Le Plaisir

Max Ophuls

France, 1952


Trois nouvelles adaptées de Maupassant, sur le thème du plaisir : Le Masque : un homme court les bals, infatigable et désespéré. Victime d’une attaque, il est ramené par un médecin (Claude Dauphin) chez son épouse (Gaby Morlay) qui lui raconte l’histoire de son mari... La Maison Tellier : la tenancière d’une maison close (Madeleine Renaud) emmène ses pensionnaires à la première communion de sa nièce, fille de son frère (Jean Gabin)… Le Modèle : un couple de jeunes artistes (Simone Simon et Daniel Gélin) s’aime à la folie, jusqu’au jour où la lassitude s’installe…

« Toute chose a son temps, on ne peut pas s’amuser toujours » écrit Guy de Maupassant, l’un des auteurs favoris d’Ophuls. Pour le deuxième acte de sa « deuxième période française », le cinéaste livre une oeuvre extraordinairement accomplie, et tenue par de nombreux spécialistes comme la plus belle de toutes. Trilogie sur le drame éternel du plaisir, trois aspects de ses prestiges et de ses tristesses, de ses fêtes et de ses orages, avec ses arcs-en-ciel de poésie et de pureté, Le Plaisir, qui s’inspire d’histoires contées par l’ombre de Maupassant, incarné par Jean Servais, est le plus parfait aboutissement des recherches d’Ophuls. « La plus belle scène de toute l’oeuvre, écrit Noël Herpe dans 1895, est sans doute celle où Gabin, après le départ des filles de la maison Tellier, s’en retourne mélancoliquement chez lui, dans un mouvement d’une lenteur inhabituelle et qui paraît vouloir prolonger à l’infini l’éphémère. » Tout Ophuls est là. On retrouve la plénitude déjà ressentie dans Lettre d’une inconnue. Le Masque, La Maison Tellier et Le Modèle sont les trois volets de la même question : par-delà ce visage que l’homme interroge dans le miroir et par-delà le miroir lui-même, qu’y a-t-il ? De l’avis de Jean-Luc Godard, « chaque volet, même séparé des autres, resterait beau. Il n’empêche qu’il vaut mieux le voir en entier. Que serait le plaisir sans l’amour et la mort ? » Claude Beylie, ophulsien parmi les ophulsiens, y voit un triptyque « tel qu’en peignaient les artistes du Moyen-Âge et dans lequel le volet droit et gauche répondent symétriquement au panneau central. La voix du narrateur, personnage d’ombre, est d’ailleurs là pour relier subtilement entre eux les trois épisodes. » La leçon prolonge celle de La Ronde : à tout âge, le plaisir est facile, mais contrecarre souvent le bonheur. La légendaire conclusion : « Le bonheur n’est pas gai », ne dit rien de la tourbillonnante folie du film. « Écriture silencieuse, écrit Barthélemy Amengual dans son Réalisme au cinéma (Nathan), tant la caméra évolue souplement, furtivement, délicatement. Ce n’est plus un regard, c’est une pure mémoire. » « La caméra d’Ophuls, ajoute-t-il de façon splendide, ne craint pas les vertiges ». Ophuls, l’amoureux des femmes, fait tourner de nouveau Danielle Darrieux, qui incarne l’une des pensionnaires de la maison Tellier (et qui tape dans l’oeil de l’impayable Gabin car le film, dans le deuxième sketch, est souvent drolatique). Le cinéaste offre une mise en scène d’une beauté renversante, faisant glisser sa caméra comme par magie par la grâce de travellings étourdissants. Une élégance aérienne alliée à une profondeur de sentiments et, simplement, à la pudeur. 


Film à sketches

Après La Ronde qui avait été un succès, les producteurs réclamaient à Max Ophuls

un autre film à sketches. Max Ophuls souhaitait adapter une autre nouvelle de Maupassant,

La Femme de Paul, mais la réalisation fut jugée trop coûteuse.

 

Contrition

Godard écrira en 1958 que « les Cahiers du

Cinéma rougissent encore de ne pas avoir parlé,

à l’époque de sa sortie, du Plaisir d'Ophuls ».

André Bazin n’en était pas fou.

 

Film à sketches

Après La Ronde qui avait été un succès, les producteurs réclamaient à Max Ophuls

un autre film à sketches. Max Ophuls souhaitait adapter une autre nouvelle de Maupassant,

La Femme de Paul, mais la réalisation fut jugée trop coûteuse.

 

Retour au cinéma

Après huit ans d’absence sur les écrans pour cause de théâtre, Madeleine Renaud

fait son retour au cinéma pour incarner la tenancière de la maison Tellier.

 

Sortie en salles

Le Plaisir a commencé sa carrière parisienne au Rex et au Normandie. Cette sortie avait été précédée d’une

campagne publicitaire très organisée. La première mondiale eut lieu à Fécamp (Normandie), au Fécamp-Palace,

en présence de Danielle Darrieux, de Gaby Morlay, de Paulette Dubost et de Max Ophuls. Le choix de Fécamp

correspondait aux nombreux attachements de Maupassant à cette ville. La présentation du film était accompagnée

d’une visite de la maison de l’écrivain et d’un déjeuner gastronomique.

 

Jacques Natanson

Ne jamais oublier les scénaristes.

Jacques Natanson écrivit deux autres

films d’Ophuls (De Mayerling à Sarajevo

et La Ronde, pour lequel il fut nommé à

l’Oscar). Il est aussi l’auteur de la

Dame aux camélias de Raymond

Bernard. Il a enfin écrit les dialogues

de nombreux films, des années trente

aux années cinquante.

 

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Le Plaisir
France, 1952, 1 h 33, noir et blanc, format 1.37

Réalisation
: Max Ophuls

Scénario : Jacques Natanson, Max Ophuls d’après trois contes de Guy de Maupassant : Le Masque, La Maison Tellier et Le Modèle.
Dialogues : Jacques Natanson
Photo : Christian Matras, Philippe Agostini
Musique : Joe Hajos
Montage : Léonide Azar
Décors : Jean d’Eaubonne
Costumes : Georges Annenkov


Production
: Édouard Harispuru, Stera Films et CCFC

 

Interprètes :
Le Masque : Claude Dauphin (le docteur), Gaby Morlay (la femme du « masque »), Jean Galland
(« le masque »), Gaby Bruyère (la danseuse)
La Maison Tellier : Madeleine Renaud (Madame), Ginette Leclerc (Carmen), Mila Parély (Raphaele), Danielle Darrieux (Rosa), Jean Gabin (Rivet), Pierre Brasseur (le commisvoyageur), Paulette Dubost (Fernande), Mathilde Casadesus (Madame Louise dite « Cocotte »)
Le Modèle : Daniel Gélin (Jean, le peintre), Simone Simon (Joséphine, le modèle), Jean Servais (l’ami de Jean)

 

Sortie en France : 29 février 1952

Copie Restaurée : Gaumont

Séances



Mardi 14 septembre à 21h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Jeudi 16 septembre à 21h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Mardi 16 octobre à 17h00, Cinéma Comœdia
Mercredi 17 octobre à 20h30, Le Méliès
Vendredi 19 octobre à 14h00, Pathé Bellecour
Dimanche 21 octobre à 15h30, UGC Astoria
Dimanche 28 octobre à 14h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Mardi 30 octobre à 19h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8



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