Lettre d’une inconnue

Max Ophuls

Etats-Unis, 1948


Lisa Berndle (Joan Fontaine) n’est âgée que de 15 ans mais est follement amoureuse de Stefan Brand (Louis Jourdan) qui en a 25. N’ayant que son amour en tête, Lisa se cabre lorsque sa mère (Mady Christians) lui annonce qu’elle se remarie et qu’il va falloir quitter Vienne pour aller habiter Linz. Trois ans plus tard, Lisa est autorisée à retourner à Vienne. Elle s’arrange pour retrouver Stefan, mais celui-ci ne reconnaît pas son ancienne petite voisine…

En 1938, Ophuls devient citoyen français, mais la défaite de 1940 l’oblige à un nouvel exil. Après une adaptation filmée de L’École des femmes (avec Louis Jouvet et Madeleine Ozeray) qui restera inachevée, il quitte la France pour les États-Unis où, dans un premier temps, il ne parvient ni à s’imposer ni même à travailler. Après un film produit par Howard Hughes (Vendetta, en 1946) qui le renvoie, il réalise l’année suivante The Exile (L’Exilé) avec Douglas Fairbanks Jr, que Truffaut jugeait « excellent » (dans Les Films de ma vie). Mais c’est Lettre d’une inconnue qui va lui permettre de retrouver confiance, gloire et crédibilité : le film est une adaptation magnifique de la nouvelle de Stefan Zweig, autre génie exilé, à la destinée tragique – lorsque Max Ophuls adapte sa nouvelle, l’écrivain, émigré au Brésil, s’est suicidé six ans auparavant. Cette rencontre d'Ophuls et de Zweig est un joyau ciselé au coeur de la machinerie hollywoodienne. À l’intérieur du système des studios qu’on ne transgresse pas aisément, le cinéaste impose tout ce qui porte sa marque : la Vienne du début du siècle, le romantisme du manque, des adieux, des retrouvailles, un air de Franz Liszt, une femme victime de sa passion et de l’égoïsme masculin. Joan Fontaine raconte que lorsqu’elle pénétrait sur le plateau, accompagnée de Louis Jourdan, « Ophuls leur transmettait si bien l’atmosphère de cette époque qu’ils devenaient de réels Viennois et en oubliaient instantanément la vie tourbillonnante d’Hollywood. » De son côté, Joan Fontaine n’est pas pour rien dans la réussite du film et le souffle miraculeux qui l’irrigue. Incarnant successivement une jeune fille de 15 et 18 ans, puis une jeune femme de 29 ans, elle relève le défi avec intelligence et brio : jamais mièvre, toujours ardente et sensible, elle sera l’une des plus belles héroïnes du réalisateur, ces personnages qui voient sombrer leur aspiration au bonheur dans les jeux truqués de l’amour et du plaisir. Les émotions les plus intimes des personnages sont communiquées par leur simple évolution dans un espace que le cinéaste dessine avec la caméra ; la mise en scène épouse la démarche de Lisa, et celle du rêve, qui se brisera. « Ophuls n’a jamais été plus lui-même que dans cette Vienne admirablement reconstituée en studio, écrit Jacques Lourcelles dans son inestimable Dictionnaire du cinéma. Il y a dessine un portrait de femme amoureuse – amoureuse sans espoir – dont la délicatesse et la mélancolie glissent lentement et inexorablement vers le sublime. » 


Vendetta

Max Ophuls n’aura pas eu à rougir de son renvoi de Vendetta, qui devait être son premier film américain :

Stuart Heisler, Preston Sturges et même son propre producteur Howard Hughes s’y cassèrent les dents.

Le film fut finalement signé par l’acteur Mel Ferrer, et ne sortit qu’à la fin de l’année 1950.

Ophuls était alors rentré en France.

 

Scénario

Howard Koch, qui a écrit le scénario de Lettre d'une inconnue, avait signé celui de Casablanca,

pour lequel il reçut l’Oscar de la meilleur adaptation. Il sera par ailleurs blacklisté en 1951.

 

Greta Garbo

Ce fut ce film qui incita Greta Garbo à choisir Max Ophuls pour son retour au cinéma,

après huit ans d’absence. Elle fit des essais pour une Duchesse de Langeais qui ne vit jamais le jour.

Après cet épisode, Garbo renonça définitivement au cinéma.

 

Neige en Californie

La neige est omniprésente à Vienne et encore plus dans le film de Max Ophuls. Lors du tournage

en Californie, où il avait reconstitué le décor de la ville, il décida qu’il lui fallait une importante

chute de neige. Dans un louable souci de vérité, il voulut de la vraie neige. Ainsi, cent vingt tonnes

de glace furent pulvérisées sur le plateau, où la température ressentie était de -3°.

 

Costume

Dans le film, Joan Fontaine, devait, selon les exigences du scénario, porter une

robe de fille pauvre, usagée et rapiécée. Celle-ci fut créée par le grand couturier

américain Travis Banton, en charge des costumes. La robe, taillée dans un vieux tissu

inutilisable, ne coûta, malgré la signature illustre de son créateur, que 2,75 dollars.





Lettre d’une inconnue
(Letter from an Unknown Woman)
États-Unis, 1948, 1 h 27, noir et blanc, format 1.37

Réalisation
: Max Ophuls (crédité Max Opuls au scénario) 

Scénario : Max Ophuls, Howard Koch d’après la nouvelle de Stefan Zweig
Photo : Frank Planer
Musique : Daniele Amfitheatrof
Montage : Ted J. Kent
Décors : Russel A. Gaussman, Ruby R. Levitt (avec la collaboration de Charles Baker)
Costumes : Travis Banton

 

Production : John Houseman, Rampart Prod., Universal

Interprètes
: Joan Fontaine (Lisa Berndle), Louis Jourdan (Stefan Brand), Mady Christians (Madame Berndle), Marcel Journet (Johann Stauffer), Art Smith (John, le domestique), Carol Yorke (Marie), John Good (Lieutenant Léopold von Kaltnegger), Howard Freeman (Monsieur Kastner), Otto Waldis (le concierge), Léo B. Pessin (Stefan Jr), Sonja Bryden (Madame Spitzer), Erskine Sanford (le portier)

 

Sortie aux États-Unis : 28 avril 1948
Sortie en France : 5 novembre 1948

Copie Restaurée : La Rabbia

Séances



Jeudi 02 septembre à 21h15, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Vendredi 03 septembre à 21h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Mercredi 17 octobre à 14h00, Cinéma Comœdia
Jeudi 18 octobre à 20h30, Alpha Cinéma
Vendredi 19 octobre à 20h30, UGC Astoria
Samedi 20 octobre à 19h30, Pathé Bellecour
Samedi 27 octobre à 20h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Mercredi 31 octobre à 19h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Jeudi 01 novembre à 21h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Mercredi 26 février à 19h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Jeudi 27 février à 14h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Vendredi 28 février à 19h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Samedi 01 mars à 20h45, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Dimanche 02 mars à 18h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Mercredi 12 octobre à 21h45, MA COMOEDIA / LYON 7
Jeudi 13 octobre à 16h15, MA COMOEDIA / LYON 7
Jeudi 13 octobre à 21h30, MA LA FOURMI / LYON 3
Samedi 15 octobre à 20h30, ASTORIA / LYON 6



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