La Tendre ennemie

Max Ophuls

France, 1936


Annette Dupont (Simone Berriau) s’apprête à marier sa fille Line (Jacqueline Daix) avec un homme qu’elle n’aime pas. Le repas de fiançailles est troublé par les acrobaties aériennes d’un mystérieux pilote, ainsi que par l’intrusion d’invisibles convives : les fantômes du mari et de l’amant d’Annette reviennent en effet sur Terre, bientôt rejoints par un troisième spectre, celui de l’homme qu’on ne lui a pas permis d’épouser dans sa jeunesse. Les revenants vont s’associer afin d’éviter à la jeune fille le sort de sa mère et lui permettre de rejoindre l’homme qu’elle aime…

La Tendre ennemie est adapté d’une pièce de boulevard d’André-Paul Antoine, L’Ennemie : dans la nuance entre les deux titres se trouve l’attitude d’Ophuls envers la figure de la femme, malheureuse et incomprise – celle-ci un brin abusive cependant, même si elle a bien meilleur caractère dans le film que dans la pièce. Simone Berriau incarne avec talent l’héroïne ophulsienne. Le producteur Paul Bentata, voulant rattraper l’échec du film précédent, Divine, retarda la sortie de La Tendre ennemie pour le présenter à la Biennale de Venise (où il n’obtint aucun prix). Le film eut un formidable succès critique, sans avoir la même fortune auprès du public français et étranger : à New York, La Tendre ennemie connut le plus faible nombre d’entrées de l’année 1938. Ophuls définissait le film comme « une comédie de fantômes agréablement tragicomique : si j’ai eu l’idée de porter La Tendre ennemie à l’écran, c’est que j’en crois le sujet extrêmement intéressant. Comique, tragique, ironie, doute, comme dans la vie, des sentiments très différents s’y mêlent. » Le critique Vincent Amiel note une fois de plus l’importance de la musique chez Ophuls, ici des chansons ou des partitions populaires : « Ophuls joue sur les connotations rapides de La Marche funèbre ou La Marche nuptiale, sur les paroles et le style des années 1900, sur l’instrumentation, pour installer une atmosphère, accompagner une émotion. » Ce film annonce les jeux de miroir narratifs auxquels se livrera le réalisateur après la guerre. Les narrateurs sont d’abord des personnages qui font avant tout partie de ce qui est raconté, fût-ce par eux-mêmes. Ophuls commence par « baigner le tout dans une lumière douce, irisée, frangée de bleu et de gris, non pas vraiment irréelle, mais plutôt sous-réelle, où les êtres, rendus à une vie quasi végétale, n’en exhalent que mieux leur plainte secrète. Les morts reviennent donc et circulent, invisibles, parmi les vivants, mais ceux-ci ne sont à leur tour que des morts en sursis, grotesques ballons de baudruche, qui n’ont jamais su résoudre dignement leur problème fondamental : l’existence – cette existence qui est le dernier acteur signalé au générique ! La femme est l’éternelle dupe de l’homme, l’homme l’est de la femme, et tous deux le sont de ce vide immense dans lequel leurs corpuscules s’entrechoquent : l’existence. » (Ophuls, Claude Beylie, Éditions Seghers, 1963) Cette méditation sur la chasse au bonheur est en tout cas un film très rassurant concernant la vie dans l’au-delà : les fantômes ne sont pas à plaindre ! 

 

Un film de René Clair

Lors de la sortie du film, un critique intitula son article "Du René Clair, avec le snobisme en moins".

Par la suite le film a souvent été présenté à l’étranger comme une oeuvre de René Clair.

En 1944, lors d’un passage à New York, Max Ophuls a retrouvé cette erreur sur une affiche,

mais n’a pas pris la peine de la corriger.

 

Du théâtre au cinéma

Lorsque sa société de production accepta que Max Ophuls réalise un film « entièrement à son goût »,

Ophuls choisit d’adapter La Tendre ennemie, qu’il avait déjà mis en scène quelques années plus tôt

au Théâtre municipal de Breslau.

 

Coquetterie

Pour les rôles principaux, Max Ophuls fit appel aux comédiens de la troupe Baty,

compagnie spécialisée dans le théâtre d’avant-garde. Le réalisateur suggéra à l’un des acteurs

qui incarnait un quinquagénaire de s’éclaircir au rasoir le haut du crâne. L’acteur refusa le rôle,

malgré le cachet. Max Ophuls voulut comprendre ses raisons, avant de s’incliner :

« Laissez-moi vous expliquer. Depuis dix ans, chaque soir, après la représentation,

je fais une partie de cartes, toujours avec les mêmes amis.

S’ils me voyaient arriver demain avec une calvitie distinguée,

ils se tiendraient les côtes ».





La Tendre ennemie
France, 1936, 1 h 10, noir et blanc, format 1.37

Réalisation
: Max Ophuls
Scénario
: Curt Alexander, Max Ophuls d’après la pièce L’Ennemie d’André-Paul Antoine
Photo : Eugen Schüfftan
Musique : Albert Wolff
Montage : Pierre de Hérain
Décors : Jacques Gotko


Production
: Max Ophuls, Eden Productions

Interprètes
: Simone Berriau (Annette), Jacqueline Daix (Line, la fille d’Annette), Catherine Fonteney (la mère d’Annette), Georges Vitray (le mari d’Annette), Marc Valbel (l’amant d’Annette), Lucien Nat (le promis), Pierre Finaly (l’oncle Emile), Germaine Reuver (la tante Zette), Laure Diana (la femme légère), Maurice Devienne (le fiancé), Camille Bert (le médecin)


Sortie en France : 24 octobre 1936

Séances



Mercredi 17 octobre à 22h15, Pathé Bellecour (S2)
Samedi 20 octobre à 20h30, Institut Lumière



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