Madame de…

Max Ophuls

France, Italie, 1953


Madame de… (Danielle Darrieux) est l’épouse frivole d’un général d’artillerie, aristocrate fortuné (Charles Boyer). Pour éponger quelques dettes, elle vend à son bijoutier des boucles d’oreilles offertes par son mari, qu’elle feint ensuite d’avoir perdues. L’affaire fait grand bruit, mais le bijoutier, accommodant, sauve la situation en revendant le joyau au mari, qui l’offre à sa maîtresse, qui le perd au jeu. Le parcours mouvementé du bijou aura des conséquences dramatiques…

La belle histoire posthume des cinéastes célèbres n’est pas toujours le reflet parfait de leur existence vécue. Il en va de même pour les grands films dont le destin immédiat ne fut parfois pas si glorieux. Ainsi, après Le Plaisir (dépassement du budget, accueil critique très réservé – qui l’imaginerait, à voir l’aura de perfection qui l’accompagne depuis), aucun producteur ne voulait plus entendre parler de Max Ophuls. Pour retrouver le chemin des plateaux, le cinéaste doit accepter une proposition d’Henri Deutschmeister : adapter Madame de…, un roman publié deux ans auparavant par Louise de Vilmorin. Outre que les conditions sont draconiennes, Ophuls n’est pas très emballé, trouvant le roman bien maigre. Mais sa construction le séduit : « Il y a toujours le même axe, autour duquel l’action tourne sans cesse, tel un carrousel. Un axe minuscule, à peine visible : une paire de boucles d’oreilles. Cela me rappelle le Boléro de Maurice Ravel : là encore, autour d’un minime axe mélodique, tourne et se développe, se complique constamment l’action ou, plus exactement, la matière harmonique. » Max Ophuls retravaille, une fois de plus, avec Danielle Darrieux : « Votre tâche sera dure, lui écrit-il. Vous devrez, armée de votre charme, de votre beauté, de votre intelligence, que nous admirons tous, incarner le vide, l’inexistence. Non pas remplir le vide, mais l’incarner. Vous deviendrez sur l’écran le symbole même de la futilité passagère, dénuée d’intérêt. » Danielle Darrieux réussit ce pari avec brio, entre fragilité et frivolité sérieuse. On se retrouve à ses côtés Vittorio De Sica, passé devant la caméra pour l’une de ses meilleures interprétations – il témoignera aussi de son plaisir de tourner aux côtés d’une comédienne qu’il a toujours admirée. On est en présence d’une héroïne ophulsienne exemplaire : toute frivolité l’abandonne pour ne plus laisser subsister que son coeur mis à nu. Cet itinéraire recoupe celui de Christine dans Liebelei, de Lisa dans Lettre d’une inconnue. Madame de… pourrait être l’arrière-petite cousine de la princesse de Clèves. 

« Ophuls s’intéressait moins aux choses qu’à leur reflet, disait Truffaut, il n’aimait filmer la vie qu’indirectement, par ricochet. Le premier traitement de Madame de…, refusé par la production, prévoyait que le récit serait entièrement vu dans les miroirs, sur les murs et les plafonds. » Car si la narration intéressait Max Ophuls, il fallait qu’elle serve et soit servie par une recherche plus formelle. Cet auteur que l’on crut frivole, Jacques Rivette le résuma ainsi : « Un analyste impitoyable dont les grâces menteuses ne veulent pas dissimuler la vérité. » C’est tout le sujet de Madame de…


Postiche

Contre l’avis du metteur en scène, Charles Boyer porte une fine moustache

assortie à l’argent de ses tempes et une perruque, pour donner l’impression

de faire dix ans de moins.

 

Réclamation

Un général d’état-major fit savoir qu’il ne pourrait vraiment prendre au

sérieux ce film puisque, selon lui, la disposition des couleurs sur la cocarde

portée par le général n’était pas exacte. Ophuls commenta cette attaque

ainsi : « Ce général est un spectateur idéal, un spectateur rêvé : quel sens

de l’observation ! Quel amour des détails ! ». Il s’avèrera que la fameuse

cocarde présente à l’écran était une authentique cocarde, procurée par un

tailleur militaire spécialisé - et d'ailleurs, le film était en noir en blanc.

 

Décor

La direction de l’Opéra de Paris a longuement hésité avant de prêter le

grand escalier pour tourner une des scènes du film. Ophuls a même

envisagé de reconstituer cet escalier en studio.

 

Couple réuni

En 1936, Danielle Darrieux, alors adolescente, tourne pour la première fois

avec Charles Boyer dans Mayerling d’Anatole Litvak. Depuis, ils n’avaient

jamais retourné ensemble. Dix-sept ans après, en 1953, de nouveau à Paris,

ils repartagent l’affiche dans le film de Max Ophuls. Ce sera, comme la

première fois, le costumier Georges Annenkov qui les habillera.

 

Les infos qu'on aime bien

Grâce à un entretien avec Philippe Roger, qui l’a longuement

interrogé sur ses années de monteur et d’assistant d’Ophuls,

on sait que Jean Sacha a aussi réalisé la bande-annonce de Madame de…

Jean Sacha est un réalisateur de films populaires des années cinquante

et soixante – il compta comme assistants Yves Boisset

et Bertrand Tavernier.





Madame de…
France, Italie, 1953, 1 h 40, noir et blanc, format 1.37

Réalisation
: Max Ophuls
Scénario : Max Ophuls, Marcel Achard, Annette Wademant d’après le roman de Louise de Vilmorin
Dialogues : Marcel Achard
Photo : Christian Matras
Musique : Georges Van Parys, Oscar Strauss, d’après les thèmes de Christoph Willibald von Glück, Giacomo Meyerbeer
Montage : Boris Lewin
Décors : Jean d’Eaubonne
Costumes : Georges Annenkov

 

Production : Henri Deutschmeister pour Franco London Films SA (Paris), Indus-Films (Paris), Rizzoli Film (Rome)

Interprètes
: Danielle Darrieux (Madame de…), Charles Boyer (le général André de…), Vittorio De Sica (le baron Fabrizio Donati), Jean Debucourt (Monsieur Rémy, le bijoutier), Jean Galland (Monsieur de Bernac), Mireille Perrey (la nourrice), Paul Azaïs (le premier cocher), Serge Lecointe (Jérôme Rémy), Hubert Noël (Henri de Maleville, soupirant de Madame de…), Lia di Leo (Lola, la maîtresse de Monsieur de…), Guy Favières (Julien)


Sortie en France : 16 septembre 1953
Sortie en Italie : 12 novembre 1953

Copie Restaurée : Gaumont

Séances



Jeudi 02 septembre à 19h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Samedi 04 septembre à 21h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Mardi 16 octobre à 21h45, Pathé Bellecour
Jeudi 18 octobre à 14h00, IRIS
Vendredi 19 octobre à 16h40, Pathé Cordeliers
Samedi 20 octobre à 19h15, Cinéma Comœdia
Mercredi 31 octobre à 21h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Vendredi 02 novembre à 19h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8



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