Les Désemparés

Max Ophuls

Etats-Unis, 1949


Lucia Harper (Joan Bennett) vit avec ses deux enfants et son beau-père dans leur belle villa de Balboa. Son mari souvent absent, elle doit veiller seule à la bonne organisation du foyer. Lorsqu’elle apprend que sa fille, Bea (Geraldine Brooks) a une liaison avec l’escroc Ted Darby (Shepperd Strudwick), elle lui ordonne d’y mettre fin immédiatement. Mais l’entrevue entre les deux jeunes gens tourne mal et Darby est tué. Lucia retourne sur les lieux et se débarrasse du corps…

Le quatrième film d’Ophuls tourné aux États-Unis est adapté d’un polar d’Elisabeth Sanxay Holding, auteur pour magazines féminins (essentiellement mais pas seulement : elle a été traduite dans la Série Noire avec des polars durs). Max Ophuls est visiblement mal à l’aise avec le scénario et n’a pu que très partiellement le retravailler. Mais lorsqu’il arrive sur le plateau, il surprend d’emblée son équipe en annonçant sa volonté de filmer de longs plans dans l’hôtel où vit Ted Darby. Les techniciens du studio sont d’abord récalcitrants devant la difficulté technique proposée par Ophuls. Mais face à sa capacité à réaliser de telles prouesses, l’équipe finit par s’incliner. Sa mise en scène transforme le film : travellings somptueux, ombres et lumières parfaites, mouvements de caméra en arabesques. Le réalisateur impose la présence des êtres et des choses, la place solitaire au petit jour, la vaste salle de séjour, point de départ de la vie quotidienne ; il nous ramène vite à son univers : l’illusion du bonheur, les risques de l’amour véritable. Il donne à voir « un mode de vie où l’aliénation de l’individu fait rage. Cette entreprise de destruction commence au sein même du foyer ; la demeure de la famille Harper paraît tout d’abord idyllique : malgré l’absence du père, la famille est extrêmement vivante. Par ailleurs, la maison bénéficie de tout le confort moderne et semble chaleureuse. Mais ce “sweet home” révèle rapidement son caractère oppressant. » Joan Bennett incarne un type assez original d’héroïne ophulsienne, moins détachée et mélancolique que Danielle Darrieux ou Joan Fontaine, opiniâtre, autoritaire, presque virile. « La cage invisible et mobile qui l’enserre prend la forme, comme toujours chez Ophuls, de longs plans-séquence en travellings, qui précèdent ou emboîtent le pas de l’actrice en perpétuel déplacement. Joan Bennett arpente les plans comme autant de champs de bataille. » a écrit récemment Jean-Marc Lalanne dans Les Inrockuptibles. Face à elle, James Mason, en maître-chanteur, oppose une délicatesse embarrassée tout à fait inattendue. Ce film trouble et troublant dissimule une substance très riche sous l’apparence d’une chronique provinciale américaine. Ophuls y pactise avec les codes hollywoodiens pour mieux les détourner. Réalisé en moins de trente jours, avec un budget modeste, Les Désemparés est un film noir très personnel, un adieu à l’Amérique porté par deux monstres : Joan Bennett et James Mason. C’est aussi l’un des films les plus rares de Max Ophuls, à découvrir absolument. 

 

Scène modifiée

Au départ, la scène où la mère déplace le corps du petit ami de sa fille jusqu’au

bateau devait être tournée comme un seul plan-séquence (ce qui permettait à

Ophuls de rendre un court hommage au néoréalisme de Rossellini qu’il adulait),

mais le studio y a vu « un délitement trop dangereux du récit susceptible de

déstabiliser le spectateur ». La scène est finalement composée de multiples plans,

avec des angles de prises de vue différents.

 

Manie

Dans ce film, Ophuls fait chuter Lucia Harper dans

les escaliers de sa villa, tout comme l'héroïne de son

film Divine (1935) sur les planches et comme plus

tard Lola sur son trapèze.

 

On dit que…

Le film évoque un autre film américain,

tourné deux ans plus tôt,The Woman on the Beach

(La Femme sur la plage, 1947) de Jean Renoir et il inspirera

Clash by Night (Le Démon s’éveille la nuit, 1952) de Fritz Lang.

 

Version 2001

Un deuxième film a été réalisé aux États-Unis

à partir du roman d’Elisabeth Sanxay Holding :

The Deep End (Bleu profond, 2001) réalisé par

Scott McGehee et Davbid QSiegel avec

Tilda Swinton.





Les Désemparés (The Reckless Moment)
États-Unis, 1949, 1 h 19, noir et blanc, format 1.37

Réalisation
: Max Ophuls 

Scénario : Henry Garson, Robert W. Soderberg d’après le roman Au pied du mur / The Blank Wall d’Elisabeth Sanxay Holding
Adaptation : Mel Dinelli, Robert E. Kent
Photo : Burnett Guffey
Musique : Hans Salter
Montage : Gene Havlick
Décors : Frank Tuttle
Costumes : Jean Louis

 

Production : Walter Wanger

Interprètes
: James Mason (Martin Donnelly), Joan Bennett (Lucia Harper), Geraldine Brooks (Béatrice Harper), Henry O’Neill (Monsieur Harper), Shepperd Strudwick (Ted Darby), David Bair (David Harper), Roy Roberts (Nagle)

 

Sortie aux États-Unis : 17 octobre 1949
Sortie en France : 17 janvier 1951

Séances



Samedi 11 septembre à 18h30, LLE NON AFFECTE
Mardi 16 octobre à 14h45, Pathé Bellecour (S2)
Samedi 20 octobre à 17h15, Pathé Bellecour (S2)



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