La Ronde

Max Ophuls

France, 1950


C’est la ronde de l’amour, la lutte éternelle des sexes, la faiblesse et la rouerie féminines, l’égoïsme et la crédulité masculines. Un meneur de jeu, incarnant le Destin et évoluant dans un décor irréel, qui tient de la scène de théâtre et du plateau de cinéma, reparaîtra au cours de l’action sous les aspects les plus divers, pour nous représenter les tableaux tirés de la pièce d’Arthur Schnitzler. La ronde se déroule dans l’atmosphère viennoise du début du siècle.

Dix, ils sont dix à tourner sur le manège, autour du meneur de jeu. Dix à se donner la main pour une ronde d’amour, d’autant plus éphémère que le mouvement qui les entraîne est sans fin. Ophuls signe, pour son retour en France, un film adapté d’une pièce d’Arthur Schnitzler, qualifiée de pornographique lors de sa publication en 1903, et interdite jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale. Le génie d’Ophuls est d’inventer le personnage du meneur de jeu, un entremetteur-Méphisto, personnage démiurge qui accueille le spectateur dans chaque nouvelle partie du film. « C’est un personnage imaginaire, racontait le cinéaste, une sorte de “promeneur dans la vie” qui, raisonneur ou chanteur, mène La Ronde. Il apparaît au cours de chaque scène sous le même visage, mais dans des emplois divers : c’est le garçon de café, le sous-officier, le conducteur de fiacre… c’est l’auteur, si vous voulez. » Ce parti pris narratif est extrêmement novateur, il contribuera à l’admiration que lui vouera la Nouvelle Vague. Mais dans cette Ronde des amours furtives, la chair est triste et le plaisir factice, le désir et l’amour, comme le plaisir et le bonheur, ne se confondent pas. 

« La Ronde représente la fine fleur du baroque ophulsien, écrit admirablement Jacques Lourcelles. Si l’artiste classique dissimule au maximum la construction de son oeuvre, qui en est la part la plus secrète, faite pour influencer le public sans qu’il s’en aperçoive, Ophuls au contraire l’exhibe et la souligne au point qu’elle devient quasiment le sujet du film, comme ici cette ronde insatiable des amants qui, de désir en désir, échangent leurs fantaisies entre deux goujateries et un mensonge, qui ne connaîtront de l’amour et du bonheur que leurs apparences les plus illusoires. » Interprété par les plus grandes vedettes du moment – il faut se rendre compte à quel point la distribution a pu couper le souffle à l’époque –, cet immense film est un filmtestament : Ophuls réalise pleinement ce qu’il avait tenté dans L’École des femmes, film inachevé et matériellement perdu. C’est un point de vue philosophique qu’Ophuls place au premier plan dans cette oeuvre qui aurait pu s’intituler De l’amour, en bon stendhalien qu’était le cinéaste. Chez l’un comme chez l’autre, l’intelligence y est aussi aiguë qu’elle meurtrit. 

 

Adaptation

Après Liebelei, Max Ophuls adapte une

seconde fois une oeuvre d’Arthur Schnitzler,

« un poète magnifique », selon lui.

 

Remake

En 1964, Roger Vadim réalisera un remake

sous le même titre avec Jane Fonda et

Maurice Ronet.

 

Originalité

La construction du film, particulièrement originale, reprend le motif d’une ronde.

Les personnages apparaissent deux fois chacun : il y a dix scènes, donc dix couples,

mais seulement dix personnages principaux (et non vingt). Par rapport à la pièce originale,

Ophuls a rajouté un personnage aux dix déjà présents, une figure anonyme et fortement

interprétée par Anton Walbrook, acteur formidable dont Michael Powell avait déjà montré

tout le talent.

 

Tétralogie

Ce film est le premier volume de ce qu’Ophuls appela sa « grande tétralogie finale ».

Elle comptera La Ronde, Le Plaisir (1952), Madame de... (1953) et Lola Montès (1955).





La Ronde
France, 1950, 1 h 35, noir et blanc, format 1.37

Réalisation
: Max Ophuls 

Scénario : Jacques Natanson, Max Ophuls d’après la pièce d’Arthur Schnitzler
Dialogues : Jacques Natanson
Photo : Christian Matras
Musique : Oscar Strauss
Montage : Léonide Azar
Décors : Jean d’Eaubonne
Costumes : Georges Annenkov

 

Production : Sacha Gordine
Interprètes : Anton Walbrook (le meneur de jeu), Simone Signoret (la fille), Serge Reggiani (le soldat), Simone Simon (la femme de chambre), Daniel Gélin (le jeune homme de bonne famille), Danielle Darrieux (la femme mariée), Fernand Gravey (le mari), Odette Joyeux (la grisette), Jean-Louis Barrault (le poète), Isa Miranda (l’actrice), Gérard Philipe (le lieutenant)

 

Sortie en France : 27 septembre 1950

Séances



Jeudi 23 septembre à 20h30, LLE NON AFFECTE
Vendredi 24 septembre à 21h00, LLE NON AFFECTE
Mardi 16 octobre à 14h30, Pathé Bellecour
Mercredi 17 octobre à 11h00, Cinéma Comœdia
Jeudi 18 octobre à 19h30, Pathé Bellecour (S2)
Samedi 20 octobre à 15h00, Ciné Mourguet



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