Sans lendemain

Max Ophuls

France, 1940


La double vie d’Evelyne Morin (Edwige Feuillère), une femme du monde qu’un mariage malheureux a contrainte à devenir entraîneuse à Pigalle pour pouvoir élever son fils. Elle retrouve son premier amour, un médecin canadien (Georges Rigaud), et s’efforce de lui cacher la vérité …

Sans lendemain, qui fait partie de la « première période » française d’Ophuls, est une oeuvre rare, injustement méconnue, illuminée par la beauté d’Edwige Feuillère, comédienne française aussi célébrissime à son époque que très oubliée aujourd’hui. Le film fut produit par Gregor Rabinovitch, un Ukrainien installé en France, qui avait remporté en 1938 avec Quai des brumes un succès imprévu. Succès avec lequel il désirait renouer (il avait, juste après, produit J’étais une aventurière de Raymond Bernard et Battement de coeur d’Henri Decoin), sur le plan dramatique, stylistique… et financier. On retrouve, grâce entre autres à la photographie de l’expérimenté chef opérateur allemand Eugen Schüfftan (qui, en plus d’avoir signé la photo de Quai des brumes, fut un fidèle collaborateur d’Ophuls, qu’il accompagna dès son premier court métrage), une atmosphère de désespoir, une ambiance nocturne propre au réalisme poétique du cinéma français de ces années-là. « Le film est né de mes impressions parisiennes, raconta Ophuls, des épisodes vécus au cours de nombreuses nuits, dans des endroits et parmi des personnages dont la seule évocation choque le bon bourgeois… J’ai toujours été attiré par l’univers des souteneurs et des filles ; j’ai souvent rêvé de faire un film consacré à ce sujet, dont le scénario serait dû à un Maupassant moderne. » Max Ophuls traduit dans Sans lendemain l’état politique et moral de la France, telle qu’il l’a trouvée à son arrivée : veulerie des hommes, laideur de Paris, imprégné de néons de music-hall et d’appartements bourgeois. Le réalisateur a vu de ses yeux la montée en puissance du nazisme, et son triomphe. Sans lendemain en porte indubitablement la marque. Pourtant, en ces heures sombres, Ophuls rêvait toujours d’un cinéma international : Schüfftan et lui étaient allemands, Hans Wilhelm autrichien, Georges Rigaud argentin, Edwige Feuillère française. Celle-ci se souvient : « Ophuls n’était pas seulement un grand cinéaste, mais aussi un grand directeur d’acteurs qui avait dirigé de nombreuses pièces de théâtre en Allemagne et en Autriche. Nous répétions d’abord chaque scène comme sur les planches. Pour cela, il faisait évacuer tout le personnel, y compris les techniciens. Puis nous faisions une nouvelle répétition pour Eugen Schüfftan. » On retrouve dans Sans lendemain la détestation du plan fixe de Max Ophuls, aboutissant à ce style en arabesques et à l’élégance de la mise en scène qui est sa marque. Un style qui franchit le temps par sa légèreté autant que par sa gravité, et qui définit la modernité d’Ophuls : la forme fait le fond. Soixante ans plus tard, Didier Péron peut ainsi écrire dans Libération : « On s’aperçoit à quel point la frénésie du cinéaste tente déjà désespérément d’animer un monde en proie à l’entropie réactionnaire, à un monde privé d’amour et saturé de rapports de force. » 

 

Carrière du film

Le film fut tourné entre janvier et avril 1939, mais sa sortie, retardée par la déclaration de

guerre de septembre, n’eut lieu qu’en décembre 1939, à Alger. À Paris, Sans lendemain

fit l’inauguration en 1940 du cinéma Le Français, en soirée de gala au profit du

Syndicat de la Presse, puis sortit le 22 mars.

 

Georges Rigaud

Né à Buenos Aires en 1905, de son vrai nom Pedro Jorge Rigato Delissetche, Georges

Rigaud (ou Jorge Rigaud) fit sa carrière entre l’Europe et l’Amérique latine. Parfois les deux,

quand il tournait des films en Espagne à la glorieuse époque des « westerns spaghettis ».

Il est mort en 1984, après une carrière invraisemblable qui le vit travailler de Quatorze

juillet de René Clair en 1933 à des séries B des années soixante, à des mélos mexicains

et jusqu’à Paco l’infaillible de Didier Haudepin en 1979.

 

Censure

Ophuls dit qu’il n’a jamais vu une copie non censurée de ce film dans le monde.

 

Gloire de l’argentique

Le festival Lumière est un festival de copies restaurées, qu’elles soient en 35mm

ou en numérique haute définition (désormais très fréquent). Mais il y a, dans la

programmation, des films dont ne subsiste qu’une seule copie 35 d’époque ou quasi.

C’est le cas de Sans lendemain. Le film n’a pas (encore) fait l’objet d’une restauration.

Dans la préparation du festival, l’émotion de voir une bobine de cette copie unique

fut extrêmement intense. Emotion dont on espère qu’elle sera partagée.





Sans lendemain
France, 1940, 1 h 22, noir et blanc, format 1.37

Réalisation
: Max Ophuls 

Scénario : Hans Wilhelm
Dialogues : André-Paul Antoine
Adaptation : Hans Wilhelm et Hans Jacoby
Photo : Paul Portier et Eugen Schüfftan
Musique : Allan Gray
Montage : Jean Sacha et Bernard Séjourné
Décors : Max Douy et Eugène Lourié
Costumes : Laure Lourié

 

Production : Gregor Rabinovitch pour Inter-Artistes Films

Interprètes
: Edwige Feuillère (Evelyne Morin), Georges Rigaud (Georges Brandon), Daniel Lecourtois (Armand Perreux), Paul Azaïs (Henry Deschamps), Michel François (Pierre, le fils d’Evelyne), Georges Lannes (Paul Mazureau), Mady Berry (la concierge d’Evelyne), Gabriello (Mario), Jane Marken (Madame Michu, la concierge de la pension), Pauline Carton (Ernestine, la bonne)

 

Sortie en France : 22 mars 1940

Séances



Mardi 21 septembre à 19h00, LLE NON AFFECTE
Jeudi 23 septembre à 19h00, LLE NON AFFECTE
Jeudi 18 octobre à 14h15, Cinéma Comœdia
Dimanche 21 octobre à 14h30, Institut Lumière



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