent de pièces contemporaines. Ainsi, Mariage à l’italienne est tiré de l’oeuvre du dramaturge Eduardo De Filippo, un des maîtres de la comédie napolitaine que l’auteur définit comme « une fusion tantôt harmonieuse, tantôt grinçante, du rire et des larmes, du grotesque et du sublime, du drame et de la comédie. » Le film de De Sica applique scrupuleusement ces principes. La pièce avait été portée à l’écran une première fois en 1951 par Eduardo De Filippo lui-même, qui incarnait également Domenico Soriano. Là, De Sica ajoute un autre ingrédient : une touche de screwball comedy, avec comme chez Hawks, McCarey ou Cukor, des comédiens qui éclatent de vie. « Sophia Loren défend sa dignité, écrit alors dans Le Monde Jacques Siclier, son idée du bonheur et sa volonté d’être respectée comme mère de famille. Mastroianni sait être veule et mufle et se transformer sous l’effet des révélations de Filumena. De Sica y a glissé pas mal de critique sociale. » Ici, le couple est en éternelle rupture et en perpétuel devenir. Ici, c’est la vie : les assiettes volent, les baisers s’échangent, les portes claquent, les lits craquent. « Mariage à l’italienne souligne la permanence du sens aigu des rapports humains dans l’oeuvre de De Sica, écrit Jean A. Gili dans Positif. Le film exalte la dignité d’êtres souffrants et opprimés. L’ancienne prostituée qu’un homme a tirée de la maison close pour en faire sa compagne n’en demeure pas moins prisonnière de son passé : le riche commerçant la traite comme une domestique, il cherche ainsi à lui rappeler son ancienne condition et la grandeur d’âme dont il a fait preuve en la recueillant. Mariage à l’italienne poursuit la représentation d’un univers culturel fait de violentes oppositions économiques, d’affirmations autoritaires et de détresses matérielles et morales. C’est un film dont la sincérité et l’émotion ont quelque chose de dérangeant. » 

 

Le trio

Le trio Marcello Mastroianni, Sophia Loren et Vittorio De Sica s’est formé trois fois.

D’abord en 1954 dans Dommage que tu sois une canaille d’Alessandro Blasetti,

De Sica était alors l’un des acteurs. Leur deuxième collaboration a eu lieu devant la

caméra du cinéaste pour Hier, aujourd’hui et demain en 1963. Et enfin l’année suivante,

ils se retrouvent pour Mariage à l’italienne.

 

L’humour est subjectif

Vittorio De Sica raconte : « Vous n’êtes pas sans ignorer qu’en Italie, je suis très populaire, du fait

des personnages de carabiniers que j’ai interprétés dans différents films. Aussi, lorsque je passe

devant un carabinier en Italie, je ne manque jamais de le saluer. Et c’est toujours en souriant que

le carabinier me rend mon salut. Un jour à Paris, je me suis amusé à saluer un policier. J’ai failli

être emmené au poste, le policier était convaincu que je me moquais de lui ! »

 

Figuration

Pour la figuration, le metteur en scène a souhaité jouer au maximum sur la vraisemblance, jusqu’aux

photographes italiens et aux reporters français. Puisque, soi-disant, « ils ont une manière spéciale d’opérer,

qu'aucun comédien n’est capable de les imiter », Vittorio De Sica a fait appel aux reporters-photographes

du Tout-Paris pour tenir leur propre rôle. Bien qu’ils aient alors avec eux leur appareil, ils n’avaient pas le

droit de prendre des photos.

 

Censure française et anglaise

Ce film a été à la fois interdit par la censure en Italie et en France. En France, les producteurs avaient reçu un avis

défavorable de la « précensure », les prévenant du risque d’interdiction, à cause d’une scène d’avortement et

d’un sujet immoral. Le réalisateur est revenu en France, quelques mois plus tard, tourner avec ses deux acteurs

deux nouvelles scènes, espérant ainsi pouvoir lever l’interdiction de diffusion. Il a également refusé de présenter

son film au Festival de Venise cette même année par « déférence pour la France ».

 

Casting

Une fois son acteur choisi, Nino Castelnuovo, remarqué chez Jacques Demy, il a fallu trouver sa

partenaire. Vittorio De Sica a parcouru la France, de casting en casting, recherchant une jeune femme

brune pas très grande. Son choix c’est finalement porté sur Christine Delaroche. Le reste de la

distribution est très étonnant : Sean Connery, Madeleine Robinson, Pierre Brasseur, Georges Wilson,

Françoise Brion et Isa Miranda.

 

Un assistant célèbre

Le premier assistant de Vittorio De Sica était Français. Il avait également accompagné Sergio Leone sur

Le Colosse de Rhodes (Il colosso di Rodi, 1961), Jean-Pierre Melville sur L’Aîné des Ferchaux (1963) ou

Claude Sautet sur L’Arme à gauche (1965). Son nom ? Yves Boisset, qui deviendra à son tour le grand

réalisateur qu’on connait, auteur de Un condé (1970), du Juge Fayard dit Le Shériff (1977), de Dupont

Lajoie (1975) ou de Jean Moulin (2002), montré pendant le festival. Il sera à Lyon pour partager ses

souvenirs de tournage aux côté de De Sica.





Un monde nouveau (Un mondo nuovo)
France, Italie, 1966, 1 h 23, noir et blanc, format 1.66

Réalisation
: Vittorio De Sica
Assistant réalisateur : Yves Boisset
Scénario : Cesare Zavattini
Photo : Jean Boffety
Musique : Michel Colombier
Montage : Paul Cayatte
Décors : Max Douy
Costumes : Tanine Autré

 

Production : Terra-Films (Paris), Majestic Films (Rome)

Interprètes
: Christine Delaroche (Anne), Nino Castelnuovo (Carlo), Madeleine Robinson (Margot), Pierre Brasseur (Le Grec), Georges Wilson (le « patron »), Françoise Brion (Martine), Tanya Lopert (Mary), Sean Connery (lui-même)

 

Sortie en France : 23 mars 1966
Sortie en Italie : 18 juin 1966

Séances



Mercredi 16 juin à 21h00, LLE NON AFFECTE
Jeudi 17 juin à 19h00, LLE NON AFFECTE
Mardi 16 octobre à 10h30, Pathé Bellecour (S2)
Mercredi 17 octobre à 20h30, Cinéma Opéra
Jeudi 18 octobre à 20h30, Pathé Carré de Soie
Samedi 20 octobre à 16h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Mardi 06 janvier à 14h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Mercredi 07 janvier à 17h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Vendredi 16 janvier à 19h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Dimanche 18 janvier à 14h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Mardi 13 octobre à 16h45, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Mercredi 14 octobre à 20h00, E VAISE / LYON 9
Jeudi 15 octobre à 20h00, MA MDP / PIERRE-BENITE
Dimanche 18 octobre à 11h00, MA COMOEDIA / LYON 7
Lundi 07 novembre à 16h15, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Jeudi 01 décembre à 20h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Dimanche 04 décembre à 16h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Dimanche 11 décembre à 14h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8



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