Le Voleur de bicyclette

Vittorio De Sica

Italie, 1948


Un ouvrier au chômage se voit offrir une place de colleur d’affiches qui peut les sauver de la misère, lui et sa famille. Il lui faut pour cela une bicyclette pour se déplacer. Sa femme vend leurs biens et met au clou tout ce qu’elle peut. Il finit par avoir son vélo et le travail tant espéré. Mais quelqu’un lui vole sa bicyclette…

« Admirablement construit sur une durée qui court du vendredi au dimanche et qui intègre une précise description de la ville, la triste aventure de Ricci, l’ouvrier à qui on vole sa bicyclette et qui, privé de son outil de travail, finit par tenter à son tour de dérober un objet vital, vaut autant par l’expression d’un désespoir individuel que par la revendication collective du droit au travail » a écrit récemment Jean A. Gili (in Le Cinéma italien, La Martinière, 2012). Le scénario du Voleur de bicyclette fut d’abord un roman, celui de Luigi Bartolini, que De Sica décide d’adapter. Pourtant, même après le succès planétaire de Sciuscia, il ne trouve pas de producteur. « Un jour, Selznick m’a proposé des millions. Mais il posait une condition : que Cary Grant interprétât le rôle de l’ouvrier. J’ai refusé malgré tous ces dollars dont j’avais besoin. » En France, De Sica va trouver les distributeurs qui avaient gagné le gros lot avec Sciuscia : ils lui répondent qu’ils n’achètent pas les films tout faits. En Angleterre, on lui propose une somme bien inférieure à celle nécessaire pour le financement. Ce sont finalement trois amis, Me Graziadei et Me Bernardi, deux avocats, et le comte Cicogna, qui l’aident. Pour des raisons économiques, De Sica cherche des acteurs non-professionnels : il trouve Lamberto Maggiorani (le père) dans une usine de Breda où il était tourneur, et Enzo Staiola (son fils) dans un camp de personnes déplacées à côté de Rome. Tous deux choisis, paraît-il, pour leur façon de marcher. Le sujet du film est davantage la solitude et la détresse du chômeur que le problème du chômage lui-même. Chaque séquence documentaire – les grands ensembles, le mont-de-piété, la messe des pauvres, la diseuse de bonne aventure, la cellule du Parti, le marché aux puces, les logements misérables – participe à la mise en place active du drame : le personnage principal entre en résonance avec toute cette humanité, qu’elle soit indifférente ou hostile. Une fois achevé, le film sort en Italie, puis circule dans les festivals internationaux. Il obtient le Grand Prix du Festival de Bruxelles, le Prix social du Festival de Locarno, le Ruban d’argent de Rome, l’Oscar du meilleur film étranger et d’autres encore. Mais sa sortie en Italie se passe beaucoup moins bien, et une presse indignée, niant l’intérêt et la valeur artistique du film, appelle au boycott. Surtout, le film est dénoncé comme véhiculant de la propagande communiste. De Sica et son scénariste et ami Cesare Zavattini sont désignés comme boucs émissaires de la guerre menée contre les intellectuels de gauche. L’oeuvre de De Sica cherche juste éperdument la fraternité humaine. Le Voleur de bicyclette n’est d’aucun bord politique et sa vérité est parvenue jusqu’à aujourd’hui de façon intacte : à travers l’errance d’un laissé-pour-compte, c’est un portrait juste et précis de l’Italie d’après-guerre. Et celui de toute l’humanité saisie par la détresse.

 

Classements mondiaux

Le Voleur de bicyclette fut longtemps classé dans tous les sondages

parmi les « meilleurs films de tous les temps », côtoyant Citizen Kane de Welles

ou Les Sept Samouraïs de Kurosawa – sans doute moins oubliés aujourd’hui. À

vérifier, donc, d’où ce retour bienvenu sur l’oeuvre de De Sica.

 

Henri Agel

« La faiblesse sensuelle des adultes,

toujours soulignée, et l’enfant, être infime et

désarmé, perdu dans l’espace, victime de

la veulerie des grands, incapables de se

passionner vraiment pour autre chose que

la satisfaction physique. » Henri Agel

(dans De Sica, en 1955, aux Éditions

universitaires), critique éminent. On écrivait

comme ça, à l’époque. Surtout quand on

puisait son inspiration au Vatican.

 

Financement difficile

La recherche de producteurs fut longue

et douloureuse, comme on l’a vu.

De Sica avait même le projet de tourner

le film simultanément en trois versions,

une italienne, une française et une anglaise,

comme cela se faisait dans les années

trente. Il souhaitait Gabin pour le doublage

français de l’acteur Lamberto Maggiorani.

 

Documento mensile

Une maison de production voulut lancer

un documentaire mensuel d’actualités qui grouperait

les efforts d’une équipe comprenant des écrivains,

des metteurs en scène, des journalistes et des acteurs.

Pour le premier numéro de Documento mensile,

Alberto Moravia composa une nouvelle cinématographique :

C’est la faute au soleil ; Visconti une Note sur un fait divers,

le meurtre d’une petite fille ; Carlo Levi

un Traité de démangeaison et De Sica un reportage

intitulé Autour du Voleur de bicyclette, qui retraçait

quelques phases du travail et évoquait

le tournage d’une scène qui avait été coupée

par la suite car jugée déplacée : il s’agissait de faire

pleurer Bruno (scène également évoquée dans

Nous nous sommes tant aimés de Scola).

Seul un numéro de la série vit le jour.

 

Tryptique

Sciuscia (1946), Le Voleur de bicyclette (1948)

et Miracle à Milan (1951) forment un ensemble

voulu par De Sica : « Le sens réel de mes films,

c’est la recherche de la solidarité humaine, la

lutte contre l’égoïsme et l’indifférence. »

Avec, de la tragédie du premier au quasi

burlesque du troisième, une évolution notable

dans le traitement et la mise en scène.





Le Voleur de bicyclette (Ladri di biciclette)
Italie, 1948, 1 h 33, noir et blanc, format 1.37

Réalisation
: Vittorio De Sica
Scénario : Cesare Zavattini, Vittorio De Sica, Adolfo Franci, Suso Cecchi D’Amico, Gherardo Gherardi, Guerardo Guerrieri d’après un roman de Luigi Bartolini
Photo : Carlo Montuori
Musique : Alessandro Cicognini
Montage : Eraldo Da Roma
Décors : Antonio Traverso

 

Production : Vittorio De Sica via la Societa Produzioni de Sica (P.D.S.), Giuseppe Amato.

Interprètes
: Lamberto Maggiorani (Antonio Ricci), Enzo Staiola (Bruno Ricci), Lianella Carell (Maria Ricci), Gino Saltamerenda (Baiocco), Vittorio Antonucci (le voleur), Giulio Chiari (le mendiant), Elena Altieri (la femme charitable)

Sortie en Italie : 24 novembre 1948
Sortie en France : 26 août 1949

Copie Restaurée : Artédis

Séances



Mercredi 16 juin à 19h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Dimanche 20 juin à 14h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Mardi 22 juin à 21h15, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Mardi 16 octobre à 20h30, Espace Culturel Eole
Mercredi 17 octobre à 14h30, Pathé Bellecour
Jeudi 18 octobre à 14h30, Cinéma Les Alizés
Samedi 20 octobre à 15h00, UGC Astoria
Dimanche 21 octobre à 17h10, Pathé Cordeliers
Samedi 03 novembre à 18h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Mardi 06 novembre à 19h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Mercredi 07 novembre à 21h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Mercredi 19 février à 19h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Jeudi 20 février à 16h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Vendredi 21 février à 14h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Samedi 22 février à 16h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Dimanche 23 février à 16h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8



  • Partenaires médias :
  • France Télévision 2012
  • France Inter 2012
  • Variety 2012
  • Le Monde 2012
  • Studio Live 2012
  • Petit Bulletin 2012
  • Evene 2012
  • Télérama 2012